Washington, D.C. – Le blocage du gouvernement américain, entré dans sa troisième semaine le 16 octobre 2025, révèle une profonde méfiance des démocrates envers le président Donald Trump, perçu comme un obstacle majeur aux négociations. Alors que les discussions patinent, les traditionnelles coalitions bipartisanes, autrefois garantes de solutions en période de crise législative, semblent avoir disparu.
Ces « gangs », groupes de parlementaires des deux bords œuvrant à l’élaboration de cadres d’accords avant leur soumission aux chefs de partis, ont brillé par leur absence lors de la présente fermeture gouvernementale, déjà plus longue que la plupart des précédentes. Le sénateur Richard Blumenthal (D-Conn.) s’interroge sur leur utilité : « À quoi sert un accord par une bande de quatre, huit ou douze, quand le président des États-Unis se considère comme sa propre loi et ne respecte pas les normes et les règles ? »
Des discussions bipartites ont bien eu lieu, notamment autour de la demande démocrate d’une extension des crédits d’impôt bonifiés pour les primes d’assurance maladie de l’« Affordable Care Act », censés expirer en fin d’année. Cependant, aucun groupe structuré ne s’est encore formé pour négocier ces détails, ni pour mettre fin plus largement à la paralysie budgétaire.
Le sénateur Josh Hawley (R-Mo.), favorable à l’extension de ces crédits, a confié à CNBC avoir eu des échanges avec plusieurs collègues démocrates, mais a constaté l’absence de cohésion : « Ce qui est différent, c’est que je ne sens aucune fusion. Il ne semble y avoir aucune sorte d’élan autour des gens qui disent : ‘OK, vraiment, nous devons conclure un accord.’ »
Pour le président de la majorité sénatoriale, John Thune (R-S.D.), et le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson (R-La.), aucune négociation ne peut sérieusement débuter tant que le gouvernement restera fermé. Ils estiment avoir besoin du soutien d’environ huit sénateurs démocrates pour faire adopter une résolution continue qui rétablirait temporairement le financement fédéral aux niveaux actuels. M. Thune aurait proposé aux dirigeants démocrates un vote sur la prolongation des subventions de l’Obamacare en échange de la réouverture du gouvernement, selon des propos tenus mercredi sur MSNBC.
Cependant, les démocrates affichent un scepticisme marqué quant à la fiabilité d’un accord avec les républicains. Le représentant Hakeem Jeffries (D-N.Y.), leader de la minorité à la Chambre, a déclaré jeudi sur « Morning Joe » de MSNBC qu’il était nécessaire d’« avoir une voie à suivre qui réponde de manière décisive à la crise républicaine du système de santé » et a ajouté : « On ne peut pas leur faire confiance sur une aile et une prière. »
La méfiance des démocrates est alimentée par des précédents où Donald Trump aurait torpillé des accords bipartites, à l’instar d’une proposition de réforme de l’immigration l’année précédente. Certains démocrates appellent désormais le président à s’impliquer directement dans les pourparlers. « Ils semblent suivre son exemple sur tout », a observé le sénateur Mark Kelly (D-Ariz.) sur CNBC.
Le sénateur Chris Coons (D-Del.) a pointé du doigt la volonté de l’administration Trump d’annuler des milliards de dollars de financements déjà approuvés par des groupes bipartites, érodant ainsi la confiance : « Il y a eu une perte de confiance entre les démocrates du Sénat, l’administration et la Chambre à cause de ce qui s’est passé au cours des six à neuf derniers mois en termes de respect des projets de loi de dépenses bipartites qui ont été promulgués l’année dernière. »
Du côté républicain, le sénateur John Cornyn (R-Texas) accuse le leader de la minorité sénatoriale, Chuck Schumer (D-NY), d’éviter les négociations pour satisfaire la frange progressiste de son parti. « Je pense qu’il a peur de parvenir à un accord comme nous le faisons habituellement dans ces circonstances, parce qu’il sera attaqué par sa base progressiste et radicale », a déclaré M. Cornyn à propos de M. Schumer, qui fut pourtant membre du « Gang des Huit » à l’origine d’une réforme de l’immigration en 2013.
Les démocrates semblent pour l’instant en position de force, plusieurs sondages indiquant que la majorité des Américains tendent à blâmer les républicains pour la fermeture gouvernementale. Selon une enquête menée par CNBC du 8 au 12 octobre auprès de 1 000 adultes, 53 % des personnes interrogées imputeraient les préjudices économiques éventuels à Donald Trump, aux républicains du Congrès ou aux deux, contre 37 % qui pointeraient du doigt les démocrates. L’enquête présente une marge d’erreur de plus ou moins 3,1 %.