Publié le 11 février 2024 à 10h01. La disparition inquiétante de Nancy Guthrie, mère de la présentatrice de télévision Savannah Guthrie, a mis en lumière de sérieuses questions concernant la conservation des données vidéo par les géants technologiques Google et Amazon, même après leur suppression supposée par les utilisateurs.
- La récupération d’images de surveillance par le FBI, issues d’une caméra Ring, soulève des doutes sur le respect de la vie privée des utilisateurs.
- Des experts estiment que les données pourraient être conservées sur les serveurs des entreprises, contredisant les politiques de confidentialité affichées.
- L’affaire intervient alors que la police enquête sur la disparition de Nancy Guthrie, dont le domicile a été visité par un individu masqué.
Le FBI a révélé avoir récupéré des images et une vidéo montrant un individu masqué manipulant la caméra de surveillance du domicile de Nancy Guthrie, 84 ans, en Arizona. Cette découverte est d’autant plus surprenante que le shérif du comté de Pima avait initialement indiqué qu’il était impossible d’accéder aux images, car Nancy Guthrie n’avait pas d’abonnement actif au service Nest et que la caméra avait été déconnectée. Kash Patel, directeur du FBI, a précisé que les images avaient été extraites de « données résiduelles situées dans les systèmes internes » grâce à la collaboration avec des partenaires du secteur privé.
Cette situation a immédiatement suscité l’inquiétude des spécialistes de la technologie. Steve Beaty, professeur d’informatique à la Metropolitan State University de Denver, s’interroge sur la signification du terme « données résiduelles ».
« Le terme ‘résidu’ impliquerait des restes, et en général, on considère qu’une donnée existe ou n’existe pas. »
Steve Beaty, professeur d’informatique
Benn Jordan, chercheur spécialisé dans la technologie de surveillance et créateur de contenu sur YouTube, estime que l’expression « données résiduelles » est particulièrement alarmante.
« Ce n’est pas comme si l’on devait nettoyer nos câbles pour s’assurer qu’il n’y ait aucun résidu coincé à l’intérieur. Ce n’est tout simplement pas une pratique courante. »
Benn Jordan, chercheur en technologie de surveillance
Les vidéos récupérées comportent un filigrane Nest, la marque de caméra de sécurité appartenant à Google. La politique de confidentialité de Nest stipule que, en l’absence d’abonnement actif, les caméras enregistrent jusqu’à six heures d’activité avant que l’enregistrement ne soit interrompu et les données supprimées. Amazon Ring affiche une politique similaire concernant la suppression des vidéos en cas d’expiration des abonnements. Cependant, les experts doutent que ces données soient réellement effacées.
Selon Steve Beaty, il est peu probable que les données soient complètement supprimées.
« Je dirais que ce n’est généralement pas le cas. »
Steve Beaty, professeur d’informatique
Benn Jordan souligne que cette situation devrait interpeller les consommateurs.
« Il est très troublant de penser que ses données ne sont pas stockées sur un serveur, surtout s’il s’agit de données de surveillance de son domicile, et qu’elles s’avèrent ensuite y être stockées en permanence. »
Benn Jordan, chercheur en technologie de surveillance
Bien que certains critiquent l’opacité de Google, Benn Jordan suggère que la conservation des données pourrait parfois relever de l’incompétence plutôt que d’une volonté délibérée de surveillance.
« Je pense que dans de nombreux cas, ce n’est pas aussi malveillant que certains le pensent. Il s’agit souvent simplement d’un manque de compétence. »
Benn Jordan, chercheur en technologie de surveillance
Les deux experts soulignent que le fonctionnement même de ces caméras implique que les vidéos transitent par les serveurs de l’entreprise et sont stockées dans le cloud.
« Le simple fait que vous puissiez visionner une vidéo sur votre téléphone à partir d’une sonnette Ring signifie qu’elle passe par leurs serveurs à un moment donné. »
Steve Beaty, professeur d’informatique
Les préoccupations en matière de confidentialité ne se limitent pas aux utilisateurs individuels. Ring a établi un partenariat avec Flock Safety, une entreprise spécialisée dans les caméras de surveillance dotées d’une intelligence artificielle, utilisées par les forces de l’ordre à travers le pays. Ce partenariat permet aux utilisateurs de Ring de partager les images de leurs caméras avec Flock Safety. Des agences gouvernementales, notamment l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), ont utilisé les caméras Flock pour localiser des individus, y compris via le compte Flock du service de police de Loveland, dans le Colorado. Plus d’informations sur l’utilisation des caméras Flock par la police de Loveland.
Steve Beaty insiste sur la nécessité d’une prise de conscience accrue concernant la confidentialité des images capturées par les caméras de sonnette.
« Je pense que nous devons tous être conscients que les images dont nous pensons que personne ne se soucie ou qui sont privées ne le sont peut-être pas. »
Steve Beaty, professeur d’informatique
Benn Jordan va plus loin, suggérant que certains utilisateurs devraient envisager de supprimer complètement ces caméras, en particulier s’ils ont des préoccupations importantes en matière de confidentialité ou s’ils s’inquiètent des actions du gouvernement fédéral.
« Si vous avez quelque chose à cacher, ou si vous êtes inquiet à propos de quelque chose comme ICE, alors je désinstallerais immédiatement ces caméras. »
Benn Jordan, chercheur en technologie de surveillance
Google, propriétaire de Nest, n’a pas répondu aux demandes de commentaires de 9NEWS.
Nancy Guthrie a été vue pour la dernière fois le 31 janvier. Les enquêteurs pensent qu’elle a été enlevée de force de son domicile vers 2 heures du matin le 1er février. Des traces de sang ont été retrouvées sur son porche et les caméras de sécurité avaient été désactivées. Plusieurs médias ont rapporté mardi qu’une personne avait été arrêtée et placée en garde à vue dans le cadre de l’enquête sur sa disparition.