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La maternité est un métier invisible

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Publié le 2024-10-27 14:35:00. La maternité, souvent reléguée au second plan par la société et parfois même par les mouvements féministes, est en réalité un travail invisible, essentiel et profondément complexe, dont les retombées façonnent l’avenir de toute une société, selon une psychologue américaine.

  • Le travail des mères est systématiquement sous-évalué, tant sur le plan économique que social.
  • La maternité exige une expertise psychologique et émotionnelle considérable, souvent non reconnue.
  • Les mères jouent un rôle crucial dans le développement moral et intellectuel de leurs enfants, et donc dans l’avenir de la société.

Au fil d’une carrière dédiée à l’accompagnement de personnes en situation extrême – trafiquants, chefs de gangs, personnes souffrant de troubles psychotiques ou de maladies graves – une psychologue américaine témoigne : le défi le plus ardu qu’elle ait rencontré reste celui d’être une mère. Un travail immense, dénué de reconnaissance formelle, impossible à valoriser sur un curriculum vitae ou lors de conférences. Pourtant, ce labeur quotidien est, selon elle, le fondement même de toute activité humaine.

Cette invisibilité est, selon l’auteure, le reflet d’une société qui a longtemps privilégié les contributions masculines et qui peine à reconnaître la valeur du travail domestique et de l’éducation des enfants. Ann Crittenden, journaliste et auteure de l’ouvrage Le Prix de la Maternité, souligne que la maternité est dévalorisée non seulement par une société patriarcale, mais aussi par certaines féministes qui ont longtemps considéré le progrès comme synonyme d’accès des femmes aux rôles traditionnellement masculins. Les femmes qui choisissent de se consacrer à leur rôle de mère sont parfois perçues comme des renégates, trahissant les idéaux féministes.

Après avoir quitté son emploi à temps plein pour se consacrer davantage à son fils, Ann Crittenden a ressenti un sentiment d’effacement. « N’étais-tu pas Ann Crittenden ? » lui a-t-on un jour demandé, illustrant la perte de reconnaissance sociale qui peut accompagner le choix de la maternité. Beaucoup de mères trouvent cependant une profonde satisfaction dans leur rôle, trouvant dans l’éducation de leurs enfants une source de joie et de sens. D’autres, qui concilient carrière professionnelle et maternité, mènent souvent une double vie épuisante, jonglant constamment entre leurs différentes responsabilités et cherchant à masquer la pression constante.

Pourtant, comme le souligne Ann Crittenden, le monde tel que nous le connaissons s’effondrerait sans le travail des mères, qui façonnent et éduquent le capital humain indispensable à la création, à l’innovation et au maintien de nos sociétés. La maternité est le ciment qui unit tous les biens et services mesurés dans le produit intérieur brut.

Le mot « mère » lui-même est polysémique, à la fois nom, verbe et adjectif, englobant une multitude de définitions liées à la création, à la protection, à l’entretien et au développement. L’auteure considère la maternité non pas comme un rôle ponctuel, mais comme un état permanent, une « maternité » qui imprègne tous les aspects de sa vie. Même les moments dédiés à elle-même, qu’il s’agisse de travail ou de loisirs, sont vécus en relation avec ses enfants.

Cette immersion constante peut être épuisante, en particulier durant les premiers mois de la vie d’un enfant, où l’on est confronté à un épuisement physique et émotionnel intense, ainsi qu’à l’inconnu. Nombreuses sont les femmes qui se sentent initialement dépassées, malgré leur formation et leurs connaissances théoriques. Elles doivent alors développer une capacité d’interprétation instinctive du comportement de leur enfant, en décryptant les signaux subtils de ses pleurs, de ses mouvements et de ses expressions faciales, et en testant leurs hypothèses sur les causes de son inconfort.

Chaque mère devient ainsi une experte du comportement de son enfant, menant une recherche permanente pour comprendre ses besoins et ses réactions. Ses sentiments d’accomplissement sont alimentés par les progrès de son enfant, mais son « doctorat » en maternité n’est jamais sanctionné par un diplôme. Les enfants, compare-t-elle, sont comme les Borgs de la série Star Trek : dès que l’on maîtrise un aspect de leur comportement, ils évoluent et la courbe d’apprentissage recommence.

L’impact de ces efforts peut ne se révéler que des années plus tard, lorsque les enfants grandissent et prennent leur place dans le monde. Durant les premiers mois, l’intensité du travail physique peut masquer le travail psychologique complexe qui se déroule en arrière-plan. Au milieu du traumatisme d’un corps en convalescence et des pleurs incessants d’un nourrisson, des gestes simples comme répondre au téléphone ou manger une collation nécessitent une nouvelle compétence et une grande dextérité. L’auteure se souvient même, des années plus tard, avoir ramassé des objets avec ses pieds par réflexe.

À mesure que l’enfant grandit, le travail physique diminue, mais le travail psychologique s’intensifie. Discipline, objets cassés, difficultés alimentaires, deuils familiaux, conflits avec d’autres enfants… la liste est interminable. La maternité ne se limite pas aux actions et aux paroles, mais englobe l’ensemble de l’être et les exemples moraux que l’on donne. Il faut ainsi prendre des décisions constantes, même dans des situations apparemment anodines, comme traverser la rue en grillant un feu rouge lorsqu’on est en retard à l’école, mentir à une voisine sur sa nouvelle coupe de cheveux, ou gérer les jeux de rôle violents d’un enfant de trois ans qui simule des fusillades avec des armes en plastique ou en Lego.

Ces décisions, bien que quotidiennes, ont des conséquences profondes sur le développement moral de l’enfant, sa capacité à évaluer les dangers, à gérer les conflits et à prendre des décisions éclairées. Elles nécessitent une réflexion constante, une grande capacité à effectuer plusieurs tâches à la fois et une grande flexibilité. Les conséquences de ces choix se répercuteront dans les années à venir, dans les décisions que prendront nos enfants lorsqu’ils prendront leur place dans le monde. (L’auteure raconte que son fils aîné aspirait à devenir professeur de cure-dents à l’âge de quatre ans, mais que ses objectifs ont évolué depuis.)

En coulisses, se déroule le travail le plus important : inculquer à nos enfants la confiance en soi et l’humilité, en leur faisant comprendre qu’ils sont uniques et précieux, tout comme chaque être humain. Si nous parvenons à cela, nous aurons apporté une contribution inestimable au monde, au-delà de nos revenus ou de nos réalisations professionnelles.

Au stress inhérent à la maternité s’ajoutent les joies et les satisfactions discrètes, souvent invisibles aux yeux du monde extérieur, tant pour les mères au foyer que pour celles qui travaillent. Pourtant, nous connaissons un secret : celui de l’avenir. Nous savons que ces créatures fragiles, qui semblent se contenter de manger, de dormir et d’excréter, deviendront un jour nos chirurgiens, nos inventeurs, nos thérapeutes, nos biologistes et nos dirigeants. Et les parents de nos petits-enfants. Comme le dit le proverbe, il faut tout un village pour élever un enfant. Mais n’oublions pas qu’il faut aussi un enfant, nos enfants, pour maintenir ce village en vie.

Copyright Mindy Greenstein

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