Publié le 8 février 2024 14h30. Le Vietnam, traditionnellement un client majeur de l’industrie de l’armement russe, s’éloigne progressivement de Moscou et se tourne vers des fournisseurs occidentaux, notamment la France, pour moderniser son armée.
- Le Vietnam envisage sérieusement l’acquisition d’avions de combat Rafale français, après des négociations prometteuses.
- Hanoï diversifie ses achats d’armement, privilégiant désormais des équipements sud-coréens et américains.
- Cette évolution marque un changement tectonique sur le marché mondial de l’armement, avec une perte significative pour la Russie.
L’armée de l’air vietnamienne repose actuellement entièrement sur des appareils de conception soviétique et russe. Son inventaire comprend 16 avions Su-22M4, 9 avions d’entraînement Su-22UM3K, 5 chasseurs Su-27SK, 5 avions d’entraînement Su-27UBK, 35 chasseurs multirôles Su-30MK2 et 12 avions d’entraînement Yak-130. Cette dépendance historique à l’égard de la Russie se retrouve également dans d’autres branches des forces armées vietnamiennes.
Cependant, dès 2022, Hanoï a affiché sa volonté de diversifier ses sources d’approvisionnement en armement afin de réduire sa dépendance à Moscou. Des actions concrètes ont déjà été entreprises dans ce sens. Récemment, le Vietnam a choisi les obusiers automoteurs sud-coréens K9 (155 mm) plutôt que des systèmes d’artillerie russes, et a abandonné un projet de prototype d’artillerie basé sur un châssis KrAZ. Plus d’informations sur ce choix.
Les discussions entre le Vietnam et la France concernant la possible fourniture d’avions de combat Rafale ont connu des progrès significatifs. Des informations en ce sens circulaient déjà en 2024, et les deux pays avaient signé un accord bilatéral de coopération en matière de défense dès 2013.
Cette diversification ne se limite pas à l’aviation de combat. Au lieu d’acquérir de nouveaux chars T-90S auprès de la Russie, le Vietnam a opté pour la modernisation de ses anciens chars T-54 et T-55, avec l’aide d’Israël. Par ailleurs, les États-Unis ont levé leur embargo sur les armes contre le Vietnam en 2016, ce qui a permis à Hanoï d’acquérir pour environ 400 millions de dollars d’équipements militaires américains, notamment des navires des garde-côtes et des avions d’entraînement. Le Vietnam étudie également l’acquisition de l’avion de transport C-130J. Détails sur l’intérêt pour le C-130J.
Bien que des discussions aient eu lieu concernant l’achat possible de chasseurs F-16 américains, aucun progrès concret n’a été enregistré dans ce domaine. De plus, avec un budget de défense annuel d’environ 10 milliards de dollars, il est peu probable que le Vietnam puisse se permettre d’acquérir simultanément les Rafale et les F-16.
La transition vers des appareils occidentaux nécessitera une modernisation complète de l’infrastructure des bases aériennes vietnamiennes et la création de nouveaux stocks de munitions compatibles avec les chasseurs français. Ce sera un processus long et coûteux. Il est également important de noter que les délais de production des Rafale sont actuellement importants en France, ce qui signifie que même en cas de commande cette année, il est peu probable que les premiers appareils soient opérationnels avant la fin de la décennie.
Cette évolution s’inscrit dans une tendance plus large de rapprochement du Vietnam avec les normes occidentales. Comparaison des offres d’avions de combat dans d’autres pays.
Néanmoins, compte tenu du budget de défense limité du Vietnam et du volume important d’équipements soviétiques et russes encore en service, cette transition sera inévitablement progressive. La Russie perd ainsi un marché d’armement important et un partenaire régional de longue date, ce qui constitue un changement majeur sur le marché mondial de l’armement.