La Chine ne semble pas se débarrasser massivement de ses bons du Trésor américain, malgré les inquiétudes grandissantes. Une analyse approfondie révèle que les changements observés dans les avoirs chinois sont liés à une stratégie de gestion des risques et d’optimisation financière, plutôt qu’à une volonté de déstabiliser l’économie américaine.
Ces dernières semaines, des affirmations circulent sur les réseaux sociaux évoquant une vente massive de bons du Trésor par la Chine, alimentant les craintes d’une fin du dollar et d’une perte de financement pour les États-Unis. Pourtant, une analyse des données disponibles nuance ces prédictions alarmistes.
Si les avoirs chinois en bons du Trésor américain ont diminué, passant d’environ 1 200 milliards de dollars à 600 milliards de dollars (soit une baisse de 50 %), cette évolution ne signifie pas nécessairement une vente forcée ou une désaffection structurelle. Le Département du Trésor américain précise que les tableaux des avoirs sont basés sur des données de conservation, où les titres sont détenus à des fins de règlement et de garde. Il est crucial de distinguer le dépositaire du bénéficiaire effectif, une nuance qui remet en question les interprétations hâtives.
Selon la FAQ du Trésor, « si un titre du Trésor acheté par un résident étranger est détenu sur un compte conservateur dans un pays tiers, le véritable pays de propriété ne sera pas reflété ». Le système est conçu pour suivre la localisation des obligations, et non le risque associé à leur détention. Cette distinction est essentielle pour comprendre les mouvements d’actifs.
Une meilleure approche consiste à suivre le flux des règlements, qui mène à la Belgique et au Luxembourg. Au cours de la dernière décennie, avec l’augmentation des risques géopolitiques et l’imposition de sanctions à des pays comme l’Iran et la Russie, la Chine a cherché à protéger ses réserves contre d’éventuelles saisies. Comme le souligne Bloomberg, la Chine est préoccupée par le précédent créé en 2022, lorsque les États-Unis et leurs alliés ont gelé environ 300 milliards de dollars de réserves de la banque centrale russe.
La Chine détient des bons du Trésor américain pour deux raisons principales : maintenir un taux de change stable pour sa monnaie, le yuan, et assurer la stabilité de cette monnaie en s’appuyant sur la réputation du dollar comme valeur refuge. Pour faciliter le commerce international, elle conserve d’importantes réserves en bons du Trésor ou en dollars.
Cependant, la détention de bons du Trésor ne signifie pas nécessairement que la Chine doit conserver ses avoirs aux États-Unis. En novembre 2025, la Belgique affichait environ 481 milliards de dollars d’avoirs du Trésor, et le Luxembourg environ 425 milliards de dollars – des montants considérables pour des pays de cette taille. En réalité, le Luxembourg et la Belgique servent de « gardiens » pour les avoirs chinois. Sur la même période, alors que les avoirs de la Chine ont diminué de 600 milliards de dollars, ceux de la Belgique ont augmenté de 500 milliards de dollars.
Cette pratique s’explique par l’efficacité et l’échelle du règlement offertes par les centres financiers européens, notamment Euroclear Bank en Belgique et Clearstream au Luxembourg. Ces plateformes facilitent le règlement transfrontalier et la gestion des garanties. De plus, elles offrent une protection contre les risques juridiques et opérationnels liés aux sanctions.
Selon Brad Setser, du Council on Foreign Relations, les données publiées sous-estiment l’exposition chinoise aux obligations en dollars en raison des dépositaires offshore et des changements de portefeuille. « La Chine ne s’éloigne pas du dollar ou des obligations en dollars », affirme-t-il.
En conclusion, la Chine ajuste ses stratégies de détention pour des raisons opérationnelles et de gestion des risques, et non pour se désengager du dollar. Les investisseurs doivent considérer les bons du Trésor comme un outil de portefeuille, en tenant compte des facteurs économiques fondamentaux tels que la croissance, l’inflation et la politique de la Réserve fédérale, plutôt que de se laisser influencer par des récits simplistes.