Home International La Hongrie d’Orbán envisage un bloc anti-ukrainien avec la République tchèque et la Slovaquie

La Hongrie d’Orbán envisage un bloc anti-ukrainien avec la République tchèque et la Slovaquie

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Publié le 2025-10-28 13:52:00. La Hongrie ambitionne de tisser une alliance avec la République tchèque et la Slovaquie pour peser de concert au sein de l’Union européenne, une manœuvre qui pourrait compliquer le soutien de l’UE à l’Ukraine.

  • Budapest souhaite coordonner ses positions avec Prague et Bratislava avant les sommets européens.
  • L’objectif est de former un bloc ukraino-sceptique au sein de l’UE, potentiellement influencé par Viktor Orbán.
  • Cette initiative rappelle la dynamique du groupe de Visegrád dans sa forme antérieure.

Un haut conseiller politique du Premier ministre hongrois Viktor Orbán a confié à Politico que la Hongrie cherchait à rétablir une forme d’alliance avec la République tchèque et la Slovaquie. L’idée serait de créer un front uni au sein de l’Union européenne, susceptible de modifier l’approche commune vis-à-vis de l’Ukraine. Selon ce conseiller, le Premier ministre hongrois espère trouver un terrain d’entente avec Andrej Babiš, dont le parti populiste de droite a remporté les dernières élections législatives en République tchèque, ainsi qu’avec le Premier ministre slovaque Robert Fico. L’objectif est d’aligner leurs positions avant les réunions des dirigeants européens, y compris des rencontres informelles préparatoires.

Bien qu’une union politique structurée prenne du temps à se concrétiser, sa formation pourrait sérieusement entraver les efforts de l’Union européenne en matière de soutien financier et militaire à l’Ukraine. Le conseiller politique du chef du gouvernement hongrois s’est montré confiant quant à cette perspective :

« Je pense que cela va se produire et que cela deviendra de plus en plus visible. »

Directeur politique du Premier ministre hongrois

Interrogé sur la possibilité qu’une alliance aux vues sceptiques sur l’Ukraine commence à agir de manière concertée au Conseil européen, il a comparé cette stratégie au succès obtenu lors de la crise migratoire par le groupe des « Quatre de Visegrád ». À l’époque, ce bloc composé de la Hongrie, de la République tchèque, de la Slovaquie et de la Pologne – alors dirigée par le parti eurosceptique Droit et Justice – avait su « résister » grâce à une position commune.

Sous la houlette du Premier ministre polonais d’alors, Mateusz Morawiecki, ce groupe avait défendu des politiques axées sur la famille et le renforcement des frontières extérieures de l’UE, s’opposant fermement à toute relocalisation obligatoire de migrants entre États membres. Cependant, l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie avait marqué une fracture au sein de cette alliance. La Pologne, adoptant une posture fermement opposée à Moscou, s’était éloignée de la Hongrie. La nouvelle alliance envisagée, réduite à trois membres, pourrait ainsi voir le jour sans la Pologne, dont l’actuel Premier ministre, le centriste Donald Tusk, affiche un soutien indéfectible à l’Ukraine, rendant une entente avec Viktor Orbán improbable.

Robert Fico et Andrej Babiš ont néanmoins exprimé des opinions similaires à celles du dirigeant hongrois concernant l’Ukraine, plaidant pour un dialogue avec Moscou plutôt que pour une pression économique accrue. Andrej Babiš a d’ailleurs été critiqué pour son scepticisme affiché quant à un soutien européen supplémentaire à Kiev. Le ministre des Affaires étrangères tchèque actuel a même averti dans une interview accordée à Politico que Babiš pourrait agir comme une « marionnette » d’Orbán au sein du Conseil européen.

La concrétisation d’une telle alliance, même sous une forme révisée du groupe de Visegrád, pourrait cependant prendre du temps. Bien que réélu Premier ministre slovaque en 2023, Robert Fico ne s’est pas encore formellement aligné sur des positions politiques spécifiques avec Viktor Orbán. Par ailleurs, Andrej Babiš n’a pas encore finalisé la formation de son gouvernement suite à la récente victoire électorale de son parti.

Au-delà de la Troïka de Visegrád

Les ambitions de la Hongrie en matière de constitution d’alliances politiques à Bruxelles ne se limitent pas au Conseil européen, a précisé le député Balázs Orbán, conseiller politique du Premier ministre. Le parti Fidesz, membre du groupe d’extrême droite des Patriotes pour l’Europe, pourrait également chercher à élargir ses partenariats au Parlement européen. Selon lui, des groupes tels que les Conservateurs et Réformistes européens, l’Europe des Nations Souveraines, ainsi que certains « groupes de gauche », pourraient constituer des alliés potentiels.

Le conseiller politique a ajouté que les partis traditionnels, comme le Parti populaire européen (PPE) de centre-droit, pourraient à terme se retourner contre la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, sapant ainsi la majorité centriste qui a soutenu sa réélection. Ces manœuvres interviennent alors que le Premier ministre hongrois, au pouvoir depuis 15 ans, se prépare à une bataille électorale l’année prochaine. Son parti, le Fidesz, est actuellement devancé dans les sondages par le parti Tisza de l’opposition, dirigé par Péter Magyar.

Interrogé sur la campagne électorale à venir, le conseiller a qualifié celle-ci de « plus difficile que jamais », accusant Bruxelles de mener un « effort organisé et coordonné pour tenter de renverser le gouvernement hongrois », notamment par un « soutien politique à l’opposition ». La Commission européenne, de son côté, affirme que les décisions de suspendre des fonds à la Hongrie sont motivées par le non-respect du droit européen par Budapest et non par des considérations politiques.

À la question de savoir si Budapest maintient son soutien au commissaire européen hongrois à la Santé, Oliver Várhelyi, qui aurait selon certains médias orchestré le recrutement d’espions au sein des institutions européennes lorsqu’il exerçait comme diplomate, le conseiller a affirmé que le commissaire « faisait un excellent travail ».

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