La dette mondiale, estimée à 300 000 milliards de dollars, atteindrait un point de rupture. L’économiste dénonce la « richesse fantôme » et plaide pour le défaut de paiement comme seule issue, au risque de voir les pertes répercutées sur les contribuables.
L’idée que le monde pourrait indéfiniment emprunter davantage, tant que les taux d’intérêt restaient proches de zéro, s’est révélée être une illusion. Selon une analyse critique du système financier, cette stratégie de l’emprunt perpétuel, soutenue par une inflation faible, a permis une expansion massive de la dette et de la consommation. Cependant, le temps de latence entre cette croissance effrénée et ses conséquences sur l’offre, la demande et la détermination des prix est désormais révolu. Les effets se font sentir : le fardeau mondial de la dette n’est plus soutenable ni exigible.
Face à cette situation, les solutions traditionnelles comme l’impression monétaire ou le transfert des pertes aux contribuables deviennent intenables. L’inflation, désormais de retour, rend impossible le renflouement des « super-riches » par la création monétaire. De plus, le public, plus averti depuis la crise de 2008, ne serait plus dupé par des plans de sauvetage qui bénéficient principalement à la classe rentière.
L’auteur affirme que la destruction de cette « richesse fantôme », constituée par des dettes impayables, est le seul moyen de libérer le système financier de son fardeau et de réduire les extrêmes de domination des rentiers. Le défaut de paiement, sous ses diverses formes (jubilés de dette, refinancement, faillite), est présenté comme la seule véritable solution depuis l’avènement de la finance. Lorsque les dettes ne peuvent être honorées, ceux qui les détiennent en tant qu’actifs doivent absorber la perte. Chaque défaut, qu’il soit informel ou formalisé, équivaut à un jubilé de dette pour l’emprunteur, le libérant de ses obligations.
Les ménages ordinaires, peu souvent détenteurs directs de la dette d’autrui comme actif, sont moins affectés par ces défauts. Ce sont principalement les plus riches, la « classe rentière », qui possèdent la majorité des prêts étudiants, automobiles, hypothèques et obligations. La destruction massive de richesse fantôme affecterait donc majoritairement cette élite, largement enrichie par l’expansion mondiale de la dette.
La dette est perçue comme un transfert de revenus de l’emprunteur vers le détenteur de la dette. L’emprunt, lorsqu’il est bon marché et abondant, conduit à une surconsommation et à des excès dont les conséquences ne se révèlent qu’à terme. La capacité d’emprunter et de dépenser d’énormes sommes a alimenté la corruption, l’exploitation et une consommation insensée, des habitudes qui se retournent contre les entités endettées lorsque le défaut réduit la possibilité d’emprunter pour financer ces dépenses.
L’analyse suggère qu’au moins 100 000 milliards de dollars sur les 300 000 milliards de dollars de dette mondiale feront défaut plus tôt que prévu. La question cruciale demeure : qui absorbera ces pertes ? L’auteur met en garde : si les pertes sont transférées au public, cela pourrait entraîner l’effondrement du système via un renversement politique ou un désastre monétaire. La seule issue équitable, selon lui, est d’imposer ces pertes à ceux qui ont acquis la dette comme source de revenus pour la classe rentière.
Les dynamiques « cœur-périphérie » jouent également un rôle. Si certains États pourraient tenter de « s’imprimer pour se sortir du défaut », la plupart ne le pourront pas sans dévaluer leur monnaie, déclenchant ainsi un défaut systémique encore plus destructeur. Vivre selon ses moyens, c’est-à-dire son revenu net, est présenté comme la seule solution durable au surendettement.