Publié le 2026-02-20 16:06:00. La Cour suprême des États-Unis a porté un coup dur à la politique commerciale de Donald Trump en invalidant les droits de douane qu’il avait imposés à plus d’une centaine de pays, ouvrant la voie à des milliards de dollars de remboursements potentiels. Cette décision, rendue le 5 novembre 2025, remet en question l’utilisation extensive des pouvoirs d’urgence par l’administration Trump.
- La Cour suprême a jugé illégaux les droits de douane « réciproques » imposés par Trump en vertu de l’Emergency Powers Act de 1977 (IEEPA).
- Des entreprises, dont Costco, réclament déjà le remboursement de milliards de dollars de droits de douane payés.
- La décision ne concerne pas tous les droits de douane de l’administration Trump, mais uniquement ceux justifiés par l’IEEPA.
La Cour suprême, à majorité conservatrice, a estimé que l’administration Trump avait abusé des pouvoirs d’urgence qui lui étaient conférés par la loi. La décision, rendue après une analyse approfondie de 170 pages, pourrait obliger le gouvernement américain à rembourser des sommes considérables aux entreprises ayant payé ces droits de douane jugés inconstitutionnels. Le montant exact des remboursements reste incertain, mais les estimations s’élèvent à plus de 175 milliards de dollars, selon les économistes de Penn-Wharton Budget Model.
Les droits de douane en question visaient principalement des partenaires commerciaux tels que l’Union européenne, mais aussi la Chine, le Canada et le Mexique. Donald Trump avait annoncé leur imposition le 2 avril 2025 lors d’un événement sur la pelouse de la Maison Blanche, qu’il avait baptisé le « Jour de la Libération ». D’autres taxes commerciales spécifiques, notamment sur l’aluminium et les automobiles, ne sont pas affectées par cette décision.
La décision de la Cour suprême, qualifiée de « honte » par Donald Trump, a été rendue par six juges contre trois. L’opinion majoritaire a été signée par le président de la Cour suprême, John Roberts, et a bénéficié du soutien des juges libéraux Ketanji Brown Jackson, Elena Kagan et Sonia Sotomayor, ainsi que des juges conservateurs Neil Gorsuch et Amy Coney Barrett, nommés par Trump lui-même. Ce dernier résultat, un vote de 6 contre 3, est typique de la Cour suprême actuelle, dominée par une majorité conservatrice sans précédent depuis les années 1930.
Dans sa décision, John Roberts a souligné que le président ne peut exercer le pouvoir d’imposer des tarifs douaniers sans une autorisation claire du Congrès.
« Le président exerce le pouvoir extraordinaire d’imposer unilatéralement des tarifs d’un montant, d’une durée et d’une portée illimités. Compte tenu de l’étendue, de l’histoire et du contexte constitutionnel dudit pouvoir, il doit identifier une autorisation claire du Congrès pour l’exercer. »
John Roberts, président de la Cour suprême
Il a également rappelé que l’IEEPA ne mentionne ni les droits de douane, ni les taxes, ni les prélèvements.
Cette décision marque un revirement par rapport à la tendance de la Cour suprême à soutenir l’expansion du pouvoir exécutif. Elle intervient à quelques jours du discours sur l’état de l’Union, le premier prononcé par Donald Trump depuis son retour au pouvoir, et devrait influencer son contenu. Le président avait fait pression, directement et indirectement, sur les juges de la Cour suprême pour qu’ils se prononcent en sa faveur.
Trois juges ont exprimé leur désaccord avec la décision : Clarence Thomas, le plus âgé et le plus conservateur des juges, et Brett Kavanaugh, l’un des trois juges nommés par Trump lors de son premier mandat, ainsi que Samuel Alito. Brett Kavanaugh a anticipé que cette décision pourrait être un « désastre » pour l’économie américaine, soulignant la complexité et le coût potentiellement élevé du processus de remboursement des droits de douane.

Jamieson Greer, le délégué américain au Commerce, avait déjà indiqué que l’administration prévoyait de rétablir rapidement les droits de douane si la Cour suprême se prononçait contre leur légalité. Le gouvernement avait préparé au moins cinq alternatives juridiques pour maintenir ou réapprouver les tarifs.
La décision met fin à deux poursuites intentées par une entreprise de jouets de l’Illinois et une entreprise familiale d’importation de vins et de spiritueux de New York, représentant des centaines de petites et moyennes entreprises regroupées au sein de la plateforme We Pay Tariffs, ainsi que par plusieurs législateurs démocrates.
Les plaignants soutiennent que la loi adoptée par Jimmy Carter en 1977, sur laquelle Trump s’appuie pour justifier ses tarifs, ne mentionne pas les termes « tarifs douaniers », « droits de douane », « taxes » ou « prélèvements ». L’avocat Neal K. Katyal, représentant les entreprises, avait souligné lors de l’audience de la Cour suprême que l’IEEPA avait été utilisée à plusieurs reprises au cours des 50 dernières années pour imposer des sanctions, mais jamais pour établir une politique tarifaire.

Depuis le 2 avril 2025, date proclamée par Trump comme le « Jour de la Libération », les États-Unis ont imposé des droits de douane à plus d’une centaine de pays. Ces taxes à l’importation varient de 15 % pour la plupart des produits à 50 % pour l’Inde ou le Brésil. L’administration Trump a également établi des tarifs spécifiques pour certains pays et secteurs, tels que l’acier et l’automobile.
Selon le laboratoire budgétaire de l’université de Yale, les droits de douane de 2025 ont le plus fortement impacté les vêtements, les équipements électriques, les ordinateurs et les véhicules automobiles. Si les droits de douane de l’IEEPA sont invalidés, le fardeau sur les vêtements et les produits connexes serait considérablement allégé.