Élections clés : L’énergie, un enjeu majeur qui pourrait façonner les campagnes nationales
Les scrutins pour les postes de gouverneur dans le New Jersey et en Virginie, prévus le 4 novembre, sont scrutés à la loupe. Ils pourraient en effet définir les thèmes de campagne des élections nationales de 2026, notamment en matière de coûts énergétiques, d’inflation et d’accessibilité économique.
L’inquiétude face à l’envolée des prix de l’électricité
Dans ces deux États du Mid-Atlantic, les électeurs plébiscitent la lutte contre l’inflation, le coût des soins de santé, la création d’emplois et, surtout, l’accessibilité financière. La flambée des prix alimentaires, l’augmentation des loyers et la hausse spectaculaire des factures d’électricité sont au cœur de leurs préoccupations.
Au New Jersey, les consommateurs devraient payer en moyenne 19 % de plus pour leur électricité en août 2025 par rapport à août 2024. En Virginie, après des augmentations de 30 % entre 2020 et 2023, les services publics ont obtenu le feu vert pour des hausses supplémentaires de 15 % à 21 % au cours des deux prochaines années. Ces hausses, couplées à d’autres facteurs, pourraient bien déterminer le paysage politique de 2026.
Un sondage de l’Associated Press-NORC Center for Public Affairs Research, réalisé le 20 octobre, révèle que 36 % des adultes américains sont stressés par le coût des services publics. Ce chiffre souligne l’importance de la question pour les électeurs du New Jersey et de Virginie, qui attendent des candidats qu’ils abordent de front les tarifs de l’électricité.
Des visions divergentes pour l’avenir énergétique
Face à cette problématique, les candidats démocrates dans les deux États prônent le développement des énergies vertes (éolien, solaire, nucléaire), en droite ligne avec la politique du président Joe Biden. Ils accusent les Républicains, en adoptant le projet de loi « One Big Beautiful Bill Act » pour l’exercice 2026, d’exacerber l’inflation énergétique en supprimant les crédits d’impôt pour les énergies renouvelables.
En parallèle, les candidats républicains aux postes de gouverneur s’alignent sur la vision du président Donald Trump, privilégiant le gaz naturel et, en Virginie, le charbon, au détriment des énergies renouvelables, notamment l’éolien. Donald Trump a récemment déclaré une urgence énergétique et signé des décrets visant à accroître la production d’énergies fossiles, dans l’espoir de réduire les coûts.
PJM, un acteur clé au-delà des frontières
Le New Jersey et la Virginie partagent un autre lien crucial : tous deux sont desservis par PJM, le plus grand opérateur de réseau de transport d’électricité aux États-Unis. Les 67 millions de consommateurs de ce réseau, répartis dans 13 États, financent actuellement l’expansion du réseau à hauteur de 14,7 milliards de dollars, selon le groupe d’analyse Monitoring Analytics.
Une analyse du Natural Resources Defense Council (NRDC) de septembre dernier indique que les clients de PJM paient déjà entre 20 et 30 dollars de plus par mois en raison de la demande croissante. Les 14,7 milliards de dollars supplémentaires se traduiront par une augmentation mensuelle de 70 dollars pour le ménage moyen.
Cette situation met en lumière la complexité des tarifs de l’électricité, influencés par une multitude de facteurs. Bien que les gouverneurs aient un rôle dans la nomination des commissaires aux services publics et la surveillance réglementaire, leur marge de manœuvre pour réduire les factures reste limitée, malgré les promesses électorales.
Le New Jersey : un duel pour la souveraineté énergétique
Dans le New Jersey, la course s’annonce serrée entre la Démocrate Mikie Sherrill, représentante sortante, ancienne procureure fédérale et vétérane de la Marine, et le Républicain Jack Ciattarelli, député de l’État et candidat pour la troisième fois au poste de gouverneur. Tous deux ont des propositions énergétiques claires.
Mikie Sherrill s’est engagée à « ne pas voir de nouvelle augmentation des tarifs des services publics pour la famille moyenne du New Jersey pendant une année entière » dès son arrivée en poste. Elle a dévoilé un plan visant à déclarer l’état d’urgence pour geler les tarifs, tout en promettant de développer massivement la production d’électricité moins chère et plus propre, afin de bâtir un « arsenal énergétique » dans l’État. Sa stratégie inclut la modernisation des centrales à gaz naturel, l’augmentation des investissements dans le solaire, le stockage par batterie et le nucléaire, ainsi qu’une exigence de plus grande transparence de la part des services publics et de PJM, qu’elle accuse de retarder les projets d’énergie propre. Elle cite notamment le projet éolien offshore Atlantic Wind Project, dont la construction a été retardée par l’administration Trump, menant au retrait de Shell.
Jack Ciattarelli, lui, dénonce les politiques énergétiques des Démocrates, accusant le gouverneur Phil Murphy d’avoir engagé l’État dans des énergies renouvelables coûteuses. Il affirme que Mikie Sherrill intensifierait des politiques déjà pénalisantes pour les contribuables. Il rappelle que le New Jersey, autrefois exportateur d’énergie, est aujourd’hui importateur. Son plan propose de « renverser ce désordre » par une approche « tout est bon », en se retirant de l’Initiative régionale sur les gaz à effet de serre, en redevenant un exportateur d’énergie, en imposant un « moratoire permanent sur l’énergie éolienne offshore », en augmentant la capacité de gaz naturel et en développant le nucléaire.
Les deux candidats soutiennent le développement de l’énergie nucléaire, y compris le projet de Holtec International de construire quatre petits réacteurs modulaires à la centrale d’Oyster Creek, fermée en 2018.
La Virginie : des centres de données sous tension
En Virginie, la course pour succéder au gouverneur républicain Glenn Youngkin oppose la Démocrate Abigail Spanberger, représentante à la Chambre et ancienne responsable de la CIA, au Lieutenant-gouverneur républicain Winsome Earle-Sears, vétérane des Marines.
Le plan d’Abigail Spanberger vise à rendre la Virginie « indépendante sur le plan énergétique » en augmentant la production locale d’énergies à faible coût et en encourageant les projets solaires sur des sites désaffectés, des toits et des parkings. Elle soutient également le projet éolien offshore de Dominion Energy.
Cependant, elle s’engage à s’assurer que les centres de données n’augmentent pas les coûts énergétiques pour les consommateurs. La Virginie, surnommée « Data Center Alley », abrite la plus forte concentration de ces installations au monde. Selon une analyse de Carnegie Mellon University et de la North Carolina State University, les factures d’électricité en Virginie pourraient augmenter de 25 % d’ici 2030 en raison de la demande des centres de données.
Winsome Earle-Sears propose une approche « tout est bon » axée sur un mix énergétique incluant le pétrole, le gaz naturel et le « charbon propre ». Si elle n’est pas opposée aux énergies renouvelables, elle souhaite abroger la loi « Virginia Clean Economy Act », qui impose aux services publics l’arrêt de la production d’énergie carbonée d’ici 2045. Elle critique les propositions de Spanberger, arguant que le soleil ne brille pas toujours et que le vent ne souffle pas en permanence.
Les deux candidates soutiennent la croissance de l’énergie nucléaire.