Bank of America pourrait être confrontée à des difficultés financières plus importantes qu’en 2008. Une analyse approfondie de ses résultats financiers pour 2025 révèle des vulnérabilités significatives, notamment un portefeuille d’obligations à perte et une forte exposition aux prêts commerciaux et internationaux.
Fin 2025, la banque américaine affichait une perte latente de 80,3 milliards de dollars (environ 75 milliards d’euros) sur son portefeuille d’obligations détenues jusqu’à l’échéance (HTM). Ce montant représente 40 % de son capital CET1, une mesure clé de sa solidité financière. La vente de ces obligations entraînerait une perte équivalente à près de la moitié de ses fonds propres, les rendant inutilisables comme source de liquidités.
Selon une analyse de l’Université de Floride Atlantique, Bank of America détient la plus importante perte latente sur titres en valeur absolue. Cette situation témoigne d’une gestion des risques potentiellement excessive, la banque ayant apparemment parié sur le maintien de taux d’intérêt bas sur le long terme, une stratégie plus typique d’un fonds spéculatif que d’une banque traditionnelle.
Par ailleurs, les prêts commerciaux représentent près de 60 % du portefeuille total de crédits de Bank of America. Or, les faillites d’entreprises américaines de grande taille ont connu une forte augmentation au premier trimestre 2025, atteignant leur niveau le plus élevé depuis 2010. Les entreprises sont confrontées à des difficultés de refinancement de leurs dettes à des taux d’intérêt plus élevés, ce qui pourrait affecter directement les grandes banques comme Bank of America, qui servent principalement ce type de clientèle.
Moody’s estime que le risque de défaut de paiement d’environ 5 500 sociétés publiques américaines a atteint 9,2 %, le niveau le plus élevé depuis la crise financière mondiale. Ce risque de défaut, qui mesure la probabilité qu’une entreprise ne puisse pas honorer ses obligations dans l’année, est un indicateur préoccupant.
L’exposition internationale de Bank of America s’élève à 318 milliards de dollars (environ 295 milliards d’euros) fin 2024. La banque elle-même reconnaît que ses activités à l’étranger sont soumises au « risque pays », c’est-à-dire au risque de pertes dues à des conditions économiques et politiques défavorables, aux fluctuations monétaires et à l’instabilité sociale.
Enfin, Bank of America détient 67 milliards de dollars (environ 62 milliards d’euros) de prêts immobiliers commerciaux (CRE). Bien que leur part dans le portefeuille total de prêts soit inférieure à celle de certaines autres banques, elle reste significative, surtout compte tenu des prévisions selon lesquelles jusqu’à 20 % de ces prêts pourraient faire défaut dans les deux à trois prochaines années, en raison de la difficulté de refinancement.
En outre, la banque possède un portefeuille de cartes de crédit de plus de 106 milliards de dollars (environ 98 milliards d’euros) et un portefeuille de prêts automobiles de 55 milliards de dollars (environ 51 milliards d’euros), ce qui représente une exposition supplémentaire au risque de crédit.