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La mort n’est pas le seul endroit au cimetière

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Publié le 2025-10-28 11:27:00. Pour la compositrice et cabarettiste viennoise Lisa Schmid, la mort n’est pas une source de peur mais d’inspiration. À l’approche de la Toussaint, elle partage sa relation singulière avec la mort, abordée avec humour dans ses œuvres, et sa conception des églises et cimetières comme lieux de force.

  • Lisa Schmid, surnommée la « Princesse du cimetière », puise son inspiration artistique dans la mort depuis son enfance.
  • Elle considère les cimetières et églises comme des lieux de puissance et d’inspiration, plus effrayants pour les vivants que pour les morts.
  • Son approche humoristique de la mort vise à aider chacun à aborder le sujet, quitte à surprendre un public parfois moins réceptif.

L’artiste autrichienne, qui a grandi avec la mort comme une présence constante en raison de la maladie de sa mère, a fait de cette fascination un moteur créatif. Une anecdote de son enfance, où elle glissa dans une tombe ouverte lors des funérailles de son arrière-grand-père, est souvent citée comme le moment où sa « carrière était déjà scellée ». Cette expérience précoce, loin de l’effrayer, a jeté les bases de son rapport singulier au trépas.

Les cimetières, et particulièrement le cimetière central de Vienne, sont pour Lisa Schmid des lieux privilégiés. Elle y a même célébré le 150e anniversaire du site en y organisant le programme d’anniversaire, aux côtés d’artistes tels qu’Ernst Molden, Nino de Vienna et Felix Kramer. Elle succède ainsi à des figures comme Wolfgang Ambros et Joesi Prokopetz, qui avaient composé une chanson pour le centenaire.

Son surnom de « Princesse du cimetière » n’est pas usurpé. Elle y compose régulièrement, parfois même en plein air, avec son co-auteur David Poglin. Cette « sombre passion » trouve ses racines dans les visites de cimetières avec sa grand-mère, avec qui elle développa un « passe-temps morbide » : assister à des funérailles « fracassantes ». Sa chanson « Happy End » témoigne avec humour de ces expériences.

« Quand j’étais petite, je glissai et tombai dans une tombe ouverte lors d’une journée froide, humide et pluvieuse aux funérailles de mon arrière-grand-père. Dans mon programme de cabaret, je dis toujours que ma carrière était déjà scellée à l’époque. »

Lisa Schmid, compositrice et cabarettiste

Cette proximité avec la mort était aussi une stratégie de sa grand-mère pour aider la jeune Lisa à appréhender la fragilité de la vie, alors que sa mère était souvent malade. « Se promener dans les cimetières de Vienne avait pour but de l’aider à mieux comprendre le sujet de la mort, » explique Lisa Schmid. Elle affirme d’ailleurs : « Je n’ai jamais eu peur dans un cimetière. Je pense que j’ai plus peur des vivants que des morts. »

Encouragée par son professeur de théâtre, elle a transposé cette histoire sur scène. En 2019, elle présente son spectacle solo « Ehrengrab », qui lui vaut le titre de « Cabaret Talent 2020 ». Ses représentations l’ont amenée à se produire jusque dans la salle funéraire du cimetière central de Vienne, où elle a mis en scène une performance mémorable : transportée dans un cercueil fermé, elle en est sortie de manière théâtrale, à la manière d’une apparition.

Affronter la mort avec humour

Si son approche humoristique de la mort a rencontré un franc succès à Vienne, elle n’a pas toujours été comprise à Berlin. Au Quatsch Comedy Club, son spectacle fut jugé trop « morbide » par certains. Lisa Schmid défend pourtant cette démarche : « Je pense que les Berlinois ne comprenaient pas ce genre de morbidité. » Elle estime que l’humour peut constituer une aide précieuse pour traverser les moments difficiles liés à la mort, tout en reconnaissant que chacun doit trouver sa propre voie.

La disparition de sa grand-mère maternelle il y a deux ans a marqué un tournant, influençant sa perception de l’au-delà et sa vision de la vie. Cette évolution se retrouve dans son album « Bittersüss », dont les chansons tendent vers un ton plus positif. Sur le lit d’hôpital de sa grand-mère, elle lui a écrit « Amoi no », une chanson évoquant le désir, même égoïste, de prolonger la présence des êtres chers et de partager encore des moments précieux.

Sa chanson « Steh ned wanand on mein Grob », prévue en single le 31 octobre, aborde l’acceptation du deuil. Elle y exprime l’idée que les défunts perdurent à travers les souvenirs et les lieux. « Il s’agit du fait que la personne décédée vit dans des lieux et dans des souvenirs, et si vous parcourez le monde les yeux ouverts, vous pouvez le constater, » explique Lisa Schmid, soulignant que même si les détails s’estompent, le souvenir et le sentiment profond demeurent, gravés à jamais dans nos mémoires.

L’Église, lieu de pouvoir

Ses convictions concernant la vie après la mort ont également évolué. « Je disais que je crois que tout est fini après la mort. Je dois réviser cela, » confie-t-elle. Elle reconnaît avoir été présomptueuse en affirmant que nous n’avons qu’une seule vie à exploiter. La vie, selon elle, est un « grand mystère, un miracle et un mystère, et quand tu mourras, tu auras peut-être la réponse. »

Elle espère revoir ses proches disparus et invite à ne pas hésiter à croire en « quelque chose de beau ». Bien que non baptisée, Lisa Schmid a toujours perçu les églises comme des « lieux de pouvoir ». Ses voyages la mènent invariablement vers ces édifices et les cimetières, où elle allume des bougies pour ses proches, convaincue que cette démarche n’est jamais vaine. Elle y trouve un silence et une atmosphère propices à la réflexion.

Le jour de la Toussaint, elle se rendra avec sa famille sur la tombe de sa grand-mère. « Nous pensons aussi à elle dans des situations normales de tous les jours, » dit-elle, décrivant cette fête comme une « belle coutume » qui ramène consciemment les défunts à l’esprit. Elle sera présente au cimetière central, où l’atmosphère, entre fleurs, bougies et châtaignes vendues à l’entrée, est pour elle « vivante » et joyeuse.

La mort en Austropop

Malgré une intention passagère de s’éloigner de ce thème, Lisa Schmid prévoit de continuer à explorer la mort dans ses futures créations. Trop « connectée » au sujet, elle entend reprendre son spectacle « Ehrengrab » sous une nouvelle forme. Un podcast et un récital de chansons intitulés « Vive la mort – une incursion à travers la mort dans l’Austropop » sont également annoncés pour 2026.

L’épisode du podcast « Cimetière Princesse Lisa Schmid : J’ai plus peur des vivants que des morts », produit par Studio Omega, est disponible sur le site de l’Église catholique d’Autriche, ainsi que sur différentes plateformes d’écoute :
www.katholisch.at,
www.studio-omega.at,
studio-omega-der-podcast.simplecast.com,
iTunes, les applications smartphone et Spotify.

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