Publié le 2025-10-04 14:30:00. L’Assemblée Tarjih et Tajdīd de Muhammadiyah a rendu une fatwa sur l’utilisation du mirin par les musulmans au Japon, clarifiant son statut halal dans le contexte de la cuisine locale.
Cette décision, rendue à Yogyakarta, répond à une interrogation de la communauté musulmane japonaise concernant l’usage de ce condiment traditionnel. Elle s’appuie sur l’approche du « fiqh des minorités » (al-Aqallīyāt Fiqh) pour offrir des orientations adaptées aux musulmans vivant dans des contextes non musulmans.
Le mirin, un alcool de riz fermenté utilisé pour ses saveurs et sa capacité à attendrir les viandes et poissons, pose question en raison de sa teneur en alcool (entre 4,5 % et 12,5 %). Cependant, lors de la cuisson, cet alcool s’évapore, ne laissant qu’un goût sucré sans effet enivrant. L’Assemblée Tarjih a pris en compte cette transformation culinaire et la perception du mirin comme un assaisonnement, et non comme une boisson alcoolisée, au Japon.
Dans son analyse, l’instance religieuse a invoqué plusieurs principes juridiques islamiques, tels que « la difficulté engendre la facilité » (al-Masyaqqah Tajlib al-Taysīr) et le fait que « la loi dépend de la bonne compréhension de son objet » (al-ḥukm ‘ala al-shay’ far’un ‘un taṣawwurihi). Elle a également souligné que les coutumes établies (al-‘ādah muḥakkamah) peuvent être prises en compte, comparant la situation du mirin à celle de certains produits en Indonésie contenant une faible teneur en alcool mais n’étant pas considérés comme du Khamr (boisson enivrante interdite).
Par ailleurs, le Conseil Tarjih s’est référé à l’avis de certains érudits contemporains et à des fatwas antérieures qui estiment que l’alcool n’est intrinsèquement pas impur, mais le devient s’il est consommé comme une boisson enivrante. Ce point de vue est partagé par le Conseil européen de la Fatwa et de la Recherche (ECFR).
Après des études menées en janvier 2025 et une session de l’équipe de fatwa le 19 septembre 2025, le Conseil Tarjih a arrêté trois points principaux :
- L’utilisation du mirin comme épice dans la cuisine est autorisée (mubāḥ) pour les musulmans au Japon, à condition que la cuisson entraîne l’évaporation complète de l’alcool, le rendant non enivrant et donc non considéré comme impur.
- La consommation directe de mirin, ou son utilisation sans cuisson, reste interdite (ḥarām) en raison de son potentiel enivrant.
- Cette fatwa s’applique spécifiquement au contexte japonais. Pour l’Indonésie, le mirin n’est pas jugé nécessaire et son utilisation n’est pas autorisée afin d’éviter toute ambiguïté ou abus, conformément au principe de « fermer la voie au mal » (Sadd al-Dharī’ah).
La décision vise à apporter des solutions concrètes aux musulmans minoritaires au Japon, tout en respectant les préceptes de la loi islamique, les coutumes locales et en préservant l’identité musulmane.