Home International La nouvelle course à l’espace : comment les satellites remodèlent la défense allemande

La nouvelle course à l’espace : comment les satellites remodèlent la défense allemande

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L’espace est devenu un enjeu stratégique majeur pour l’Allemagne, qui renforce ses capacités de surveillance et de communication en orbite face à une menace croissante. Berlin investit massivement pour dissuader d’éventuelles attaques et garantir la résilience de ses infrastructures critiques, même en cas de panne généralisée des satellites.

Selon le vice-amiral Thomas Daum, inspecteur du domaine de la cybersécurité et de l’information de la Bundeswehr, l’espace est désormais un véritable champ de bataille. L’armée allemande exploite actuellement entre huit et dix satellites, principalement pour la reconnaissance – notamment grâce aux systèmes SAR-Lupe et SARah – et les communications. Cependant, cette flotte est jugée obsolète.

« Si les satellites tombaient en panne, vous ne pourriez plus retirer d’argent liquide », a souligné le vice-amiral Daum lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, illustrant l’omniprésence des satellites dans la vie quotidienne. Il a également averti qu’une « journée sans espace », c’est-à-dire une panne massive des satellites, serait « fondamentalement un désastre », avec des conséquences immédiates sur les infrastructures essentielles.

Pour contrer cette menace, l’Allemagne mise sur la dissuasion, à l’instar d’autres domaines de la défense. Le ministre de la Défense, Boris Pistorius, a promis environ 35 milliards d’euros d’ici 2030, dont une partie sera consacrée au système de reconnaissance spatiale « SPOCK », opérationnel depuis le début de l’année. Développé en partenariat avec la société finlandaise Iceye et l’allemande Rheinmetall, ce système repose sur un réseau de satellites radar à synthèse d’ouverture (SAR). Contrairement aux satellites optiques, les satellites SAR peuvent capturer des images de la surface terrestre par tous les temps et 24 heures sur 24, en suivant les mouvements et les changements au sol, indépendamment de la couverture nuageuse ou de l’obscurité.

La dissuasion dans l’espace repose sur le même principe que sur terre, en mer ou dans les airs : la démonstration de capacité. « Si vous montrez que vous pouvez opérer – et interférer – en orbite, vous signalez que les systèmes d’un adversaire ne sont pas hors de portée », a expliqué le vice-amiral Daum.

Cette interférence ne passe pas nécessairement par la destruction physique des satellites. Des mesures dites « non cinétiques » sont souvent privilégiées, comme l’aveuglement temporaire des satellites de reconnaissance optique en éblouissant leurs capteurs, ou le brouillage des signaux des satellites de communication. « L’impact se fait sentir sur le terrain », a précisé le vice-amiral Daum. « Si un satellite de reconnaissance ne peut pas suivre le mouvement de vos forces, vous bénéficiez d’un avantage tactique. »

L’Allemagne s’engage également à éviter la création de débris spatiaux, en accord avec les accords Artemis signés en 2023 avec les États-Unis. Cela implique de privilégier des mesures réversibles, limitant ou perturbant l’utilisation d’un satellite sans le détruire. Toutefois, certaines voix politiques remettent en question le principe du « zéro débris », estimant que la simple démonstration de la capacité à détruire un système peut avoir un effet dissuasif.

« Ce n’est pas parce que nous avons la capacité de détruire un système que nous l’utiliserons », a déclaré le vice-amiral Daum à Euronews. « Mais cela envoie un message. »

Au-delà de la reconnaissance, l’Allemagne investit dans des communications sécurisées et résilientes, notamment à travers le programme « SATCOMBw Stage 4 », le plus important programme spatial de l’histoire de la Bundeswehr. L’objectif est de relier les chars, les navires, les avions et les troupes du monde entier via des communications par satellite, en particulier pour sécuriser les opérations sur le flanc oriental de l’OTAN, y compris la brigade allemande stationnée en permanence en Lituanie.

Ce système, basé sur un petit nombre de grands satellites, diffère des constellations comme Starlink, qui comptent des milliers de petits satellites interconnectés en orbite terrestre basse. Starlink offre une résilience et une flexibilité accrues grâce à ses nombreux points d’accès. La guerre en Ukraine a mis en évidence l’importance stratégique de tels systèmes, la Russie et l’Ukraine ayant tous deux utilisé le réseau de SpaceX pour coordonner et faire fonctionner des drones.

Bien que l’utilisation des services Starlink soit officiellement interdite en Russie, des terminaux Starlink sont apparus au sein des unités russes à partir de 2023, via des intermédiaires du Golfe ou d’Asie centrale. SpaceX a récemment bloqué l’accès des forces russes aux services Starlink, ce que l’Ukraine a salué comme ayant « considérablement nui » aux opérations russes. Moscou nie tout impact sur ses capacités de guerre par drones.

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