Publié le 30 octobre 2025. Des bulles d’air piégées dans des échantillons de glace de l’Antarctique vieux de 6 millions d’années offrent un aperçu sans précédent de l’atmosphère terrestre primitive. Ces précieuses capsules temporelles révèlent des informations clés sur le climat d’une époque révolue.
Une équipe internationale de scientifiques a réussi à extraire et analyser des carottes de glace d’une ancienneté record dans la région des Allan Hills, en Antarctique de l’Est. Âgés de 6 millions d’années, ces échantillons constituent les plus anciennes glaces terrestres datées directement à ce jour. Elles sont bien plus que de simples blocs d’eau gelée ; elles renferment de minuscules bulles d’air, véritables instantanés de l’atmosphère d’une planète aux conditions radicalement différentes de celles que nous connaissons.
En étudiant la composition chimique de cet air emprisonné, les chercheurs espèrent reconstituer une partie de l’histoire climatique de la Terre. « Les carottes de glace sont comme des machines à voyager dans le temps qui permettent aux scientifiques de voir à quoi ressemblait notre planète dans le passé. La carotte de glace d’Allan Hills nous aide à voyager inimaginablement loin dans le passé », a déclaré Sarah Shackleton, l’une des principales chercheuses de la Woods Hole Oceanographic Institution, dans un communiqué relayé par IFL Science.
Cette découverte, bien que remarquable, s’inscrit dans une quête plus large de glaces encore plus anciennes. Au début de l’année 2025, une autre équipe de chercheurs européens avait mis au jour une carotte de glace continue de 1,2 million d’années dans la même région de l’Antarctique de l’Est.

L’équipe d’Allan Hills, bien que surprise par l’âge exceptionnel de ses échantillons, ne s’attendait pas initialement à une telle longévité. « Nous savions que la glace de cette région était ancienne. Au départ, nous nous attendions à trouver de la glace vieille de 3 millions d’années, voire un peu plus, mais cette découverte a largement dépassé nos attentes », a ajouté Ed Brook, directeur de COLDEX et paléoclimatologue à l’université d’État de l’Oregon.
Pour accéder à cette glace primordiale, l’équipe a foré entre 100 et 200 mètres de profondeur dans la calotte glaciaire. Ce forage moins profond, comparé aux plus de 2 000 mètres nécessaires ailleurs dans l’Est de l’Antarctique pour des glaces anciennes, est rendu possible par des conditions géographiques spécifiques. La topographie montagneuse et les vents violents caractéristiques des Allan Hills poussent naturellement les couches de glace les plus anciennes vers la surface, tout en ralentissant leur mouvement. « Nous cherchons encore à déterminer les conditions exactes qui ont permis à cette glace ancienne de survivre si près de la surface », a expliqué Shackleton. « En plus de la topographie, il s’agissait très probablement d’une combinaison de vents forts et de températures glaciales. Les vents ont soufflé de la neige fraîche et les températures froides ont ralenti la glace jusqu’à l’arrêt quasi total. Cela fait d’Allan Hills l’un des meilleurs endroits au monde pour trouver de la glace ancienne peu profonde, et l’un des endroits les plus difficiles pour passer une saison sur le terrain », a-t-il ajouté.
Les analyses en laboratoire, publiées dans la revue *Proceedings of the National Academy of Sciences*, ont révélé qu’au cours des 6 derniers millions d’années, la région s’est refroidie d’environ 12 °C. Cette constatation corrobore les hypothèses scientifiques selon lesquelles la Terre était significativement plus chaude à cette époque qu’elle ne l’est aujourd’hui.