Home International La corruption n’est plus une question d’enveloppes d’argent : il s’agit désormais de savoir qui Washington protège et qui il sacrifie | Kenneth Mohammed

La corruption n’est plus une question d’enveloppes d’argent : il s’agit désormais de savoir qui Washington protège et qui il sacrifie | Kenneth Mohammed

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Dans un contexte mondial marqué par des crises imbriquées, la corruption n’est plus un problème secondaire, mais une menace structurelle pour l’égalité internationale et la liberté. Le dernier Indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International révèle une stagnation inquiétante et une érosion des institutions démocratiques, tandis que le rôle traditionnel des États-Unis dans la lutte contre ce fléau est remis en question.

Publié le 11 février 2025, l’IPC 2024, qui classe 180 pays et territoires selon leur niveau de corruption perçue, met en évidence un constat alarmant : la plupart des États ne font que peu ou pas de progrès dans la lutte contre la corruption dans le secteur public. Le Royaume-Uni a atteint son score le plus bas depuis 2012.

Si l’IPC se base sur des perceptions, certaines semblent faire preuve d’indulgence. Les États-Unis reculent légèrement, atteignant un score de 64 sur 100, malgré les tensions politiques et institutionnelles. Israël perd également deux points, se situant à 62, alors qu’il fait l’objet d’un examen minutieux concernant des allégations de génocide et des liens secrets avec d’autres États.

Le danger est toutefois plus profond que les classements nationaux. Alors que les rivalités géopolitiques, les guerres et la dégradation du climat exercent une pression sans précédent sur l’ordre international, le besoin d’un leadership fondé sur des principes est plus crucial que jamais. Or, les États-Unis, qui ont longtemps joué un rôle central dans la lutte contre la corruption, évoluent dans une direction opposée.

Pendant trois décennies, les efforts anti-corruption reposaient sur l’hypothèse que les États-Unis joueraient le rôle de pilier et d’exécutant. En tant que première économie mondiale et centre névralgique de la finance internationale, les lois américaines sur le blanchiment d’argent, les sanctions et la transparence des entreprises ont façonné la gouvernance mondiale. Cependant, les décisions prises sous l’administration Trump ont été critiquées pour avoir affaibli les garde-fous mis en place au fil des décennies.

Une préoccupation majeure est l’application sélective des sanctions et des lois anti-corruption. Les critiques affirment que, sous l’administration Trump, ces instruments ont été utilisés comme levier politique, appliqués avec rigueur aux adversaires, assouplis pour les alliés et recalibrés pour récompenser la loyauté. Les sanctions économiques ont notamment été critiquées par des experts de l’ONU, des économistes et des agences humanitaires pour leurs conséquences dévastatrices sur les économies civiles et l’accès aux services essentiels.

L’inquiétude grandit également face aux attaques contre les mécanismes internationaux de responsabilisation. Des juges et des procureurs associés à la Cour pénale internationale ont été confrontés à des menaces, des sanctions ou à de la diffamation. Des rapporteurs spéciaux de l’ONU ont également été ciblés pour leurs enquêtes remettant en question les intérêts de puissants États.

Les États-Unis ont même imposé des sanctions à un juge de la Cour suprême brésilienne, Alexandre de Moraes, supervisant le procès de l’ancien président Jair Bolsonaro, l’accusant d’avoir autorisé des détentions provisoires arbitraires et de supprimer la liberté d’expression. « Quelle que soit votre politique, cela signale un dangereux précédent : utiliser le pouvoir de l’État pour intimider ceux qui sont chargés de faire respecter le droit international », soulignent les experts.

Aujourd’hui, la corruption ne se limite pas à des pots-de-vin. Il s’agit de pouvoir : qui est protégé, qui est sacrifié et qui est autorisé à agir en toute impunité. Le manque de transparence et de responsabilité favorise la prolifération des richesses illicites et permet aux kleptocrates de trouver des juridictions permissives.

La lutte contre la corruption ne peut plus être confiée aux États-Unis seuls. Le leadership doit être partagé. L’Union européenne, avec sa portée réglementaire et ses directives anti-blanchiment, ainsi que le Canada et les pays nordiques, avec leurs engagements en matière de transparence et de réformes de gouvernance, sont bien placés pour prendre les devants. Les coalitions d’Afrique, des Caraïbes et d’Amérique latine doivent également remodeler l’agenda vers une lutte contre la corruption centrée sur le développement.

« La crédibilité de la lutte mondiale contre la corruption dépend de la volonté des autres de prendre les devants – collectivement, de manière cohérente et avec courage », concluent les experts. Il ne s’agit pas de rechercher une nouvelle hégémonie, mais de créer une coalition normative qui insiste sur le fait que la loi anti-corruption sert le bien public et non la convenance géopolitique.

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