Publié le 31 octobre. Une nouvelle taxe sur les e-liquides, visant à freiner la consommation de cigarettes électroniques, particulièrement chez les jeunes, entre en vigueur dès le 1er novembre. Cette mesure, annoncée l’année dernière, entraînera une hausse significative des prix, suscitant des inquiétudes dans le secteur du vapotage.
- La taxe s’applique à tous les e-liquides, qu’ils soient destinés aux dispositifs réutilisables ou aux cigarettes électroniques jetables, qu’ils contiennent ou non de la nicotine.
- Les prix des produits de vapotage pourraient doubler, voire tripler pour certains contenants.
- Les professionnels du secteur craignent un impact « énorme » et redoutent la création d’un marché noir.
- Les organisations de santé publique saluent cette mesure comme « vitale » pour endiguer l’épidémie de vapotage chez les jeunes.
Dès demain, le 1er novembre, les consommateurs de cigarettes électroniques devront s’acquitter d’une nouvelle taxe sur les e-liquides, issue du budget de l’année dernière. Le ministre des Finances, Paschal Donohoe, a précisé en septembre que ce prélèvement s’élèverait à 50 centimes par millilitre d’e-liquide, s’ajoutant à la TVA de 23 %. Cette taxe concernera aussi bien les liquides achetés pour recharger des dispositifs réutilisables que les cigarettes électroniques jetables, et ce, qu’elles contiennent de la nicotine ou non.
Cette nouvelle fiscalité entraînera une augmentation notable des prix. Une cigarette électronique jetable standard de 2 ml, prisée des plus jeunes, passera ainsi de 8 € à plus de 9 €. Les recharges d’e-liquide connaîtront une hausse encore plus marquée : un flacon de 10 ml, vendu actuellement 6 €, coûtera désormais 12,50 € une fois les taxes et la TVA incluses, soit plus du double. L’objectif affiché par le gouvernement est de lutter contre la popularité croissante du vapotage, en particulier auprès des adolescents.
Cependant, cette mesure soulève des inquiétudes parmi les professionnels du secteur. Stuart Cox, gérant du magasin Crazy Vape à Arklow, dans le comté de Wicklow, estime que cette taxe aura un impact « énorme » et aurait pu être abordée différemment. Il souligne que les produits les moins chers, tels que les cigarettes électroniques jetables, seront proportionnellement moins touchés par la taxe que les flacons de plus grande contenance. « Ce que les ministres du gouvernement voulaient réduire chez les jeunes aura le moins d’impact », déplore-t-il. Il craint que les vapoteurs adultes, qui ont cessé de fumer grâce à la cigarette électronique, ne soient les plus pénalisés, avec des augmentations de prix allant de 130 % à 465 % selon la taille du flacon.
« C’est une taxe disproportionnée », affirme M. Cox, qui pense que les jeunes pourront toujours se procurer des produits jetables à un prix plus abordable. Il constate déjà une baisse des ventes de produits jetables depuis deux ans. Selon lui, le gouvernement aurait pu prendre des mesures plus efficaces en consultant la communauté du vapotage, mais n’a pas souhaité cette collaboration. « Je pense qu’ils ont simplement vu un problème et ont décidé de le taxer pour s’en sortir, mais c’est une approche totalement erronée », regrette-t-il.
Le gérant de Crazy Vape met également en garde contre le risque de voir émerger un « marché noir ». « Je pense que vous verrez beaucoup d’articles arriver du Nord vers le Sud, vendus au prix d’avant, et les gens n’auront plus besoin de venir dans les magasins de vapotage », anticipe-t-il. Il compare cette situation au Royaume-Uni, qui met en place sa propre taxe sur le vapotage en octobre 2026, mais à un niveau bien inférieur à celui appliqué en Irlande.
En contraste, les organisations de santé publique accueillent favorablement cette nouvelle taxe. Chris Macey, directeur du plaidoyer à l’Irish Heart Foundation (IHF), qualifie cette mesure de « vitale pour lutter contre l’épidémie de vapotage chez les jeunes en Irlande ». Il rappelle que le prix est un facteur déterminant pour dissuader les jeunes de commencer à vapoter. Selon lui, un adolescent irlandais sur trois vapote, un chiffre « vraiment préoccupant » malgré les dangers moindres par rapport au tabagisme. Il met en avant les risques du vapotage sur le développement cérébral, le cœur, les vaisseaux sanguins et les poumons, ainsi que le risque de passer au tabac.
« Nous ne voulons pas qu’une nouvelle génération s’engage dans cette voie », insiste M. Macey. Concernant l’argument selon lequel le vapotage aide à arrêter de fumer, il estime que les preuves actuelles ne démontrent pas une efficacité supérieure aux méthodes plus sûres. Pour l’IHF, le vapotage devrait être considéré en dernier recours, en raison des dommages potentiels, et le principal problème réside dans son attrait pour les enfants et son rôle de passerelle vers le tabagisme. L’organisation ne souhaite pas voir s’effriter les progrès réalisés dans la lutte contre le tabagisme chez les adolescents, dont le taux a chuté de 43 % à 10 % en une génération.

Cette taxe s’inscrit dans une démarche plus large du gouvernement pour réduire la prévalence du vapotage, notamment chez les jeunes. D’autres mesures, comme l’interdiction des vapes jetables et une commercialisation plus restrictive des produits de vapotage, ont été annoncées, mais leur mise en œuvre n’a pas encore de date fixée. Les fournisseurs d’e-liquides ont désormais l’obligation de s’enregistrer auprès du fisc avant toute livraison en Irlande et sont responsables de la déclaration et du paiement de la taxe.