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La fonctionnalité «FriendMap» d’Instagram au Luxembourg : enjeux de sécurité et vie privée

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Instagram lance sa « Friend Map », une fonction de partage de localisation qui fait déjà débat. Si certains y voient un énième outil de surveillance, d’autres craignent un manque de sécurité, tandis que les plus jeunes pourraient être tentés de suivre le mouvement pour des raisons sociales.

Après avoir fait son apparition en août aux États-Unis, la « Friend Map » d’Instagram, un nouvel outil permettant de partager sa localisation en temps réel, a débarqué en Europe en octobre. Accessible via des options comme « amis », « amis proches », « certains amis uniquement » ou « personne », elle rappelle indéniablement la « Snap Map » lancée par Snapchat en 2017. Ces fonctionnalités, qui permettent de zoomer pour obtenir une localisation précise – ville, rue, voire bâtiment – suscitent déjà des interrogations quant à leur utilisation et leur impact.

Sur le papier, l’idée de partager sa position géographique avec son cercle social n’est pas nouvelle. Cependant, l’intégration de cette fonctionnalité sur Instagram a provoqué une vague de réactions négatives sur les réseaux sociaux. Les internautes expriment leur inquiétude face à la possibilité de partager sa localisation avec des personnes inconnues ou mal intentionnées.

L’avis des jeunes utilisateurs : entre prudence et indifférence

Sur le campus de l’Université du Luxembourg à Belval, les étudiants interrogés se montrent partagés. Alessandro, 20 ans, a entendu parler de la « Friend Map » mais reste sceptique : « Je trouve ça un peu débile de montrer à tout le monde où l’on est. Après, si on veut le faire, on peut, mais moi, ça ne m’enchante pas. »

Barbara, quant à elle, utilise déjà la localisation sur Snapchat, mais uniquement avec sa mère et quelques amies pour des raisons pratiques. Elle écarte catégoriquement l’idée de l’adopter sur Instagram : « Même avec des amis, partager ma localisation avec d’autres personnes, ce n’est pas mon truc. Je ne l’utilise pas », précise Josilène, 21 ans, rencontrée également sur le campus. Danielli, 18 ans, trouve la fonctionnalité « un peu inutile et pareille que Snap », ajoutant : « Sur Instagram, c’est juste non, je trouve ça moins sécurisé. »

Sécurité et vie privée : les enjeux soulevés par les experts

Au-delà des opinions des utilisateurs, la question de la sécurité et de la protection des données personnelles est au cœur des préoccupations. Stéphanie Lukasik, coordinatrice du projet Medialux, chercheuse à l’Université du Luxembourg et experte sur la sécurité en ligne auprès du Conseil de l’Europe, met en garde contre les risques potentiels.

« L’utilisateur donne l’information personnelle de sa localisation à son réseau et à une entreprise privée (Meta) », explique-t-elle. Ces données, potentiellement précieuses pour divers services et membres du réseau, pourraient conduire à une surveillance accrue et à un suivi plus poussé des individus. Les réseaux sociaux, nourris des données personnelles pour affiner leurs algorithmes, créent ainsi une véritable « cartographie sociale, et plus précisément une cartographie de l’individu ».

Selon Stéphanie Lukasik, cette cartographie peut engendrer une méfiance, voire une défiance, au sein de la population. Elle souligne que des analogies peuvent être facilement établies en comparant les données de localisation, qu’il s’agisse de rencontres privées, professionnelles ou politiques, permettant ainsi de reconstituer la présence de personnes à un même endroit.

L’impact sur les relations et le mal-être social

La fonctionnalité de localisation, si elle n’est pas maîtrisée et appréhendée dans son rapport à la liberté individuelle, peut bouleverser nos rapports de communication et instaurer une forme de suspicion, même au sein du cercle familial ou amical. « Les membres du réseau d’un individu peuvent s’en servir pour surveiller, vérifier si les propos et les activités déclarées sont cohérents par rapport à la localisation de l’individu », argumente Stéphanie Lukasik.

Chez les plus jeunes, l’effet de groupe pourrait être particulièrement marqué, les poussant à partager leur localisation pour se conformer aux comportements de leurs pairs. De plus, cet outil pourrait accentuer le mal-être social. « Cela peut créer de nouveaux complexes par rapport aux modes de vie. Par exemple, le fait qu’un jeune ne parte pas en vacances ou ne fait pas beaucoup d’activités en dehors de son lieu d’habitation pourra désormais être visible par ses camarades. Cela peut être source de mal-être social pour un jeune qui ne partage pas le même mode de vie que ses camarades », détaille l’experte.

Malgré la pression sociale, l’acte de partage reste un consentement initial. Cependant, une fois les traces numériques laissées, l’utilisateur, se croyant libre, peut se retrouver exposé à de nombreux risques. Les données collectées peuvent être exploitées par des utilisateurs malveillants, mais aussi à des fins commerciales ou de manipulation.

Le regard de la CNPD : vigilance et conseils

Contactée, la Commission nationale pour la protection des données (CNPD) au Luxembourg indique suivre « avec attention les évolutions des fonctionnalités proposées par les plateformes, surtout quand elles impliquent la collecte et le partage de données de localisation ». Soulignant l’importance des enjeux, la CNPD rappelle que Meta, société mère d’Instagram, ayant son siège social en Irlande, la Data Protection Commission irlandaise est responsable de l’application du RGPD pour la plateforme.

La CNPD se veut néanmoins rassurante, affirmant être en contact permanent avec ses homologues européens pour une application cohérente du RGPD. « Nous rappelons que le partage de la localisation en temps réel doit être clairement expliqué à l’utilisateur et qu’il est important de vérifier les paramètres de confidentialité proposés par la plateforme ou par son téléphone avant d’activer une telle fonctionnalité », déclare la Commission, qui précise qu’elle transmettrait toute plainte ou signalement à l’autorité irlandaise.

Stéphanie Lukasik conclut en rappelant qu’« à partir du moment où les traces sont laissées, l’individu qui se croit libre se retrouve enfermé et exposé à de nombreux risques ». Si l’utilisation de la localisation sur Instagram peut être détournée à des fins commerciales ou de manipulation, elle pourrait aussi s’avérer utile dans des contextes spécifiques comme des enquêtes ou des disparitions, à condition d’une utilisation « à bon escient ». L’acte de partager sa localisation, loin d’être anodin, en dit long sur nous, et le rôle des plateformes est de s’assurer que les utilisateurs comprennent pleinement les implications de tels partages.

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