Publié le 2025-10-21 14:23:00. La Serbie s’apprête à devenir le premier pays au monde à tester Enteromix, un nouveau vaccin russe expérimental contre le cancer, marquant une nouvelle étape dans la diplomatie sanitaire entre Moscou et Belgrade.
- La Serbie deviendra le premier pays à tester le vaccin russe contre le cancer Enteromix.
- Ce traitement innovant, développé grâce à l’intelligence artificielle, vise à être personnalisé et produit en Europe.
- La coopération Serbie-Russie s’intensifie dans le domaine de la santé, rappelant les accords précédents sur le vaccin Spoutnik V.
Le gouvernement serbe a annoncé que son territoire sera le théâtre des premiers essais mondiaux du vaccin russe contre le cancer, baptisé Enteromix. Développé par le Centre de recherche médicale et radiologique de Moscou, ce traitement promet d’être personnalisé grâce à l’intelligence artificielle et de faciliter une production à l’échelle européenne. Selon Nenad Popovic, ministre de la Coopération économique, Enteromix permettrait de combiner le matériel génétique du patient avec du tissu tumoral pour cibler spécifiquement les métastases du mélanome ou du cancer du côlon, avec une intervention prévue sous sept jours.
Cette annonce s’inscrit dans le cadre d’une coopération renforcée entre la Russie de Vladimir Poutine et la Serbie dirigée par Aleksandar Vučić. Une délégation russe s’est rendue à Belgrade pour évaluer les infrastructures locales, et un groupe de travail conjoint a été formé. D’ici la fin de l’année, une mission d’experts serbes – oncologues, microbiologistes et spécialistes des maladies infectieuses – se rendra à Moscou pour participer aux recherches dans les instituts Gamaleja et Gertsen, et pour acquérir les compétences nécessaires à la mise en œuvre du processus clinique.
Les premières doses d’Enteromix, destinées aux patients serbes et potentiellement à ceux du reste de l’Europe, seront préparées à l’hôpital Torlak de Belgrade. L’objectif est une administration possible dès 2026. Cet accord rappelle les liens diplomatiques et sanitaires établis entre les deux nations, notamment lors de la pandémie de COVID-19 avec la fourniture du vaccin russe Spoutnik V. À l’époque, des centaines d’Italiens s’étaient rendus en Serbie pour se faire vacciner, avant que des questions sur les effets secondaires et les pressions géopolitiques ne conduisent Belgrade à réorienter la distribution de ce vaccin vers des pays africains.
Cependant, la communauté scientifique internationale accueille Enteromix avec prudence. Il ne s’agit pas d’un vaccin préventif, mais d’un traitement basé sur l’inoculation de virus inoffensifs, censés détruire entre 60 % et 80 % de la masse tumorale tout en renforçant le système immunitaire. Les premiers résultats positifs n’ont été observés que sur des animaux. Les essais cliniques sur des volontaires humains n’ont débuté qu’en juin, et des années de suivi sur un grand nombre de patients seront nécessaires pour obtenir des résultats probants. La présentation initiale du projet lors du Forum économique de Saint-Pétersbourg a également soulevé des interrogations, certains reprochant un manque de transparence vis-à-vis de la communauté scientifique mondiale.
Les experts en oncologie mettent en garde contre les solutions « miracles » et rappellent que l’immunothérapie, bien qu’une voie thérapeutique prometteuse, ne remplace pas encore les traitements conventionnels tels que la chirurgie, la radiothérapie ou la chimiothérapie.
Sur le plan géopolitique, cette alliance sanitaire s’inscrit dans un contexte où la Serbie, tout en aspirant à rejoindre l’Union européenne, maintient des liens étroits avec la Russie et la Chine. Le pays est le seul en Europe à n’avoir jamais imposé de sanctions à Moscou. Par ailleurs, la question énergétique pèse lourdement sur les décisions de Belgrade, qui dépend massivement du gaz russe. Les restrictions européennes sur les approvisionnements créent une situation « quasi désespérée », selon la ministre serbe de l’Énergie, Dubravka Djedovic-Handanovic, alors que le gaz destiné à la Serbie transite par le Balkan Stream, traversant la Bulgarie et la Hongrie.
Le président Vučić a récemment rencontré le Premier ministre hongrois Viktor Orbán pour discuter de ces enjeux énergétiques, dans l’attente d’une rencontre à Budapest impliquant potentiellement Vladimir Poutine. La Serbie a proposé un corridor énergétique alternatif pour la Russie via la Turquie et le Monténégro.