La récente victoire de Zohran Mamdani à New York soulève des questions quant à son avenir politique et à celui du Parti démocrate. Pourtant, certains analystes estiment que cette focalisation est erronée et détourne l’attention des véritables enjeux.
La victoire de Zohran Mamdani, qualifié de socialiste démocrate, à New York a déclenché un débat houleux au sein du Parti démocrate. Alors que certains y voient une nouvelle étoile montante, d’autres, moins optimistes, prédisent un échec à l’échelle nationale. La comparaison avec Eric Adams, l’actuel maire de la ville, est souvent évoquée, laissant présager que le succès local ne se traduira pas nécessairement par une influence politique nationale. La raison invoquée n’est pas tant la corruption potentielle de Mamdani, mais plutôt la singularité de New York et l’idée que les dynamiques politiques de la ville ne sont pas toujours représentatives de celles du reste du pays.
L’influence de New York est indéniable, en tant que plus grand centre urbain des États-Unis. Cependant, ce qui fonctionne dans la métropole ne se répercute pas automatiquement au niveau national. L’adage « toute politique est locale » conserve une part de vérité, et c’est en acceptant cette réalité que les débats autour de Mamdani et du Parti démocrate prennent une nouvelle dimension. Réduire la portée de sa victoire à une simple affaire de politique locale permet de relativiser les inquiétudes quant à sa capacité à diviser le parti.
Zohran Mamdani se revendique socialiste démocrate. Si une telle étiquette peut trouver un écho à New York, son potentiel de succès dans des régions plus conservatrices comme la Virginie reste hautement discutable. L’absence d’initiatives similaires dans d’autres États suggère une réponse implicite à cette question.
Pour illustrer ce point, prenons l’exemple de Donald Trump. Bien qu’originaire de New York et représentant une certaine élite de la ville, il n’y a jamais remporté d’élections présidentielles, malgré trois tentatives. Cette observation amène à s’interroger sur la pertinence de vouloir extrapoler la dynamique new-yorkaise à l’échelle nationale, que ce soit pour le pays dans son ensemble ou pour le Parti républicain.
Il est donc surprenant de constater que la question de savoir si Mamdani représente l’avenir des démocrates soit prise au sérieux. Les républicains, et Donald Trump en particulier, sont exemptés de ce type d’interrogations. Cette asymétrie s’explique en partie par les élites du Parti démocrate elles-mêmes, qui cherchent à éviter que le parti ne devienne une force populaire pleinement constituée. Leur stratégie consiste à valider les récits simplistes et souvent mensongers diffusés par les Républicains sur les démocrates.
Ces mensonges, martelés par Donald Trump, consistent à assimiler tous les démocrates, libéraux, progressistes et socialistes à des extrémistes radicaux. La réalité est que le nombre de véritables socialistes démocrates au sein du parti est infime. Seuls deux d’entre eux jouissent d’une notoriété nationale : le sénateur Bernie Sanders (du Vermont) et la représentante Alexandria Ocasio-Cortez (de New York). Sanders, techniquement indépendant, est d’ailleurs souvent considéré à part.
Donald Trump, lui, ignore cette distinction. Pour lui, tous les adversaires politiques sont regroupés sous une même appellation générique, utilisée pour discréditer. Il n’accorde aucune honnêteté à la représentation de ses opposants. Le danger réside dans le fait que certaines élites du Parti démocrate accordent une importance démesurée à ces mensonges. Au lieu de célébrer les succès comme celui de Mamdani, de les défendre sur le fond ou de s’appuyer sur la vérité, elles se concentrent sur les discours trompeurs amplifiés par les médias de droite. Cette attitude reflète soit une peur de l’échec, soit une volonté d’éliminer une faction rivale au sein du parti. Dans les deux cas, cela implique d’accepter comme vraies les accusations portées contre leur propre camp, rendant ainsi légitime la question de savoir si une victoire électorale majeure dans la plus grande ville américaine est une bonne chose pour les démocrates. La réponse évidente est : oui.
Le fait que certaines élites préfèrent céder aux mensonges plutôt que de les combattre révèle que leur désaccord avec Mamdani n’est pas d’ordre idéologique. Il ne s’agit pas de savoir si le « socialisme démocratique » séduit ou non les électeurs hors de New York. Le véritable enjeu concerne la manière dont Mamdani, en étant lui-même l’objet de ces mensonges, complique les stratégies de communication dans un paysage médiatique déjà favorable à Donald Trump et à sa vision caricaturale des démocrates.
Ceux qui s’inquiètent de l’impact de Mamdani sur les démocrates supposent également que le rejet de Kamala Harris était d’ordre idéologique, ses propositions politiques étant supposément éloignées des préoccupations des électeurs pour des emplois bien rémunérés et une baisse de l’inflation. Or, Kamala Harris a bel et bien abordé des questions de classe ouvrière. Si ces messages n’ont pas eu l’écho escompté, c’est en partie à cause du bruit médiatique généré par les attaques de Trump. La crise des démocrates n’est donc pas idéologique, mais informationnelle. Les élites qui affirment le contraire le font parce que cela sert leurs propres intérêts.
La victoire de Mamdani est une affaire locale. C’est une leçon que certaines élites du parti devraient retenir, tout comme leurs critiques les plus virulents. Certains progressistes pensent que la popularité de Mamdani découle de son attention portée à la classe sociale et au coût de la vie à New York. Ils estiment qu’il a ainsi transcendé la « politique identitaire » pour rassembler un large public, capable de vaincre l’establishment démocrate. Cette analyse néglige toutefois que l’establishment, représenté par le DNC et Hakeem Jeffries, lui a apporté son soutien.
La question de l’idéologie demeure centrale. Certaines élites craignent que cela ne rebute les électeurs hors de New York, tandis que certains progressistes y voient un potentiel mobilisateur. Ils croient en une idéologie de classe comme force unificatrice pour les travailleurs de tout le pays, mais déplorent l’obstacle de l’establishment. Cependant, en Amérique, la race et la classe sociale sont intrinsèquement liées. Pour de nombreux Américains, l’idée d’un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple est perçue comme une perversion des hiérarchies naturelles, ce qui nuit à la solidarité entre Blancs et non-Blancs, même face à des difficultés communes.
Surtout, cette vision occulte l’essentiel. De nombreux New-Yorkais luttent pour joindre les deux bouts, confrontés à des coûts de logement, de santé et de nourriture exorbitants. Si Zohran Mamdani se déclare socialiste démocrate, il est souhaitable qu’il comprenne que la lutte pour la survie ne se confond pas nécessairement avec la conscience de classe. Il a identifié le problème et demandé aux électeurs de lui confier le pouvoir de le résoudre. Il ne s’agit pas d’une question d’idéologie, mais de politique pragmatique.