Publié le 14 février 2024 17:37:00. Montréal est en proie à une crise routière sans précédent, avec des nids-de-poule de plus en plus profonds qui endommagent les véhicules et mettent en colère les automobilistes, jusqu’à causer des problèmes à la mairesse elle-même.
- L’état des routes montréalaises est jugé « catastrophique », avec une multiplication par cinq des signalements de nids-de-poule par rapport à l’année dernière.
- La mairesse Soraya Martinez Ferrada a elle-même crevé deux pneus en roulant sur des nids-de-poule, peu après avoir dénoncé leur état.
- La ville a annoncé une solution d’urgence consistant à réparer les nids-de-poule à la pelle, mais cette mesure ne satisfait pas les conducteurs.
Les rues de Montréal sont actuellement parsemées de cratères qui rappellent, selon certains, des nids d’autruches ou même de ptérosaures. Cette situation, loin d’être nouvelle, a atteint un point critique cet hiver, exacerbée par des cycles de gel et de dégel rapides et par des opérations de déneigement intensives.
La mairesse Soraya Martinez Ferrada a personnellement vécu les conséquences de cet état de fait. Quelques heures après avoir qualifié la situation des routes de « catastrophique » la semaine dernière, sa voiture a subi deux crevaisons en roulant sur des nids-de-poule. Elle a partagé une vidéo de son attente sur le bord de la route sur les réseaux sociaux.
« Je sais que les rues n’ont aucun sens »,
Soraya Martinez Ferrada, mairesse de Montréal
Les nids-de-poule sont presque une institution à Montréal, au même titre que les bagels et les cônes de signalisation orange. Les automobilistes montréalais sont habitués à les éviter, parfois en sortant de leur voie ou en utilisant les cônes pour signaler les dangers.
Cet hiver, cependant, la situation est particulièrement alarmante. Les appels à la ville concernant les nids-de-poule ont été multipliés par cinq par rapport à l’année dernière, avant même l’incident impliquant la mairesse. Les conducteurs expriment leur frustration, certains comparant la conduite à Montréal à une expérience post-apocalyptique. Un chroniqueur du Journal de Montréal a même réclamé une enquête publique.
Sur Reddit, un utilisateur a résumé la situation en un seul mot : « Moonreal », une référence à l’aspect lunaire et accidenté des routes.
Hocine Benayache, un Montréalais, a récemment été victime de ces nids-de-poule. Il n’a pas vu le trou qui a endommagé sa voiture un soir sur la rue Jean-Talon, mais il l’a senti. Il a dû continuer à rouler jusqu’à ce qu’il entende le bruit révélateur d’un pneu crevé. L’impact a été suffisamment violent pour plier la jante arrière de son véhicule. Il a cependant trouvé un avantage à cette mésaventure : il a impressionné sa femme en changeant lui-même le pneu par une température de -15°C.
« Je ne comprends pas les nids-de-poule ici. Ils sont tellement profonds et tranchants. C’est ce qui cause les dégâts. »
Hocine Benayache, automobiliste montréalais
Selon une étude de l’Association canadienne des automobilistes (CAA) réalisée en 2021, l’état des routes au Québec coûte en moyenne 258 $ (dollars canadiens) par véhicule et par an en réparations imprévues et autres dépenses, comparativement à une moyenne canadienne de 126 $. Entre le 9 janvier et le 2 février dernier, les appels à CAA-Québec concernant des crevaisons ont augmenté de 46 % à l’échelle de la province, et de 73 % à Montréal, considérée comme « l’épicentre des nids-de-poule ».
Nicolas Ryan, directeur des affaires publiques de CAA-Québec, explique que la situation est en partie due à une période de temps chaud en janvier, suivie d’un gel qui a fragilisé l’asphalte. Les opérations de déneigement à grande échelle contribuent également à la détérioration des routes.
La ville a annoncé une « solution d’urgence » consistant à embaucher des équipes pour combler les nids-de-poule à la pelle, une mesure temporaire en attendant le printemps. La mairesse Martinez Ferrada a également souligné que le manque d’équipement et l’expiration d’un contrat avec le secteur privé ont contribué à la crise.
Le problème des nids-de-poule à Montréal est récurrent. En 2015, La Gazette de Montréal publiait un éditorial affirmant que les nids-de-poule « ne doivent pas nécessairement être inévitables ». Quatre ans plus tard, le même journal publiait une chronique intitulée « L’incapacité de Montréal à résoudre le problème des nids-de-poule défie toute logique ».
Certains attribuent les nids-de-poule à la construction de pistes cyclables, tandis que d’autres pointent du doigt l’histoire de corruption dans l’industrie de la construction au Québec. Nicolas Ryan estime qu’il est temps pour le Québec de revoir la façon dont ses routes sont construites, notamment en abandonnant le principe de l’attribution des contrats au plus bas soumissionnaire.
La situation est devenue si préoccupante que Télé-Québec a diffusé l’automne dernier un documentaire intitulé Nid-de-poule, qui souligne que le Québec a un réseau routier plus vaste que l’Ontario, mais une population moins nombreuse pour l’entretenir.
Le documentaire arrive à une conclusion sans surprise : les routes sont mauvaises parce qu’elles ont été négligées. Le journaliste Patrick White a abordé le sujet dans le podcast Décibel, expliquant que le Canada est le plus grand utilisateur de sel de déneigement au monde, ce qui a un coût élevé pour notre approvisionnement en eau.
« Nous avons construit des routes et les avons négligées », a déclaré Nicolas Ryan. « Et aujourd’hui, malheureusement, nous en payons le prix. »