Publié le 10 février 2024 à 20h14. La Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) dénonce une répression persistante au Nicaragua et exige la libération des prisonniers politiques, appelant la communauté internationale à agir pour restaurer la démocratie.
- La CIDH accuse le régime d’Ortega et Murillo de persécuter les voix critiques et les opposants politiques.
- Plus de 60 arrestations liées à des opinions exprimées sur les réseaux sociaux concernant la situation au Venezuela ont été recensées ces dernières semaines.
- L’organisation souligne que la situation des droits de l’homme au Nicaragua est l’une des plus graves d’Amérique latine.
La Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a lancé un appel urgent ce mardi à la dictature de Daniel Ortega et Rosario Murillo pour qu’elle mette fin aux violations des droits de l’homme et libère sans condition tous les individus emprisonnés pour des motifs politiques au Nicaragua. L’organisation exhorte également la communauté internationale à prendre des mesures concrètes pour mettre un terme à la répression et favoriser le rétablissement de la démocratie et de l’état de droit.
Dans sa déclaration, la CIDH condamne fermement « la répression persistante au Nicaragua, caractérisée par la poursuite des arrestations arbitraires et des privations de liberté pour des raisons politiques contre toute personne exprimant une opposition au régime ». Daniel Ortega et Rosario Murillo sont désignés comme responsables d’un système de persécution ciblant les voix critiques, les leaders sociaux et même des individus liés à des secteurs proches du pouvoir.
« La situation des droits de l’homme au Nicaragua constitue l’un des cas les plus graves observés dans la région », a affirmé la Commission, rappelant son rôle d’organe principal et autonome du système interaméricain.
Selon l’organisation, un régime autoritaire s’est consolidé au Nicaragua, reposant sur le contrôle, la surveillance et la répression de toute personne perçue comme un opposant. Cette répression ne se limite pas au territoire national, avec des actions de harcèlement et de persécution visant également les Nicaraguayens résidant à l’étranger. Au cours des dernières semaines, le Mécanisme spécial de suivi pour le Nicaragua a recensé plus de 60 arrestations liées à des opinions exprimées sur les réseaux sociaux concernant les événements récents au Venezuela.
La CIDH a également mis en garde contre les conditions imposées aux personnes libérées de prison, notamment l’obligation de se présenter régulièrement aux commissariats de police, une surveillance constante et des restrictions à la participation à des réunions ou à l’expression publique sur les réseaux sociaux. Ces pratiques, selon l’organisation, constituent un système de contrôle qui prolonge la répression au-delà des centres de détention.
Les organisations de la société civile nicaraguayenne estiment qu’au moins 62 personnes sont actuellement privées de liberté pour des raisons politiques, dont certaines seraient victimes de disparition forcée. La CIDH maintient une surveillance étroite de ces cas et exprime sa préoccupation face au manque d’informations officielles concernant le lieu de détention, l’état de santé et les conditions de vie de ces personnes.
La crise politique et sociale au Nicaragua s’est enracinée depuis avril 2018, lorsque des manifestations massives ont été réprimées par les forces de l’État et des groupes paramilitaires. Cette crise s’est aggravée après les élections de novembre 2021, largement contestées par la communauté internationale, qui ont vu la réélection de Daniel Ortega pour un cinquième mandat consécutif. Lors de ce scrutin, les principaux candidats à la présidence et les dirigeants de l’opposition étaient emprisonnés, expulsés du pays, déchus de leur nationalité et privés de leurs droits politiques, accusés par le régime d’être des « putschistes » et de commettre une « trahison envers le pays ».
Face à cette situation, la CIDH réitère son appel aux États et aux organisations internationales pour qu’ils exigent la fin de la répression, la libération complète et inconditionnelle de tous les prisonniers politiques et l’adoption d’actions diplomatiques et juridiques visant à rétablir les garanties démocratiques. Pour la CIDH, la persistance de ce schéma de persécution confirme l’absence de conditions minimales pour l’exercice des droits civils et politiques et la participation libre des citoyens à la vie publique au Nicaragua.
(Avec informations de l’Agence de presse latino-américaine (EFE))