Publié le 9 février 2024 11h55. Une répression s’intensifie contre les décodeurs illégaux en Irlande, avec des coupures de service massives et la menace de sanctions financières pour les utilisateurs, alors que les fournisseurs de contenus tentent de récupérer des pertes estimées à des dizaines de millions d’euros par an.
- Environ 200 foyers à Galway ont récemment été privés d’accès à la télévision payante suite à une opération policière.
- Sky TV explore les moyens d’utiliser les données personnelles pour identifier et cibler les utilisateurs de décodeurs illégaux.
- Le gouvernement irlandais pourrait adopter un système de « points de pénalité » similaire à celui utilisé en Italie pour dissuader l’utilisation de ces appareils.
La lutte contre le piratage audiovisuel prend une nouvelle dimension en Irlande. Après une opération menée la semaine dernière à Galway, où l’accès à la télévision payante a été coupé pour environ 200 foyers, les autorités et les fournisseurs de contenus multiplient les initiatives pour contrer ce phénomène en pleine expansion. L’opération de Galway, qui visait également le blanchiment d’argent, illustre la volonté de frapper d’un coup plus fort les réseaux de distribution illégale.
En janvier, Sky TV a entamé des discussions avec la Commission de protection des données, l’organisme chargé de la surveillance de la collecte et de l’utilisation des données personnelles, afin d’explorer les possibilités d’utiliser les informations disponibles pour identifier les réseaux de piratage, les fournisseurs de décodeurs illégaux et leurs clients. Selon les estimations, jusqu’à 400 000 foyers irlandais pourraient être équipés de ces appareils, représentant un manque à gagner considérable pour les diffuseurs.
Une opération de grande envergure avait déjà eu lieu en août dernier, ciblant des réseaux situés dans la province du Munster. Les enquêteurs s’intéressent de près aux groupes WhatsApp utilisés pour la distribution de décodeurs et d’appareils de streaming illégaux, ainsi qu’aux foyers disposant d’une connexion haut débit mais ne souscrivant pas aux services de streaming légaux tels qu’Amazon, Disney ou Apple.
L’objectif est de démanteler les réseaux locaux en identifiant les individus qui agissent comme distributeurs ou qui possèdent une clientèle importante. Mais la répression pourrait également s’étendre aux utilisateurs finaux, les familles et les particuliers qui utilisent ces décodeurs. Le gouvernement irlandais serait incité à accélérer l’adoption d’un système de « points de pénalité », déjà utilisé avec succès en Italie.
Ce système fonctionnerait de la manière suivante : après une descente chez un distributeur ou un vendeur, les forces de l’ordre analyseraient les données saisies, telles que les listes d’abonnés et les groupes WhatsApp. Les clients identifiés se verraient ensuite adresser une amende par courrier, comme pour un excès de vitesse ou un dépôt de déchets illégal. L’avantage de ce système est qu’il ne nécessite pas de recourir à des procédures judiciaires complexes, ce qui explique pourquoi les utilisateurs de décodeurs illégaux sont rarement poursuivis en Irlande.
Une simple « modification » de la législation existante pourrait permettre la mise en place de ce système dès cette année. Les fournisseurs de contenus, tels que Sky et Virgin, feraient pression pour que cette mesure soit adoptée, et envisageraient également d’augmenter les amendes et les sanctions pour les récidivistes. Cependant, une telle initiative pourrait susciter des réactions négatives de la part des électeurs. Un récent sondage réalisé par le Sunday Independent a révélé que 66 % des personnes interrogées estimaient que l’utilisation de décodeurs illégaux ne devait pas être sanctionnée par une amende ou des poursuites.