L’administration américaine s’apprête à démanteler plus de 17 ans de réglementations environnementales, un revirement majeur qui suscite l’indignation des défenseurs du climat et confirme le soutien affiché de Donald Trump aux énergies fossiles. Cette décision, annoncée à Washington, met fin à la base juridique fédérale encadrant les émissions de gaz à effet de serre (GES).
« C’est une gifle au visage des millions d’Américains qui subissent les conséquences des catastrophes climatiques », a déclaré Abigail Dillen, présidente d’Earthjustice, une organisation de défense des droits de la personne en matière de climat, sur la radio publique NPR. La mesure, qui sera officialisée ce jeudi en présence de Lee Zeldin, administrateur de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), vise à abroger la « preuve de mise en danger » établie en 2009.
Cette « preuve » reconnaissait que six GES – notamment le dioxyde de carbone, le méthane et le protoxyde d’azote – constituent une menace pour la santé publique. La Cour suprême des États-Unis avait déjà souligné les effets néfastes de ces polluants en 2007, appelant à une réduction de leur production. Barack Obama avait alors mis en place une riposte réglementaire dans les secteurs de l’énergie et des transports, une démarche poursuivie par Joe Biden en 2022 avec des lois favorisant la production d’énergie propre.
Selon Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche, il s’agit de « la plus importante mesure de déréglementation de l’histoire américaine ». Les organisations environnementales, elles, dénoncent un recul sans précédent en matière de politique climatique. Concrètement, les fabricants de véhicules à moteur ne seront plus tenus de mesurer et de déclarer leurs émissions de GES, ni de faire certifier leurs équipements.
Par ailleurs, l’administration Trump va mettre fin aux programmes de mise en conformité des productions polluantes et aux crédits d’impôt les soutenant. Cette volte-face intervient après l’annonce, mercredi, que le département de la Guerre privilégiera désormais les achats d’électricité provenant de centrales au charbon, une énergie que Donald Trump défend ardemment. Le gouvernement prévoit également de financer la remise en service et la modernisation de cinq centrales au charbon situées en Virginie-Occidentale, en Ohio, en Caroline du Nord et au Kentucky, dont certaines avaient été condamnées à fermer par l’administration précédente.
« Nous sommes tout près de la victoire totale », s’est réjoui Myron Ebell, un activiste climatosceptique, dans les colonnes du New York Times. Cette décision s’inscrit dans la droite ligne de la vision antiréglementaire de l’Heritage Foundation, un groupe ultraconservateur qui, dans son « Projet 2025 », appelait à démanteler l’ensemble des mesures environnementales fédérales, dénonçant un « alarmisme climatique » voire un complot visant à déstabiliser l’économie américaine.
L’administration Trump promet aux industries des économies de plus de 1 000 milliards de dollars et aux consommateurs une réduction de 2 400 dollars en moyenne sur l’achat de véhicules, sans toutefois détailler les calculs qui sous-tendent ces chiffres. Les énergies fossiles ont été désignées comme un élément essentiel à la sécurité nationale et au renforcement de l’économie américaine.
Plusieurs organisations et États démocrates ont annoncé leur intention de contester cette décision devant les tribunaux, arguant qu’elle est illégale et contredit les preuves scientifiques. « Cette initiative, menée depuis un an par la direction politique de l’EPA, ignore les preuves accablantes démontrant que la pollution climatique menace la santé et la sécurité de tous », a déclaré Fred Krupp, président du Fonds de défense de l’environnement. « Elle met fin à la protection des Américains contre la pollution à l’origine de tempêtes et d’inondations plus violentes, ainsi que d’une flambée des coûts d’assurance. »
Alors que Washington s’apprête à assouplir les réglementations sur les GES, des scientifiques ont rappelé mercredi dans le journal The Guardian que le monde se rapproche dangereusement d’un « point de non-retour » au-delà duquel le réchauffement climatique pourrait devenir incontrôlable.
À retenir
- L’administration américaine abroge la base juridique fédérale encadrant les émissions de GES.
- Cette décision confirme le soutien de Donald Trump aux énergies fossiles et marque un revirement majeur en matière de politique climatique.
- Plusieurs organisations et États démocrates préparent des recours en justice.
Contexte
Depuis 2009, la « preuve de mise en danger » établie par l’EPA servait de fondement juridique à la réglementation fédérale sur les GES. Barack Obama et Joe Biden avaient renforcé cette réglementation, tandis que Donald Trump avait déjà tenté de la démanteler lors de son premier mandat.
Ce qui change
Les fabricants de véhicules à moteur ne seront plus tenus de respecter les normes d’émissions, les programmes de mise en conformité seront supprimés et les centrales au charbon bénéficieront de financements publics.
Prochaines étapes
Il faudra surveiller les recours en justice intentés par les organisations environnementales et les États démocrates, ainsi que l’impact de cette décision sur les émissions de GES aux États-Unis.
Chiffres clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Économies potentielles pour les industries | Plus de 1 000 milliards de dollars (chiffre non détaillé) |
| Économies potentielles pour les consommateurs (véhicules) | 2 400 dollars en moyenne (chiffre non détaillé) |