Publié le 2025-10-11 18:11:00. Les autorités singapouriennes enquêtent sur une société de technologie locale, Changting Network Technology, accusée de tromper des candidats à l’emploi en leur proposant des postes basés à Singapour pour finalement les rediriger vers une station balnéaire cambodgienne liée à des sanctions américaines.
- Une entreprise basée à Singapour, Changting Network Technology, aurait utilisé de fausses offres d’emploi pour recruter des candidats avant de les orienter vers le Koh Kong Resort au Cambodge.
- Le Koh Kong Resort est sanctionné par le département du Trésor américain pour ses liens avec un homme d’affaires cambodgien impliqué dans des violations graves des droits humains liées à la traite des travailleurs dans des centres d’arnaque en ligne.
- La police singapourienne a confirmé avoir reçu des plaintes et enquête activement sur cette affaire, conseillant au public la vigilance face aux offres d’emploi suspectes.
Des promesses d’emploi trompeuses
La société Changting Network Technology, qui se présente comme une entreprise technologique, aurait publié de nombreuses offres d’emploi sur des plateformes locales et internationales, promettant des postes basés à Singapour. Cependant, une fois les candidats recrutés, un responsable du recrutement les informait qu’ils seraient en réalité affectés au Koh Kong Resort, une station balnéaire cambodgienne.
L’affaire a été mise en lumière suite à une interrogation en ligne par un ressortissant étranger début septembre, qui suspectait la légitimité de l’entreprise. Le journal The Straits Times a mené sa propre enquête, se faisant passer pour un candidat. Un faux CV soumis en moins d’une heure a abouti à une offre d’emploi de responsable du service client pour 5 000 dollars singapouriens par mois, assortie d’un stage obligatoire de trois mois au Cambodge. L’offre formelle mentionnait cependant un salaire différent, de 2 800 dollars américains (environ 3 600 dollars singapouriens), et l’adresse de la formation correspondait à celle du Koh Kong Resort.
Une deuxième conversation téléphonique a révélé des changements supplémentaires : le rôle nécessiterait une présence permanente au Cambodge, et le salaire serait ramené à 3 000 dollars, avec logement et nourriture fournis dans une chambre partagée. Les recruteurs ont ensuite exercé une pression pour obtenir les détails du passeport et la signature de la lettre d’offre, afin de réserver des billets d’avion. Les candidats potentiels ont refusé de se conformer.
Des liens troubles avec le Koh Kong Resort
Les vérifications du Straits Times ont révélé que le Koh Kong Resort est détenu ou contrôlé par l’homme d’affaires cambodgien Ly Yong Phat. Celui-ci a été sanctionné par le département du Trésor américain en septembre 2024 pour son implication dans de « graves atteintes aux droits humains liées au traitement des travailleurs victimes de trafic et soumis au travail forcé dans des centres d’arnaque en ligne ». M. Ly et le Koh Kong Resort figurent désormais sur la liste des ressortissants spécialement désignés et des personnes bloquées, ce qui entraîne le gel de leurs avoirs aux États-Unis et l’interdiction de toute transaction avec des entités américaines.
Par ailleurs, un rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) cite le Groupe LYP, société mère du resort, comme un exemple de centre d’arnaque opérant sous le couvert d’une entreprise légitime. Le rapport souligne également l’expansion récente de centres de jeux en ligne et de cybercriminalité le long de la côte de la province de Koh Kong, où se situe le Koh Kong Resort.
Des incohérences et des signaux d’alerte
Au cours de ses investigations, The Straits Times a identifié plusieurs incohérences concernant Changting Network Technology. Bien que son site web indique une adresse à la Tour de la Banque d’Australie à 50 Raffles Place, les registres commerciaux la situent à Paya Lebar Quarter. Une visite sur place le 9 septembre a révélé que les locaux étaient vides et que les lumières étaient éteintes, malgré la présence visible du nom et du logo de l’entreprise. Une personne travaillant dans un bureau voisin a déclaré n’avoir que très peu vu de personnel chez Changting.
Les numéros de téléphone associés à l’entreprise se sont avérés être des impasses : un numéro fixe n’était pas valide, et un numéro de mobile listé sur LinkedIn appartenait à une société de sécurité privée, dont le logo était utilisé comme image de profil WhatsApp, ce dernier servant à la connexion internet d’une caméra de vidéosurveillance. L’adresse e-mail trouvée sur le site web était également invalide, le domaine étant introuvable.
Selon les registres commerciaux de l’Autorité de régulation de la comptabilité et des entreprises (ACRA), Changting Network Technology est une société active enregistrée le 8 avril 2019. Son unique directeur est un ressortissant chinois, et son secrétaire un Singapourien d’origine chinoise. La police singapourienne exhorte le public à faire preuve de diligence raisonnable lors de la vérification des offres d’emploi, en particulier celles qui semblent irréalistes ou inhabituelles, et à contacter la ligne d’assistance ScamShield au 1799 en cas de doute.