Publié le 30 octobre 2025. Une rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping a permis d’adoucir temporairement les tensions sino-américaines, mais les divergences fondamentales demeurent, selon les experts. La réduction des droits de douane américains sur les produits chinois, bien que saluée, n’est vue que comme une mesure tactique.
- La réduction des droits de douane américains, passant de 20% à 10% sur certains produits chinois, est considérée comme un geste politique plutôt qu’une solution structurelle.
- Les analystes prévoient une poursuite du découplage économique entre les deux puissances, malgré une « trêve tactique ».
- Les questions sensibles comme les semi-conducteurs, Taïwan ou les terres rares restent en suspens, laissant les marchés dans l’incertitude à moyen terme.
La réunion tenue aujourd’hui entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping, bien que promettant un répit dans les relations bilatérales tendues, ne résout pas les divergences profondes qui séparent les deux superpuissances. Les analystes s’accordent à dire que cette accalmie sera probablement de courte durée.
Selon Julian Evans-Pritchard, analyste chez Capital Economics, la baisse des droits de douane américains, initialement décidée en rétorsion au trafic de fentanyl et ramenée de 20% à 10%, aura un impact limité. Il estime que cette mesure n’a pas eu d’effet significatif sur les exportateurs chinois et qu’elle ne constitue pas une résolution des tensions sous-jacentes.
« La menace immédiate d’une forte augmentation des droits de douane est écartée, réduisant les risques à court terme pour la perspective économique. Cependant, les divergences fondamentales qui divisent la Chine et les États-Unis demeurent irrésolues et les tensions pourraient resurgir. »
Julian Evans-Pritchard, analyste chez Capital Economics
Anna Wu, de Van Eck Associates, a qualifié cette rencontre de « trêve tactique plutôt qu’un accord à long terme » auprès de Bloomberg. Cette perspective laisse entrevoir une volatilité continue sur les marchés à moyen terme.
« Les deux parties procèdent à des ‘édulcorants’ politiques, mais l’absence de progrès sur des questions clés comme les puces, Taïwan ou les terres rares laisse les investisseurs peu convaincus qu’il s’agisse d’un tournant. »
Hebe Chen, Vantage Markets, cité par Bloomberg
Les prémices d’un découplage prolongé
Malgré la trêve actuelle, Julian Evans-Pritchard anticipe que les deux nations continueront leur stratégie de découplage. Il rappelle que les deux puissances doivent encore négocier un accord commercial définitif, bien qu’une prolongation du délai actuel, fixé au 10 novembre, soit probable. Dans l’hypothèse où un accord définitif serait formalisé lors de la visite de Donald Trump en Chine prévue pour avril 2026, il ne s’agirait selon lui que d’une simple reprise de l’accord de « première phase » signé durant son premier mandat.
Pékin a ainsi gagné du temps pour organiser son découplage à son propre rythme. Cet accord, qui pourrait se traduire par une augmentation des achats de produits américains par la Chine en échange d’une réduction des droits de douane et de possibles restrictions à l’exportation, ne marquerait pas une refonte fondamentale des relations sino-américaines.
L’un des points saillants de ces annonces concerne l’augmentation du « commerce agricole », notamment les achats de soja américain par la Chine, précédemment gelés en mai suite à la hausse des tarifs douaniers initiée par Trump. Les modalités précises, telles que les délais et les volumes, restent cependant à confirmer.
La fracture mondiale persistante
Cette évolution, bien que potentiellement bénéfique pour la Chine en évitant une escalade des tensions, ne devrait pas empêcher le monde de continuer à se scinder en deux blocs rivaux, centrés sur la Chine et les États-Unis, selon Evans-Pritchard. Même si Pékin a annoncé la suspension d’un an des restrictions récentes sur l’exportation de terres rares, cette mesure pourrait être interprétée comme une démonstration de force, que Washington semble avoir bien notée, comme en témoignent ses récents accords avec l’Australie, le Japon, la Thaïlande et la Malaisie.
« Ces initiatives se poursuivront sans aucun doute, maintenant que la Chine a clairement indiqué qu’elle était prête à utiliser les terres rares comme une arme », a souligné l’analyste. Parallèlement, les États-Unis cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine dans le secteur naval, tandis que Pékin, avec la publication de son plan quinquennal jusqu’en 2030, réaffirme son engagement envers l’autosuffisance technologique et une moindre dépendance au dollar.
Dans ce contexte, Homin Lee, analyste chez Lombard Odier Singapour, estime que ce sommet offrira aux investisseurs une assurance de « six mois au moins de calme relatif dans les relations commerciales bilatérales, même s’il n’est pas parfait ».