Home Accueil La décision espagnole de répertorier les médecins qui refusent d’interrompre une grossesse déclenche une tempête politique – The Irish Times

La décision espagnole de répertorier les médecins qui refusent d’interrompre une grossesse déclenche une tempête politique – The Irish Times

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Publié le 2024-05-15 06:50:00. Le débat sur l’accès à l’avortement a ravivé les tensions politiques en Espagne, près de quarante ans après sa dépénalisation. Un désaccord sur la mise en place de registres de médecins opposés à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) a éclaté entre le gouvernement central et plusieurs régions.

  • Le gouvernement de Pedro Sánchez exige des régions qu’elles compilent des listes de professionnels de santé refusant de pratiquer des avortements pour motif de conscience.
  • La région de Madrid, dirigée par Isabel Díaz Ayuso, refuse de se conformer à cette mesure, déclenchant une vive opposition du gouvernement central.
  • Le Parti Populaire (PP), principal parti d’opposition, tente de naviguer cette controverse, tiraillé entre son électorat catholique et une image jugée dépassée.

La législation espagnole, modifiée en 2023, rend obligatoire la création de ces listes, censées faciliter la redistribution du personnel et ainsi garantir l’accès aux IVG. Dans une lettre adressée aux exécutifs régionaux récalcitrants, Pedro Sánchez a souligné que ces registres visaient à « aider à surmonter les obstacles auxquels, malheureusement, se heurtent encore de nombreuses femmes de notre pays qui décident d’exercer leur droit à interrompre leur grossesse ». Si des régions comme les Asturies, les Baléares et l’Aragon ont indiqué qu’elles allaient se conformer, la présidente de la Communauté de Madrid, Isabel Díaz Ayuso, a affiché une position de défi.

« Pour qui se prend-il, parlant au nom de toutes les femmes ? », a réagi Mme Díaz Ayuso, membre du Parti Populaire (PP), un parti conservateur. « Pense-t-il qu’il est Dieu, parlant pour la vie avec cette frivolité ? ». Faisant référence à ses propres fausses couches, elle a accusé le Premier ministre d’aborder le sujet de l’avortement « avec un ton un peu chauvin ». S’adressant au parlement régional de Madrid, elle a même conseillé aux femmes souhaitant avorter d’« aller ailleurs ».

L’avortement a été dépénalisé en Espagne en 1985, puis une loi de 2010 a élargi son accessibilité. Les modifications de 2023 ont notamment permis aux jeunes filles de 16 et 17 ans d’avorter sans consentement parental, tout en introduisant cette obligation de registre des médecins opposants. Historiquement opposé à la loi de 2010, le PP a depuis tenté de contourner ce sujet sensible, craignant de paraître déconnecté des réalités et de froisser son électorat catholique. Des critiques internes ont toutefois souligné que Mme Díaz Ayuso avait par le passé défendu le droit à l’avortement et que son administration avait accepté de contribuer à la création d’un registre d’opposants. Sa position actuelle, jugée non conformiste au sein du parti, met en difficulté la direction nationale.

Face à cette polémique, le chef du PP, Alberto Núñez Feijóo, a préféré esquiver la confrontation directe avec Mme Díaz Ayuso. Il a proposé un registre des médecins *disposés* à pratiquer des IVG, déclarant : « L’important est que les femmes sachent quels gynécologues et obstétriciens sont à leur disposition ».

La situation a été encore compliquée fin septembre lorsque la mairie de Madrid, également sous contrôle du PP, a accepté une proposition du parti d’extrême droite Vox visant à informer les femmes sur un « syndrome post-avortement », prétendant un lien avec une consommation accrue de drogues, d’alcool et un risque accru de cancer. La communauté scientifique a rapidement dénoncé l’inexistence de ce syndrome, et le maire de Madrid, José Luis Martínez-Almeida, a admis que cette initiative était une erreur.

Pedro Sánchez maintient la pression en prônant l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution espagnole, sur le modèle français de 2024. Son cabinet a approuvé une proposition en ce sens, mais une telle réforme nécessiterait l’aval du PP, ce qui semble hautement improbable. Le quotidien El País a analysé cette démarche comme une stratégie politique habile, visant à placer l’opposition dans une position inconfortable, tout en reconnaissant l’importance démocratique de la proposition : « Le fait que la décision de Sánchez soit une démonstration audacieuse visant à acculer le leader de l’opposition ne signifie pas qu’elle n’est pas opportune ou qu’elle n’a pas une énorme importance démocratique ».

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