Home Sciences et technologies La détection ECM façonne la résistance au cancer du pancréas

La détection ECM façonne la résistance au cancer du pancréas

0 comments 31 views

Publié le 2026-02-18 10:47:00. Une nouvelle étude révèle que la capacité des cellules cancéreuses du pancréas à interagir avec leur environnement joue un rôle crucial dans leur résistance à la chimiothérapie et leur progression. Cette découverte ouvre la voie à des stratégies thérapeutiques plus ciblées et potentiellement plus efficaces.

  • L’interaction des cellules cancéreuses avec la matrice extracellulaire (MEC) influence leur métabolisme et leur capacité à survivre.
  • Les cellules cancéreuses éloignées de la MEC activent un processus d’« auto-alimentation » (autophagie) qui les protège de la chimiothérapie.
  • Bloquer à la fois l’autophagie et la fonction des lysosomes pourrait améliorer durablement l’efficacité des traitements contre le cancer du pancréas.

Des chercheurs de NYU Langone Health ont mis en lumière un mécanisme jusqu’alors méconnu qui régit la réponse des cellules cancéreuses du pancréas aux traitements. Leur travail, publié dans la revue Cellule, démontre que la capacité de ces cellules à « sentir » leur environnement immédiat, et plus précisément la matrice extracellulaire (MEC) qui les entoure, est déterminante pour leur survie et leur résistance aux médicaments.

La MEC, constituée de fibres et de protéines, joue un rôle essentiel dans le développement et l’organisation des tissus. Les cellules, qu’elles soient normales ou cancéreuses, ont besoin d’un ancrage à cette MEC pour se développer de manière optimale. L’étude révèle que lorsque les cellules cancéreuses du pancréas ne parviennent pas à s’ancrer à la MEC, elles activent un processus appelé autophagie. L’autophagie est une forme de « recyclage interne » où les cellules décomposent leurs propres composants pour obtenir des nutriments et survivre en situation de stress.

« Nos résultats montrent que la détection de la MEC par les cellules cancéreuses du pancréas leur permet de basculer entre les états de croissance active et de survie autophagique »,

Mohamad Assi, chercheur postdoctoral au Département de radio-oncologie de la faculté de médecine NYU Grossman.

En activant l’autophagie, les cellules cancéreuses privilégient la survie plutôt que la division cellulaire rapide, ce qui les rend moins sensibles aux chimiothérapies traditionnelles qui ciblent les cellules en prolifération. L’équipe de recherche a observé que, au sein même d’une tumeur pancréatique, il existe deux populations distinctes de cellules cancéreuses : celles qui sont en contact avec la MEC et présentent une faible autophagie, et celles qui sont plus éloignées et présentent une autophagie élevée.

Cette hétérogénéité tumorale explique en partie pourquoi les traitements actuels, notamment l’hydroxychloroquine (un médicament approuvé par la Food and Drug Administration pour bloquer l’autophagie), ont souvent un succès limité. Seules les cellules en mode « haute autophagie » sont sensibles à ce type de traitement, et elles ne représentent qu’une fraction de la population tumorale.

Pour valider leurs découvertes, les chercheurs ont développé un modèle de tumeur pancréatique en 3D, imitant l’environnement réel de la maladie. Ils ont ensuite manipulé génétiquement les cellules cancéreuses pour bloquer l’intégrine α3, une protéine située à la surface des cellules qui leur permet de détecter certaines protéines de la MEC, comme la laminine. En supprimant l’intégrine α3, ils ont forcé la plupart des cellules cancéreuses à entrer en mode « haute autophagie », rendant l’hydroxychloroquine beaucoup plus efficace pour les détruire – une réduction de 50 % de la survie des cellules cancéreuses a été observée.

Dans une autre expérience, les chercheurs ont désactivé la protéine NF2, qui joue un rôle dans la transmission du signal de l’intégrine α3 à l’intérieur de la cellule. L’inhibition de NF2 a non seulement réduit l’autophagie, mais a également ralenti la fonction des lysosomes, des organites cellulaires essentiels au processus autophagique et à d’autres mécanismes de survie des cellules cancéreuses. Cette double inhibition a entraîné une réduction significative de la croissance tumorale et la mort des cellules cancéreuses.

Les chercheurs soulignent que les stratégies actuelles visant à bloquer l’autophagie sont souvent de courte durée, car les cellules cancéreuses finissent par s’adapter. Ils suggèrent que cibler à la fois la régulation de l’autophagie et la fonction lysosomale, en tenant compte de l’interaction avec la MEC, pourrait offrir une approche thérapeutique plus durable et plus efficace contre le cancer du pancréas.

Référence: Assi M, Wang R, Kawaler EA et al. La détection de la matrice extracellulaire régule l’hétérogénéité intratumorale du flux autophagique. Cellule. 10.1016/j.cell.2025.12.053

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.