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La farce Quantico de Hegseth: terrifiante ou étrangement rassurante?

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Quand Donald Trump et son secrétaire à la Défense prônent l’autoritarisme, le corps des officiers reste de marbre.

Le 1er octobre 2025, une réunion singulière a eu lieu à la base du Corps des Marines de Quantico, en Virginie. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a convoqué près de 800 officiers militaires de haut rang, venus du monde entier, pour un rassemblement qui, selon les observateurs, s’apparentait au « rallye de motivation le plus coûteux et le plus ennuyeux de l’histoire ». L’objectif affiché : « libérer l’éthique guerrière » chez les hommes et les femmes présents, qualifiés par Hegseth de professionnels dont le métier est de « tuer des gens et de casser des choses pour gagner sa vie », et qui, selon lui, « ne sont pas politiquement corrects et n’appartiennent pas nécessairement toujours à la société polie ».

Une approche qui a visiblement laissé sceptiques les militaires présents, dont la tenue impeccable et la posture rigoureuse contrastent avec les propos du secrétaire. L’ancien sénateur Mark Kelly, vétéran de l’Air Force, a commenté avec acidité : « C’est ce qu’on obtient quand on met le commentateur de infos du samedi matin comme secrétaire à la Défense. » D’autres ont ironisé en le surnommant « Secrétaire Kegstand », en référence à une pratique d’ivresse. Les discours n’ont d’ailleurs suscité ni applaudissements ni rires dans l’assistance.

Pete Hegseth a profité de cette tribune pour annoncer de nouvelles directives, notamment en matière de « normes de toilettage ». Il a décrété la fin des « barbes, cheveux longs, et autres expressions individuelles superficielles », prônant un retour à une discipline stricte. Cette interdiction, particulièrement problématique pour les hommes noirs souffrant de conditions cutanées rendant le rasage douloureux, n’est qu’un aspect d’une politique plus large. Hegseth a également annoncé que les femmes ne seraient autorisées dans les unités de combat que si elles pouvaient satisfaire aux normes de condition physique masculines, arguant que tous les combattants devaient se soumettre à un test de forme physique avec une norme unique, indépendamment du genre.

Il est également revenu sur l’interdiction du bizutage, semblant l’encourager, et a émis des réserves quant aux « règles d’engagement », qualifiées de « faibles » et « woke ». La forme physique est devenue une obsession pour le secrétaire, qui a déclaré : « Il est fatigant de voir des troupes obèses. Il est tout à fait inacceptable de voir des généraux et des amiraux aux ventres proéminents […] C’est une mauvaise image. C’est mauvais, et ce n’est pas qui nous sommes. » Par conséquent, il a décrété que « chaque membre de la force conjointe […] est tenu de passer un test de condition physique deux fois par an, ainsi que de répondre aux exigences de taille et de poids ».

Peu après, Donald Trump est monté sur scène pour un discours de 72 minutes, déconcertant une fois de plus son auditoire. Il a averti les chefs militaires d’un changement de mission, axée désormais sur la lutte contre « l’ennemi intérieur ». Dans un discours aux accents autoritaires, il a suggéré l’utilisation des villes américaines comme « terrains d’entraînement » pour l’armée, citant San Francisco, Chicago et New York comme des zones dangereuses à « redresser ». Ses propos, souvent délirants, ont été ponctuées de digressions sur Joe Biden et de vantardises sur sa propre signature.

La rencontre a été vivement critiquée. Le groupe « Veterans for Responsible Leadership » a dénoncé sur les réseaux sociaux le message de Hegseth, rappelant qu’une force militaire sert également à promouvoir la compassion et l’aide humanitaire, et craignant une « militarisation à la russe » sous l’influence de Trump et Hegseth. Un ancien responsable de la défense interrogé par Politico a qualifié la réunion de « perte de temps » et de « risque stratégique inexcusable », soulignant le peu de « mérite » des messages délivrés.

Malgré les ordres, le silence de l’assistance a témoigné d’un profond malaise. Ces officiers se sont réveillés le lendemain dans un contexte de fermeture gouvernementale, Donald Trump et les dirigeants républicains du Congrès refusant de lever les coupes budgétaires dans la santé en échange de leurs votes. Alors que Trump promet des licenciements massifs, la situation actuelle pourrait servir de prétexte pour affaiblir des programmes sociaux comme la sécurité sociale ou l’assurance maladie. Comme le résume un tweet cité dans l’article : « Fafo ».

Face à cette dérive autoritaire, le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, qui avait initialement cédé face à une telle éventualité, semble avoir changé de stratégie. La fermeture gouvernementale, qui paralyse une partie de l’administration fédérale, met en lumière l’efficacité paradoxale des services d’immigration, considérés comme « essentiels ». Pendant que les citoyens peinent à joindre les services sociaux, les déportations massives se poursuivent.

Selon l’analyse proposée, les États-Unis ne se dirigent pas vers un régime autoritaire, mais y vivent déjà. La prise de conscience collective et une résistance organisée seraient les seules voies pour inverser cette tendance.

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