Home International La comédie conspirationniste d’Emma Stone, Bugonia, offre des couches d’étrangeté avec un goût acquis pour l’humour

La comédie conspirationniste d’Emma Stone, Bugonia, offre des couches d’étrangeté avec un goût acquis pour l’humour

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Publié le 29 octobre 2025 09:00:00. Le nouveau film de Yorgos Lanthimos, « Bugonia », plonge le spectateur dans une comédie conspirationniste déjantée où une PDG surpuissante est la cible d’un complot mené par un apiculteur paranoïaque et son cousin crédule, sur fond de critique sociale acérée.

  • Le film suit Michelle Fuller, PDG d’Auxolith Corp, une femme puissante et implacable, apparemment invulnérable aux scandales environnementaux et aux « empoisonnements d’employés ».
  • Elle devient la cible de Teddy Gatz, un employé mécontent obsédé par l’idée qu’elle est une extraterrestre venue contrôler l’humanité, et de son cousin Don.
  • Lanthimos utilise des thèmes de conspirationnisme, de dysfonctionnement familial et de critique du corporatisme, le tout enveloppé dans son humour noir caractéristique.

Michelle Fuller, patronne de la multinationale Auxolith Corp, incarne le pouvoir et l’assurance. À 45 ans, elle affiche une jeunesse et une vitalité déconcertantes, fruits d’un régime anti-âge coûteux. Son quotidien est rythmé par la direction d’une entreprise d’envergure internationale, malgré quelques « incidents » discrets liés à des produits chimiques potentiellement dangereux, dont elle minimise la responsabilité malgré les suspicions de liens avec l’effondrement des populations d’abeilles mondiales. Sa vie semble parfaitement maîtrisée, jusqu’à ce qu’un guet-apens inattendu vienne troubler sa routine : deux hommes masqués, armés d’une seringue et d’un insecticide, surgissent de l’ombre pour la poursuivre en voiture.

Ce scénario est le point de départ de « Bugonia », une œuvre étrange et audacieuse du réalisateur Yorgos Lanthimos, librement inspirée d’un film sud-coréen. Le véritable début du plan se déroule quelques jours plus tôt, dans une demeure isolée. Teddy Gatz, un apiculteur amateur et théoricien du complot professionnel, développe une stratégie pour kidnapper Michelle Fuller. Convaincu que cette dernière est une dirigeante extraterrestre originaire de la galaxie d’Andromède, envoyée pour soumettre l’humanité, Teddy voit en lui et son cousin Don, un individu influençable et souffrant de troubles neurodéveloppementaux, les seuls capables de contrecarrer ce plan galactique.

Leur stratégie, bien que tirée d’un univers de science-fiction, se veut radicale. Elle consiste à séquestrer Michelle Fuller, lui faire avouer sa véritable nature, puis à négocier un voyage vers son vaisseau mère, attendu selon Teddy lors de la prochaine éclipse lunaire. Lanthimos déploie ici son style habituel, mêlant humour absurde, violence dérangeante et une critique sociale cinglante, poussant le curseur plus loin que des œuvres comme « Black Mirror ». « Bugonia » s’adresse à un public averti, capable de naviguer à travers des couches de commentaires sociaux complexes, des récits de personnages énigmatiques et des détournements d’humour grinçant.

La vision du monde de Teddy, teintée de théories du complot inspirées par des mouvances comme QAnon, dépeint l’humanité comme une « colonie morte » manipulée par un « ordre démocratique mondial » via une « dialectique hyper-normalisée ». Les excursions visuelles oniriques de Lanthimos, illustrant le passé de Teddy, ajoutent à la bizarrerie du film. La scène où il imagine sa mère mourante s’envoler comme un ballon, ou encore l’interrogation persistante sur la signification du titre « Bugonia », une référence à la croyance antique selon laquelle les abeilles naissaient de carcasses de bœuf en décomposition, soulignent l’aspect déconcertant de l’œuvre.

« Bugonia » explore les extrêmes de l’échec humain, poussé à sa logique ultime par des circonstances comiquement absurdes. Là où « La Favorite » scrutait la transformation de la loyauté en propriété, et « Mise à mort du cerf sacré » abordait les affres de la justice et de la moralité, « Bugonia » se tourne vers une forme d’extrospection. On le retrouve chez Michelle Fuller, qui annonce une fin des heures supplémentaires abusives chez Auxolith Corp, tout en rappelant que l’entreprise est aussi une « famille ». On le perçoit aussi chez Teddy, dont le désir de sauver le monde, ou de se venger du corporatisme, le conduit à exploiter son propre cousin, le poussant à une castration chimique préventive.

Le film met également en scène Casey, le policier local maladroit et ancien baby-sitter de Teddy. Cherchant à reprendre contact, il émaille ses échanges de remarques joviales sur leur passé commun, suggérant implicitement un possible abus sexuel durant leur enfance. Ces relations troubles et les non-dits qui les entourent contribuent à la toile de fond psychologique complexe du film. Le titre lui-même, « Bugonia », bien que justifié par le réalisateur pour son imagerie absurde et insectoïde, résonne avec l’idée d’une naissance du bien à partir du mal, une perspective souvent dépeinte comme un conte de fées bien éloigné de la réalité du film.

Pour les fidèles de Lanthimos, « Bugonia » offre une expérience captivante, malgré une intrigue qui peut sembler s’essouffler par moments. La performance de Emma Stone et Jesse Plemons est saluée, bien que leur jeu du chat et de la souris puisse paraître trop bref compte tenu de la richesse des thèmes abordés. La fin, déroutante, promet de susciter des réactions mitigées. L’humour, déjà présent dans « La Favorite » avec des anachronismes assumés, pourrait ici diviser, certains spectateurs reconnaissant tardivement son intention comique. Le film pose ainsi la question de la réception de cet humour singulier, laissant le public juger de sa capacité à déclencher des éclats de rire francs.

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