Publié le 7 février 2026 16h00. L’armée américaine va renforcer sa présence aux Philippines en instaurant une rotation de troupes régulière, une initiative qui, selon des experts, vise à contrer l’influence croissante de la Chine en mer de Chine méridionale et à renforcer la coopération militaire entre les deux pays.
- Une force d’environ 50 soldats américains sera déployée en rotation aux Philippines à partir de juillet 2025.
- Cette rotation marque un changement par rapport aux engagements ponctuels précédents, permettant une collaboration plus étroite et continue avec l’armée philippine.
- L’initiative s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes en mer de Chine méridionale et de volonté américaine de soutenir ses alliés dans la région.
Les États-Unis et les Philippines ont renforcé leur coopération militaire ces dernières années, notamment avec la création d’une Task Force Philippines annoncée à l’automne dernier. Cette nouvelle force opérationnelle, coordonnée par la Task Force Philippines et relevant du commandement de l’armée américaine du Pacifique (USARPAC), représente une évolution significative dans la manière dont Washington s’engage dans la région. Alors que les forces navales et aériennes américaines sont traditionnellement prédominantes dans le Pacifique, cette rotation de troupes terrestres vise à renforcer la présence globale de l’armée américaine et à diversifier ses capacités.
Selon le colonel Isaac Taylor, chef des affaires publiques de l’USARPAC, cette rotation permettra d’établir des « partenariats entre armées » et d’« améliorer les infrastructures ». Il a précisé que, contrairement aux engagements précédents, cette présence sera plus soutenue et régulière :
« Bien que la force de rotation ne soit pas affectée de manière permanente, cela représente un changement par rapport au cycle d’engagement itératif de l’année précédente vers une présence de rotation plus soutenue, permettant une collaboration plus profonde et plus cohérente avec nos homologues de l’armée philippine. »
Colonel Isaac Taylor, chef des affaires publiques de l’armée américaine du Pacifique
Les Philippines avaient autrefois accueilli une importante présence militaire américaine, mais les forces terrestres américaines permanentes ont été largement retirées au début des années 1990, suite à une décision du parlement philippin motivée par un sentiment nationaliste croissant. Des accords militaires ultérieurs ont permis le retour de troupes américaines, mais de manière plus limitée et moins permanente.
Des analystes estiment que cette initiative pourrait servir de moyen de dissuasion face aux revendications territoriales de la Chine en mer de Chine méridionale, une zone riche en ressources également revendiquée par le Vietnam, la Malaisie, Brunei, l’Indonésie et les Philippines. Les tensions entre la Chine et les Philippines se sont accrues ces dernières années, avec des incidents impliquant des navires des garde-côtes chinois et des pêcheurs philippins dans les eaux contestées.
Gregory Poling, directeur du programme Asie du Sud-Est au Center for Strategic and International Studies, souligne que cette rotation formalise une présence américaine déjà bien établie aux Philippines, notamment à travers des exercices militaires conjoints comme les manœuvres Balikatan. Il estime que cette formalisation permettra d’« accélérer le rythme des interactions quotidiennes » entre les militaires américains et leurs homologues philippins.
Selon Stacie Pettyjohn, directrice du programme de défense au Center for a New American Security, cette rotation est une « étape modeste », mais non négligeable. Elle ajoute que ces « mesures progressives » pourraient être critiquées par Pékin, mais ne devraient pas provoquer de réaction majeure. L’importance réside également dans le renforcement des relations bilatérales et l’introduction de nouvelles capacités militaires, qui peuvent avoir autant d’impact que la simple présence de troupes.
Katherine Kuzminski, directrice des études au Center for a New American Security, met en avant la nécessité de faire de l’armée un élément central de la sécurité régionale dans le Pacifique :
« La Marine et l’Armée de l’Air ont tendance à dominer l’Indo-Pacifique, uniquement sur la base des capacités dont elles disposent. La nouvelle force opérationnelle renforce la nécessité de faire de l’armée un élément de la force conjointe en matière de sécurité régionale. »
Katherine Kuzminski, directrice des études au Center for a New American Security
À propos de l’auteure : Ève Sampson est journaliste et ancienne officier de l’armée. Elle a couvert des conflits à travers le monde, collaborant avec le New York Times, le Washington Post et l’Associated Press.