Le premier long-métrage de Marine Atlan, « La Gradiva », a été couronné du premier prix de la Semaine de la critique lors du Festival de Cannes. Ce récit mélancolique et saisissant explore le passage à l’âge adulte à travers le voyage scolaire d’une classe de lycéens français vers les ruines de Pompéi.
Ancienne directrice de la photographie passée à la réalisation, Marine Atlan signe avec ce film un portrait éclairant de la jeunesse. L’œuvre s’articule autour de questions existentielles sur l’histoire, le présent et l’avenir, vues à travers le regard d’une génération sur le point d’entrer dans le monde adulte. Malgré la lourdeur de ces thématiques, le film conserve une certaine légèreté, capturant avec justesse et humour les interactions et les plaisanteries entre adolescents.
L’intrigue suit un groupe d’élèves encadrés par Mercier (interprétée par Antonia Buresi), une enseignante passionnée et bienveillante, bien qu’épuisée. Parmi eux se trouve Toni (Colas Quignard), un jeune homme à la fois exubérant et insécure. Le film dépeint avec finesse ses tourments intérieurs, notamment sa jalousie et son désir pour son meilleur ami, James (Mitia Capellier-Audat), ainsi que sa quête d’identité et d’origines familiales.
Le lien avec l’histoire et l’archéologie est central, tant dans le cadre du voyage que dans le titre, qui fait référence au roman de Wilhelm Jensen publié en 1902, « Gradiva : une fantaisie pompéienne ». Cette thématique se reflète dans le récit personnel de Toni, qui relate l’histoire d’amour contrariée entre sa grand-mère, employée de maison, et son grand-père, son employeur, dont la relation fut brisée par les conventions sociales et un tremblement de terre.
Sur le plan visuel, le film se distingue par des compositions sublimes, fruit de la collaboration entre Marine Atlan et Pierre Mazoyer. Des séquences oniriques marquantes aux plans contemplatifs, l’esthétique du film souligne le bouleversement émotionnel imminent pour les personnages.
Co-écrit avec Anne Brouillet, le scénario privilégie l’accumulation de détails et l’immersion dans le quotidien des élèves — leurs passions, leurs conflits et leurs aspirations — plutôt qued’utiliser des rebondissements spectaculaires. Le récit culmine lorsque le passé et le futur convergent, alors que les résultats d’admission à l’université tombent et que Toni entreprend une sorte de pèlerinage pour trouver des réponses.

Le film atteint son apogée émotionnelle lors d’une scène déchirante où l’enseignante, Mercier, doit transmettre une information capitale à ses élèves, marquant pour chacun la fin d’une certaine innocence. Le dénouement, décrit comme d’une puissance sobre et sincère, refuse les réponses faciles pour privilégier une quête humaine profonde.
Le distributeur 1-2 a acquis les droits de « La Gradiva » à Cannes pour une sortie en salles.