Publié le 2025-11-04 17:01:00. La crise du logement en Irlande pourrait s’étirer sur encore au moins quinze ans, selon un rapport du ministère des Finances. La demande ne devrait atteindre son pic que début 2030, et les retards accumulés ne seront pas résorbés avant 2040.
- Le marché immobilier irlandais fait face à une crise qui devrait durer au moins jusqu’en 2040.
- Le nombre de logements nécessaires est estimé à 60 000 par an d’ici 2030.
- Des défis démographiques majeurs, incluant le vieillissement de la population et une migration nécessaire, pèseront sur l’économie.
Le ministère des Finances irlandais a dressé un tableau préoccupant de l’avenir économique du pays dans son rapport « Future Forty: A Fiscal and Economic Outlook to 2065 ». L’analyse estime que la demande de logements ne s’apaisera pas avant 2040, compte tenu des tendances démographiques actuelles, de la tendance à la formation de ménages plus petits et d’une demande réprimée importante.
Pour répondre à ce besoin, le rapport projette que l’offre de logements devra atteindre 60 000 unités par an d’ici 2030, une augmentation significative par rapport aux 30 300 livrées l’année précédente. Cette montée en puissance nécessitera une hausse substantielle des effectifs dans le secteur de la construction, estimée à 50 000 travailleurs supplémentaires. Une part importante des nouvelles constructions, soit 25 %, devrait être dédiée au logement social après 2030, et 26 % des locataires du marché privé seraient éligibles aux aides au logement.
Les conséquences de la pénurie actuelle sont déjà palpables. Entre 2015 et fin 2024, les prix médians des logements ont grimpé de 91 %, tandis que les loyers ont augmenté de 78 %, bien au-delà de l’inflation générale de 22 % sur la même période. Le rapport souligne que ce renchérissement pèse sur le coût de la vie et pourrait nuire à la capacité de l’Irlande à attirer et retenir les talents.
Au-delà de la crise du logement, le document explore les impacts à long terme des mégatendances mondiales sur l’économie irlandaise. Le changement climatique, notamment les inondations et l’élévation du niveau de la mer, pourrait réduire le revenu national de plus de 2 % d’ici 2065. Le vieillissement de la population représente un autre défi majeur : le nombre d’actifs par rapport aux inactifs devrait diminuer, passant de 116 pour 100 aujourd’hui à 98 pour 100 d’ici 2065. Pour maintenir la croissance de la population active, le rapport conclut que « la poursuite des migrations entrantes sera vitale ».
Ces évolutions démographiques et climatiques auront des répercussions fiscales. Les dépenses publiques votées devraient passer de 33 % du revenu national en 2025 à 39,2 % en 2065. Les dépenses liées au vieillissement (santé, soins de longue durée, retraites) constitueront alors 46 % de l’ensemble des dépenses votées. Le rapport précise que, bien que ces projections soient « sombres », elles sont en phase avec celles de nombreuses autres économies avancées.
Les projections de population pour la République d’Irlande varient entre 5,9 et 7,9 millions d’habitants d’ici 2065, selon les hypothèses de migration et de fécondité. Le ministre des Finances, Paschal Donohoe, a souligné l’importance de la planification à long terme dans un contexte mondial en mutation rapide. Il a rappelé le chemin parcouru par l’Irlande en quatre décennies, passant d’une économie émergente à une économie très avancée, et a nuancé les attentes d’une poursuite à ce rythme effréné.