Publié le 12 février 2024 08h47:00. L’armée russe est confrontée à des difficultés croissantes pour maintenir ses effectifs sur le front ukrainien, recourant à des tactiques de recrutement de plus en plus agressives et faisant face à une désertion en hausse, tandis que les pertes humaines continuent d’être très élevées.
- Les désertions dans l’armée russe atteignent des niveaux jamais vus depuis le début de la guerre, en partie à cause des contrats renouvelés automatiquement.
- Moscou parvient à recruter environ 35 000 soldats par mois, mais près de 90 % d’entre eux sont immédiatement envoyés au combat pour compenser les pertes.
- Les estimations des pertes russes varient, mais convergent vers des chiffres alarmants : entre 30 000 et 35 000 soldats tués ou blessés chaque mois, et un total de 1,2 million de pertes depuis le début de la guerre.
La situation du personnel russe en Ukraine est de plus en plus préoccupante. Selon des sources concordantes, l’armée russe peine à attirer de nouveaux combattants et à retenir ceux qu’elle a déjà. Le groupe d’analyse ukrainien Frontelligence Insight signale une augmentation significative des désertions, les plus élevées enregistrées depuis le début du conflit en 2022. Cette tendance est exacerbée par le fait que certains contrats de service sont automatiquement prolongés, piégeant les soldats qui souhaiteraient quitter l’armée.
Les pertes humaines sont un facteur majeur de cette crise. Le commandant des forces armées ukrainiennes, Oleksandr Syrskyi, a déclaré que la Russie parvient à recruter environ 35 000 soldats chaque mois, mais que près de 90 % d’entre eux sont immédiatement déployés au front pour combler les rangs décimés. L’année dernière, 422 704 hommes ont été enrôlés, et l’objectif pour 2024 est similaire. Cependant, ces nouveaux arrivants ne suffisent pas à compenser les pertes.
Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyi estime que les pertes russes s’élèvent à 30 000 à 35 000 soldats tués ou blessés chaque mois.
« Si cela continue, ils pourraient perdre entre 100 et 120 000 soldats au front en quelques mois seulement, et ce vide ne sera pas facilement comblé. »
Volodymyr Zelenskyi, président ukrainien
Ces chiffres sont corroborés par une étude approfondie du Center for Strategic and International Studies (CSIS), qui estime les pertes russes à 35 000 soldats par mois, soit 415 000 l’année dernière, et un total de 1,2 million de pertes depuis le début de la guerre, dont environ 300 000 morts.
La situation est également compliquée par le nombre croissant de blessés qui retournent au combat, souvent sans avoir été complètement rétablis. Selon Frontelligence Insight, un soldat blessé peut rapidement devenir un fardeau logistique, en particulier dans un environnement où les drones de surveillance et d’attaque sont omniprésents.
« Un soldat blessé peut rapidement devenir un fardeau lorsque des dizaines de drones survolent la zone, soit pour surveillance, soit pour ciblage actif. L’évacuation reste alors extrêmement risquée. »
Frontelligence Insight, groupe d’analyse ukrainien
Les renseignements étrangers lettons indiquent que les drones sont responsables de 70 à 80 % des blessures et des décès.
Face à ces difficultés, le recrutement devient de plus en plus problématique. Michael Kofman, du Carnegie Endowment for International Peace, souligne que les tendances actuelles suggèrent que la Russie aura du mal à maintenir une pression offensive soutenue. Il explique que le président Poutine mise sur une pression constante sur l’ensemble du front pour provoquer l’effondrement des forces ukrainiennes, mais que les tactiques employées par l’armée russe ne permettent pas d’obtenir des percées significatives.
Les forces russes ont tendance à attaquer en petits groupes d’infanterie, car tout équipement déployé risque d’être rapidement détruit par les drones. Les commandants russes sont accusés de pousser leurs soldats à avancer, même au prix de lourdes pertes, pour atteindre leurs objectifs.
« Ils poussent leurs ressources au-delà des limites raisonnables, ce qui entraîne des pertes évitables. »
Analyse de Frontelligence Insight
Selon Kofman, les commandants ne sont pas tenus responsables des pertes, car le système russe permet de remplacer rapidement les soldats.
La motivation des soldats russes est également remise en question. La plupart ne se battent pas par conviction idéologique ou patriotique, mais sont attirés par les primes financières généreuses, financées par les budgets régionaux. Cependant, ces primes ont diminué l’année dernière, ce qui témoigne des difficultés financières rencontrées par la Russie. Pour compenser, Moscou a réduit les paiements versés aux familles des soldats disparus, selon un haut responsable européen.
Récemment, les contributions au recrutement ont de nouveau augmenté, ce qui suggère un effort des gouverneurs régionaux pour atteindre les objectifs fixés. Par exemple, dans la région de Khanty-Mansiysk, la plus grande région productrice de pétrole de Russie, le montant total des primes de recrutement atteint 4,1 millions de roubles (environ 660 000 couronnes).
« Tant qu’ils auront l’argent nécessaire pour soumissionner sur des contrats, les gens continueront à venir. »
Haut responsable militaire européen
Selon Janis Kluge, expert de la Russie à l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité, les régions ont dépensé au moins 500 milliards de roubles en primes d’enrôlement l’année dernière. Si Moscou continue de privilégier les dépenses militaires, elle pourra maintenir son rythme de recrutement actuel, mais l’économie de guerre russe montre des signes de ralentissement. Sa croissance s’est arrêtée l’année dernière, et le pays manque de revenus provenant de l’exportation du pétrole et du gaz.
L’augmentation de la TVA et d’autres taxes, notamment sur les appareils électroniques, vise à compenser ces pertes, mais crée des pressions inflationnistes. Bien que les taux d’intérêt aient légèrement baissé, ils restent élevés, ce qui rend l’accès au crédit difficile.