Publié le 2025-11-06 15:17:00. Un projet ferroviaire ambitieux relie Sofia et Skopje, unissant l’Europe par une nouvelle ligne qui représente un investissement colossal et une avancée majeure pour la connectivité des Balkans.
- Le coût total de la modernisation et de la construction de la ligne ferroviaire Sofia-Skopje, longue d’environ 250 km, est estimé à plus de 2 milliards d’euros.
- Un accord crucial pour la construction d’un tunnel frontalier commun sous Deve Bair a été signé entre la Bulgarie et la Macédoine du Nord.
- Ce projet s’inscrit dans le cadre du corridor européen VIII, visant à connecter la mer Noire à l’Adriatique.
La coopération ferroviaire entre la Bulgarie et la Macédoine du Nord franchit une étape historique avec la signature d’un accord pour la construction d’un tunnel frontalier commun. Cet événement, marqué par la présence des ambassadeurs de l’Union Européenne et de l’OTAN, symbolise la volonté des deux pays de renforcer leurs liens et de concrétiser un projet qui remonte à plus d’un siècle.
Les ministres des Transports des deux nations, Grozdan Karadjov pour la Bulgarie et Alexander Nikolovski pour la Macédoine du Nord, ont officialisé l’accord relatif au tunnel sous Deve Bair. Fait notable, la signature s’est déroulée en langue anglaise, à la demande de Skopje, témoignant des particularités diplomatiques de ce dossier.
L’importance de cette nouvelle infrastructure a été soulignée par les ministres. « Ce train Sofia-Skopje est le train de notre avenir européen commun », a déclaré Grozdan Karadjov, évoquant le potentiel de développement et d’intégration qu’il représente. La cérémonie s’est déroulée à la gare de Gueshevo, point le plus occidental de Bulgarie, accessible notamment par le train « royal » Corona Express.
Sofia – Gueshevo : un investissement majeur pour la Bulgarie
Pour la partie bulgare, la modernisation de la ligne Sofia-Gueshevo, longue d’environ 150 km, représente un investissement colossal de plus de 1,2 milliard d’euros. Le ministre des Transports bulgare a détaillé l’avancement des travaux sur quatre sections distinctes.
Deux marchés publics sont déjà en cours, tandis que les autres attendent d’être annoncés. Une section de 2,4 km reliant la gare de Gueshevo à la frontière macédonienne fera l’objet d’un appel d’offres dont l’ouverture est prévue le 11 novembre, pour un coût estimé à 114 millions de leva bulgares (BGN) hors TVA. Parallèlement, la modernisation de 17 km de la ligne Pernik-Radomir, évaluée à 462 millions de BGN hors TVA, est en phase de sélection d’un entrepreneur d’ici la fin du mois. Les tronçons Sofia-Pernik et Radomir-Gueshevo devraient voir leurs appels d’offres lancés d’ici la fin de l’année et mi-2026, respectivement.
Le financement de ces projets est envisagé dans le cadre du programme « Connectivité des transports » et du budget national. Il est cependant à noter que des projets ferroviaires avaient été retirés de ce programme par le gouvernement bulgare en mars, sans information publique sur leur réintégration.
Kumanovo – Deve Bair : le chantier côté Macédoine du Nord
Côté Macédoine du Nord, la construction de la ligne ferroviaire reliant Kumanovo à Deve Bair, à la frontière bulgare, se chiffre à environ 810 millions d’euros. Le vice-Premier ministre et ministre des Transports, Alexander Nikolovski, a fait état de trois sections en cours de réalisation.
La modernisation de la ligne Kumanovo-Belyakovtse (31 km) est achevée et opérationnelle depuis janvier 2025, pour un coût de 45 millions d’euros. La ligne Belyakovtse-Kriva Palanka (34 km) est actuellement en reconstruction pour 155 millions d’euros, avec une fin de chantier prévue en octobre 2026. Le tronçon le plus ardu, reliant Kriva Palanka à la frontière bulgare sur 21 km à travers un terrain montagneux, est estimé à 455 millions d’euros, avec une annonce de marché prévue en décembre. De plus, 150 millions d’euros supplémentaires sont dédiés à la signalisation de l’ensemble de la ligne.
Plus de 200 millions d’euros de ce budget proviennent de subventions de l’UE, tandis qu’un prêt de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) finance le tronçon Belyakovtce-Kriva Palanka. Le dernier volet bénéficiera du soutien de l’UE et d’institutions financières internationales.
L’accord sur le tunnel frontalier : un pilier stratégique
L’accord sur le tunnel frontalier, élément clé des corridors « Balkans occidentaux – Méditerranée orientale » et VIII, vise à combler le manque de connectivité ferroviaire entre les deux pays et à fluidifier le trafic entre la mer Noire et l’Adriatique. Les détails précis de l’accord, notamment les responsabilités techniques, financières et juridiques, ainsi que celles relatives à la passation des marchés et à la surveillance des travaux, restent à clarifier publiquement.
Il est apparu que l’accord avait été rédigé en anglais sur demande de Skopje. Une proposition bulgare antérieure, prévoyant la création de groupes de travail conjoints et un calendrier soumis à la Commission européenne et aux institutions financières, avait suscité des réserves de la part de la partie macédonienne.
La question d’un délai fixe pour la réalisation de l’ensemble de la ligne Sofia-Skopje n’a pas été abordée par les ministres. « Il y a toujours eu beaucoup d’émotion dans les relations entre la Bulgarie et la Macédoine du Nord, qui n’a pas toujours été seulement positive », a reconnu Grozdan Karadjov. « En signant cet accord, nous redonnons vie à une idée vieille de 138 ans », a-t-il ajouté, soulignant l’importance stratégique de cet axe ferroviaire pour la sécurité et la connectivité de l’Europe du Sud-Est.
La gare de Gueshevo, la plus haute et la plus occidentale de Bulgarie, a été décrite par le ministre Karadjov comme « un lieu d’où la Bulgarie regarde vers l’ouest avec espoir, mais aussi avec attente ». Il a conclu sur la nécessité de passer des paroles aux actes pour mener à bien ce projet commun.