Home Accueil La Chine, l’Amérique et… nous. Paix froide parmi les géants. Et l’Europe reste immobile

La Chine, l’Amérique et… nous. Paix froide parmi les géants. Et l’Europe reste immobile

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Rome, le 2 novembre 2025 – Un silence glacé, puis une réponse sibylline. C’est dans cette atmosphère tendue que le président chinois Xi Jinping aurait lancé à Joe Biden, lors d’une visioconférence en 2022, une parabole lourde de sens : « C’est à celui qui a attaché le hochet au cou du tigre de l’enlever ». Trois ans plus tard, les échos de cette maxime résonnent avec une acuité nouvelle, esquissant les contours d’un monde bipolaire où l’Europe peine à trouver sa voix.

À l’époque, l’explosion de la guerre en Ukraine plaçait Pékin dans une position d’arbitre potentiel. Biden avait tenté, maladroitement, d’obtenir la médiation de Xi Jinping. La réponse chinoise, décryptée par les observateurs, était claire : le « tigre » représentait la Russie, le « hochet » son expansion vers l’Est, et les États-Unis étaient désignés comme ceux qui avaient initié cette dynamique et devaient la désamorcer. Une vision qui, depuis, semble s’être érodée, non pas par manque de volonté américaine, mais par un changement de stratégie sous l’impulsion de Donald Trump.

Trois ans ont suffi à ébranler la diplomatie mondiale. L’ère Trump a imposé une politique commerciale et diplomatique musclée, voire brutale. Pourtant, sur la scène internationale, la démonstration de force ne produit pas toujours les effets escomptés. Le récent sommet de Busan, en Corée du Sud, en a apporté une nouvelle preuve : pas de percée décisive, juste une trêve commerciale dans un climat de méfiance persistante.

Derrière les poignées de main et les déclarations de « nouveau départ », un calcul froid unit les deux superpuissances : le besoin impérieux de temps. Donald Trump doit asseoir son second mandat, tiraillé par les tensions internes et une campagne électorale perpétuelle. Xi Jinping, quant à lui, s’attelle à redresser une économie plombée par la dette et à relancer la « Nouvelle Route de la Soie », dont les investissements ont déjà atteint 124 milliards de dollars au premier semestre. Une aubaine pour les marchés, mais une gageure pour Pékin.

Dans ce contexte, le conflit ukrainien demeure un dossier sensible, un « vase brisé » que personne ne semble pressé de réparer. Trump évoque une « collaboration avec la Chine pour mettre fin au conflit », mais Pékin se contente d’acquiescer sans engagement concret. Le flux de pétrole et de composants russes à double usage, transitant discrètement de l’Est vers Moscou, reste, lui, inchangé. « Rien du tout », constatent amèrement les diplomates européens.

Le proverbe de Xi Jinping prend alors une nouvelle dimension. Le message envoyé aux alliés européens – et que Trump ne manque pas de rappeler – est clair : en cas d’attaque russe, les États-Unis ne se précipiteront peut-être pas pour défendre le continent. Une potentielle « OTAN en hibernation », prête à être réactivée uniquement dans des cas extrêmes, plane comme une ombre. L’Europe, coincée entre son incapacité à dicter les règles militaires et son manque de vision stratégique, se retrouve ainsi prisonnière d’un double silence.

Pendant ce temps, la Chine tisse patiemment sa toile. Des terres rares aux infrastructures africaines, des ports méditerranéens aux câbles numériques du Pacifique, Pékin se positionne en « puissance responsable ». Trump reconnaît ce statut d’égal, concrétisant la vision d’une « nouvelle relation entre grandes puissances » rêvée par Xi Jinping dès son arrivée au pouvoir en 2012. Pourtant, ce monde en passe de se scinder en deux sphères – une Pax Americana et une Pax Chinoise – ne laisse guère de place à une troisième voix.

Cette voix, elle devrait être européenne. Mais de Bruxelles à Paris, en passant par Berlin et Rome, le débat se focalise sur les budgets et les dettes, reléguant la stratégie au second plan. La « Feuille de route de préparation à 2030 » pour la défense européenne, sous l’égide d’Ursula von der Leyen, a d’ailleurs largement renoncé à une centralisation ambitieuse des programmes de réarmement. La véritable crise de l’Europe résiderait alors moins dans sa vulnérabilité que dans son obsolescence.

Des choix politiques, et non comptables, sont urgents. Une capacité militaire crédible, acquise par des achats groupés, est nécessaire. Des leviers économiques communs pour maîtriser l’énergie et les technologies critiques s’imposent, afin de ne pas dépendre des prochaines « trêves » entre Washington et Pékin. Une ligne de négociation européenne sur l’Ukraine, capable de compléter, voire d’équilibrer, la posture américaine, est également attendue.

Donald Trump et Xi Jinping ont mis le temps sur pause pour douze mois. Mais le tigre, lui, ne dort pas. Il écoute attentivement les tintements du hochet et évalue qui ose s’en approcher. Si l’Europe persiste à ne parler qu’en langage budgétaire, au détriment du langage de la puissance, elle risque de ne pas apposer sa signature sur la paix, lorsqu’elle finira par advenir.

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