Publié le 10 février 2026 07:26:00. Pékin a levé son interdiction de 2021 sur les cryptomonnaies, mais loin d’ouvrir la porte à un marché libre, la Chine renforce son contrôle sur le secteur, notamment via la tokenisation d’actifs réels (RWA) strictement encadrée par l’État.
- La Chine autorise la tokenisation d’actifs du monde réel (RWA) uniquement sur des infrastructures financières contrôlées par l’État.
- Les jetons émis à l’étranger et liés à des actifs chinois seront soumis à un examen rigoureux et à un enregistrement obligatoire.
- Les stablecoins indexés sur le yuan sont interdits à l’étranger sans l’approbation explicite des autorités chinoises.
Après une interdiction totale décrétée en 2021, la Chine dévoile un nouveau cadre réglementaire pour les actifs numériques. Si l’interdiction formelle a été levée, le nouveau dispositif, élaboré par huit ministères et organismes de supervision dont la banque centrale, ne constitue pas une libéralisation, mais un renforcement du contrôle étatique. Le commerce de cryptomonnaies comme le Bitcoin, la gestion de plateformes d’échange et l’émission de nouvelles cryptomonnaies via des ICO restent proscrits.
En réalité, la Chine étend son interdiction à un éventail plus large de services liés aux cryptomonnaies, incluant la publicité pour ces services et les sites web redirigeant le trafic vers des plateformes non autorisées. Selon Reuters, Pékin s’engage à resserrer les restrictions sur les devises virtuelles.
L’élément le plus notable de cette nouvelle réglementation est l’introduction officielle de la tokenisation d’actifs du monde réel (RWA). Ce concept, qui consiste à convertir des actifs traditionnels – actions, obligations, biens immobiliers, matières premières – en jetons numériques, est une première pour la Chine. Cependant, cette autorisation est assortie d’une condition essentielle : l’État doit valider et superviser chaque projet RWA.
Les projets RWA ne pourront opérer que sur des infrastructures financières désignées, telles que des plateformes et des centres de données appartenant à l’État. Ce système fermé exclut tout marché ouvert et limite la participation aux acteurs agréés. La Chine souhaite ainsi contrôler l’ensemble du processus, de la création à l’échange de ces jetons.
L’attention des autorités chinoises se porte également sur les jetons émis à l’étranger mais adossés à des actifs chinois. Ces jetons seront soumis à un système d’enregistrement strict auprès de la Commission de régulation des valeurs mobilières chinoises (CSRC). Les entreprises devront fournir des informations détaillées et la Chine travaille à l’établissement d’une liste d’actifs dont la tokenisation sera interdite. En somme, Pékin entend avoir un contrôle significatif sur les jetons liés à son économie, même lorsqu’ils sont émis à l’étranger.
Par ailleurs, la Chine trace une ligne rouge concernant les stablecoins indexés sur le yuan. L’émission de ces pièces numériques à l’étranger est interdite sans l’approbation explicite des autorités. Pékin ne souhaite pas voir émerger une forme de yuan privé circulant librement sur les plateformes d’échange de cryptomonnaies. Seule la monnaie numérique de la banque centrale chinoise (MNBC) est considérée comme légitime.
L’annonce de ces nouvelles règles a suscité un certain enthousiasme sur les marchés, notamment à Hong Kong, où les actions de certaines entreprises autorisant les actifs numériques ont progressé. Les investisseurs ont interprété cette évolution comme un signe d’ouverture progressive de la Chine au RWA et aux cryptomonnaies. Cependant, cette interprétation semble erronée.
La nouvelle réglementation ne crée pas un vaste marché pour les entreprises de cryptomonnaies, mais ouvre une voie étroite aux acteurs désireux de travailler entièrement au sein de la structure étatique. Les institutions financières ne pourront fournir des services – conservation, règlement – qu’aux projets RWA ayant reçu un agrément préalable. La Chine entend exploiter la technologie de la tokenisation, mais reste fermement opposée à un marché ouvert et décentralisé, où les États-Unis pourraient exercer une influence prépondérante.
Pékin construit un avenir numérique basé sur les jetons, mais une version où le gouvernement détermine qui peut participer, quels jetons existent et où ils peuvent être échangés.