La Commission européenne alerte sur une « campagne ciblée dans la zone grise » orchestrée par la Russie visant l’Europe. Selon Ursula von der Leyen, présidente de l’exécutif européen, cette stratégie, déjà marquée par des violations d’espace aérien, des actes de sabotage et des cyberattaques, ne fera que s’intensifier si le Kremlin n’est pas fermement tenu en échec.
En l’espace de deux semaines seulement, plusieurs incidents ont été relevés : des avions militaires russes ont franchi l’espace aérien estonien, tandis que des drones ont survolé des installations militaires sensibles et des infrastructures critiques en Belgique, au Danemark, en Allemagne, en Pologne et en Roumanie. Face à cette escalade, la présidente de la Commission a insisté sur la nécessité d’une réponse européenne forte.
« L’Europe doit réagir. Nous devons enquêter sur chaque incident et nous ne devons pas hésiter à en attribuer la responsabilité, car chaque centimètre carré de notre territoire doit être protégé et sûr », a déclaré Ursula von der Leyen lors d’une intervention devant les responsables politiques européens à Strasbourg. Elle a explicitement qualifié cette situation de « guerre hybride », soulignant que « si nous hésitons à agir, la zone grise ne fera que s’étendre ».
La Russie serait en mesure de lancer une attaque contre un autre pays européen d’ici trois à cinq ans, selon des estimations des services de sécurité de l’UE. Pour contrer ces menaces, l’exécutif européen, sous la houlette de Mme von der Leyen, travaille activement à l’élaboration d’un plan d’envergure, baptisé « Forteresse Europe 2030 », visant à renforcer significativement les défenses du continent d’ici la fin de la décennie.
Une des composantes clés de cette stratégie serait le développement d’un « mur de drones ». Ce système de haute technologie associerait des équipements de détection, de suivi et d’interception capables non seulement de neutraliser les drones hostiles, mais aussi de cibler leurs systèmes de commande ou les opérateurs au sol. L’objectif est de mettre en place un dispositif anti-drone « abordable et adapté à son objectif. Pour une détection rapide, une interception rapide et, si nécessaire, une neutralisation rapide », a précisé Ursula von der Leyen, soulignant que l’Europe pouvait s’inspirer des avancées de l’Ukraine dans ce domaine.
La présidente de la Commission européenne soumettra prochainement une « feuille de route » détaillée aux chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne, proposant des mesures concrètes pour renforcer les défenses continentales à l’horizon 2030. Ursula von der Leyen a mis en avant l’inefficacité et le coût prohibitif de l’utilisation d’avions de combat modernes pour intercepter des drones, souvent peu coûteux, comme cela a été le cas lors de récentes incursions dans l’espace aérien polonais.
« Ce n’est absolument pas durable. Nous avons besoin d’un système anti-drone abordable et adapté à son objectif », a-t-elle martelé. Pour encourager les investissements dans la défense au sein des États membres, la Commission européenne met l’accent sur les retombées économiques et l’emploi sur le continent. L’ambition est de s’assurer qu’au moins 65% des projets financés par l’UE soient réalisés en Europe, une mesure destinée à contrecarrer la tendance actuelle où une majorité des commandes de défense européennes sont passées auprès d’entreprises américaines, générant ainsi des emplois hors d’Europe.
« C’est de l’argent européen et nous voulons voir un retour sur cet investissement en termes d’emplois ici en Europe », a insisté Mme von der Leyen. Le président français Emmanuel Macron a également plaidé pour une approche plus ferme à l’égard de la Russie, prônant l’interception des drones et la lutte contre les navires transportant illégalement du pétrole afin de priver Moscou de revenus de guerre.