Home International La dangereuse traversée maritime des mineurs non accompagnés – DW – 22/10/2025

La dangereuse traversée maritime des mineurs non accompagnés – DW – 22/10/2025

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Publié le 2025-10-23 04:38:00. L’ONG SOS Humanity tire la sonnette d’alarme sur le sort des enfants migrants isolés, de plus en plus nombreux à périr en Méditerranée. Des conditions effroyables dans les camps libyens aux traversées périlleuses, les mineurs se retrouvent pris au piège d’un système défaillant, exacerbé par la réduction de l’aide internationale.

Depuis une décennie, l’organisation non gouvernementale SOS Humanity, basée à Berlin, s’échine à secourir les vies en détresse sur les eaux méditerranéennes. Mais aujourd’hui, le constat est sans appel : la route maritime depuis la Libye ou la Tunisie voit partir de plus en plus d’enfants et de jeunes sans accompagnement. Ils s’entassent dans des embarcations surchargées, souvent en piteux état. Un chiffre particulièrement alarmant : environ un cinquième des personnes secourues par SOS Humanity sont des mineurs.

Lors d’une conférence de presse, Esther, psychologue certifiée et bénévole en santé mentale à bord du navire Humanity 1 entre novembre et décembre 2024, a témoigné de son expérience. Elle a participé au sauvetage de 347 personnes sur six embarcations distinctes, dont 43 mineurs. Ces jeunes ont souvent enduré des jours et des nuits en mer, privés de nourriture et d’eau, souffrant de déshydratation et du mal de mer. Les brûlures causées par le contact prolongé avec l’eau salée et le carburant sont fréquentes, tout comme les affections cutanées telles que la gale, séquelles de leur détention prolongée dans les camps libyens. « Ils sont tous épuisés émotionnellement », a souligné Esther.

La Libye, un piège mortel pour les mineurs

La situation dans les camps libyens est décrite comme catastrophique pour la jeunesse migrante. Même ceux qui parviennent à échapper à cet enfer et tentent la traversée de la Méditerranée se retrouvent souvent refoulés par les garde-côtes libyens, les renvoyant dans les mêmes camps. L’accord de plusieurs milliards d’euros conclu entre l’Union européenne et la Libye, censé renforcer le contrôle des frontières et réduire le flux migratoire, est vivement critiqué pour son lot de violations graves des droits humains.

« Les jeunes m’ont parlé de formes graves de violences sexuelles, de torture, de travail des enfants, de pertes d’êtres chers et même de cas de trafic de femmes. Certains m’ont même montré leurs marques de torture : des cicatrices, mais aussi des photos et des vidéos des camps libyens, où l’on peut voir comment ils sont ligotés et torturés. »

Esther, psychologue et bénévole

3 500 enfants disparus en dix ans en Méditerranée

Pour les mineurs qui parviennent à quitter les camps, le péril ne s’arrête pas là. Le voyage en Méditerranée représente un danger encore plus grand. Selon les estimations de l’UNICEF datant d’avril 2025, près de 3 500 enfants seraient morts ou portés disparus au cours de la dernière décennie en tentant de rejoindre l’Italie par la route de la Méditerranée centrale. Ce chiffre tragique équivaut à un enfant mort ou disparu chaque jour.

Face à cette hécatombe, SOS Humanity appelle à la cessation immédiate de toute coopération de l’Union européenne avec la Libye et la Tunisie. Till Rummenhohl, directeur exécutif de SOS Humanity, rapporte un incident récent particulièrement glaçant : « Nous avions récemment un bateau rempli de 120 passagers mineurs. Des adolescents, voyageant seuls, ont sauté à l’eau, pris de panique face aux garde-côtes libyens. »

Lanna Idriss, directrice exécutive de SOS Villages d’Enfants dans le monde, pointe également du doigt les conséquences désastreuses de la décision du gouvernement américain de fermer l’agence d’aide au développement USAID. La revue The Lancet estime que ces coupes budgétaires pourraient entraîner plus de 14 millions de décès supplémentaires au cours des cinq prochaines années, dont cinq millions d’enfants de moins de cinq ans. Parallèlement, l’Allemagne a également réduit son aide au développement d’environ un milliard d’euros. « Cela nous catapulte dans un cercle vicieux, qui poussera davantage d’enfants à choisir cette voie », déplore Lanna Idriss.

Vera Magali Keller, avocate et coordinatrice d’un cabinet berlinois spécialisé dans le soutien aux organisations humanitaires, y compris celles dédiées au sauvetage maritime, rappelle l’importance fondamentale de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant. Elle souligne les dispositions spécifiques en matière de séjour, de protection et de regroupement familial existantes dans plusieurs pays européens. « En Italie, par exemple, cela s’applique généralement jusqu’à l’âge adulte. En règle générale, les enfants et les jeunes doivent être hébergés séparément des adultes et bénéficier d’une protection particulière. La privation de liberté doit être évitée autant que possible », précise-t-elle.

L’Allemagne retire son soutien au sauvetage civil

SOS Humanity avait annoncé vouloir déployer un nouveau navire de sauvetage en Méditerranée en 2026, afin de continuer à rechercher des embarcations de réfugiés et de surveiller les violations des droits humains au large des côtes tunisiennes. Cependant, ce projet dépendra des dons privés, car le gouvernement fédéral allemand, composé de la CDU/CSU et du SPD, a suspendu son soutien financier annuel au sauvetage maritime civil.

Cette décision alimente le pessimisme de Vera Magali Keller : « Compte tenu des développements politiques et juridiques actuels, je ne vois pas de bonnes perspectives. Je crains que la criminalisation et la répression du sauvetage maritime civil et de la solidarité avec les personnes en fuite ne s’intensifient sous la coalition actuelle. »

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