Publié le 10 février 2026 à 23h13. Une équipe de chercheurs a percé le mystère d’une pierre calcaire vieille de près de 2 000 ans, découverte au musée romain de Heerlen : il s’agit d’un jeu de stratégie oublié, bien plus ancien qu’on ne le pensait.
Grâce à l’intelligence artificielle, des chercheurs ont révélé la fonction insoupçonnée d’un objet énigmatique conservé au musée romain de Heerlen, aux Pays-Bas. Ce rectangle ovale sculpté dans du calcaire, orné de quatre bandes diagonales, intriguait les spécialistes depuis longtemps. Son utilité restait inconnue jusqu’à présent.
L’étude a permis de déterminer qu’il s’agissait d’un jeu de stratégie, où les joueurs déplacent des pions en verre, en os ou en faïence dans le but de bloquer ceux de leur adversaire. Des jeux similaires étaient déjà connus au Moyen Âge, mais la découverte à Heerlen prouve que cette forme de divertissement était pratiquée des siècles plus tôt, remettant en question les connaissances actuelles sur l’histoire des jeux.
Les recherches ont débuté par la réalisation de scans 3D haute résolution de la pierre. « Ces scans ont rendu les traces sur la pierre clairement visibles », explique Luk van Goor, du studio de restauration Restaura à Heerlen. « Certaines d’entre elles sont une fraction de millimètre plus profondes que d’autres, ce qui indique qu’elles ont été utilisées plus intensivement. Nous observons également que les bords de la pierre sont magnifiquement finis, ce qui suggère qu’il s’agit d’un produit fini et non d’une pierre nécessitant un traitement ultérieur. »
L’intelligence artificielle a joué un rôle crucial dans la reconstitution des règles du jeu. L’équipe de l’Université de Maastricht, impliquée dans un projet plus vaste sur l’évolution des jeux de stratégie à travers les âges, a entraîné un modèle d’IA, nommé Ludii, avec les règles d’une centaine de jeux anciens de la même aire culturelle.
« Nous avons identifié des dizaines de règles possibles », précise le chercheur Dennis Soemers. « Ludii a ensuite joué contre lui-même en utilisant ces règles, ce qui a permis de découvrir des variantes intéressantes. »
Les chercheurs ont ensuite vérifié si les mouvements des pions, simulés grâce aux règles établies, correspondaient aux marques d’usure observées sur la pierre du musée. L’adéquation entre les simulations et les données réelles a confirmé la validité de leur hypothèse.
Pour Karen Jeneson, conservatrice au musée romain, l’explication est désormais incontestable. « Nous avons bien sûr envisagé d’autres possibilités, comme un élément décoratif dans l’architecture, mais aucune autre explication ne s’est avérée plausible. Il s’agit donc bien d’un jeu inconnu de l’époque romaine. »
Les règles du jeu sont disponibles sur le site de l’Université de Maastricht pour ceux qui souhaitent tenter l’expérience.