Publié le 26 février 2026 à 20h30. Une procureure européenne bulgare, Teodora Gergieva, est au centre d’une procédure disciplinaire au sein du Parquet européen de Luxembourg, suite à des enquêtes controversées concernant l’extension du stockage de gaz de Chiren et le port fantôme de Varna.
- Teodora Gergieva a été temporairement suspendue de ses fonctions en mars 2025, et n’a plus perçu de salaire depuis.
- Le Parquet européen a estimé qu’elle s’était rendue coupable de manquements graves, sans toutefois les spécifier publiquement.
- L’affaire a été transmise aux institutions européennes (Parlement, Conseil et Commission) qui peuvent demander son renvoi.
La procureure européenne Laura Kövesi a informé les institutions européennes de la situation, leur donnant la possibilité de demander la révocation de Teodora Gergieva. Si ces institutions ne le font pas, Kövesi pourra imposer une sanction moins sévère, mais Gergieva pourrait être réintégrée. Le collège des procureurs européens peut également opter pour une sanction moins lourde, comme un avertissement.
Selon le bureau de Laura Kövesi, l’avis de culpabilité émane du conseil de discipline des institutions européennes, qui a reporté sa décision en raison de la gravité des faits, pouvant entraîner un licenciement. Teodora Gergieva a quant à elle demandé au Parquet européen de préciser la nature de la « grave violation » qui lui est reprochée.
« Il n’y a pas d’accusation spécifique, il existe une forme générale pour une violation grave. Je connais les faits. La commission disciplinaire composée de cinq juges respectés et expérimentés a décidé qu’une remarque devait être imposée. »
Teodora Gergieva
L’affaire remonte à mars 2025, lorsque Gergieva a été temporairement démis de ses fonctions en raison de son implication dans les enquêtes sur l’agrandissement du stockage de gaz de Chiren et sur le port fantôme de Varna, où l’ancien maire de la capitale maritime, Ivan Portnih, est accusé de malversations. Ces enquêtes sont menées par des procureurs européens délégués basés en Bulgarie, tandis que Gergieva siège au collège de procureurs à Luxembourg.
Le contrat pour l’extension du stockage de gaz de Chiren a été initialement remporté par un consortium d’entreprises qui s’est ensuite retiré. La société publique Bulgartransgaz a alors conclu un accord avec un autre consortium, classé deuxième, pour un montant d’environ 600 millions de leva (BGN). Cependant, l’extension n’a jamais été achevée, le contrat a été résilié et 80 millions de leva de financement européen ont été restitués à Bruxelles.
Le 24 mars 2025, Teodora Gergieva avait convoqué le directeur exécutif de Bulgartransgaz, Vladimir Malinov, au parquet européen de Sofia, mais il n’a pas pu s’y rendre en raison d’un arrêt maladie. Une modification du contrat, permettant aux entreprises d’exploiter le site de manière moins coûteuse mais plus dangereuse, aurait causé un préjudice au budget européen estimé à 78 millions d’euros.
La tension autour de la procureure bulgare a commencé trois mois avant sa suspension. Lors d’un forum organisé par l’Institut bulgare pour les initiatives juridiques, elle avait révélé que plusieurs témoins interrogés dans une affaire du Parquet européen avaient été licenciés de la fonction publique, et que le ministère de l’Intérieur avait refusé d’exécuter une ordonnance de justice concernant une perquisition et une saisie. Des rumeurs ont circulé, évoquant l’affaire « Chiren ».
Trois semaines après ce forum, la mère de Teodora Gergieva est décédée dans un incendie criminel dans sa maison près de Lovech. Craignant que cet événement ne soit pas fortuit, Laura Kövesi a demandé au ministère de l’Intérieur de fournir une protection à Gergieva. L’enquête sur l’incendie n’a révélé aucun acte criminel.
Le 11 mars 2025, une vidéo de surveillance montrant Teodora Gergieva en conversation avec Petyo Petrov – Pepi Evroto, un lobbyiste du pouvoir judiciaire disparu depuis deux ans – a été diffusée dans les médias. La vidéo, datant de janvier 2020, montre Gergieva alors qu’elle était juge au tribunal administratif de Sofia et candidate au poste de procureur européen. Un commentaire accompagnant la vidéo suggère qu’ils auraient discuté de moyens pour lui permettre de passer de la troisième à la première place des candidats en éliminant ses concurrents.
Gergieva a dénoncé la diffusion de la vidéo comme une tentative de diffamation, affirmant avoir été avertie par des intermédiaires de ne pas accuser Vladimir Malinov. Des accusations ont alors été portées contre des personnalités politiques, accusées de faire pression sur elle en raison de l’enquête « Chiren ».
Après la fin de son mandat en juillet, Teodora Gergieva pourrait retrouver un poste de juge au tribunal administratif.