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La Tanzanie accuse des centaines de personnes de trahison après des manifestations contre des élections contestées

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Tanzanie : Plus de 200 personnes inculpées de trahison suite aux élections violentes.

Un nouveau chapitre sombre s’ouvre en Tanzanie, où la justice a inculpé vendredi plus de 200 personnes pour trahison dans la foulée des élections présidentielles du 29 octobre dernier. Ces accusations font suite à des manifestations qui ont dégénéré en violence, suscitant l’indignation des groupes de défense des droits humains dénonçant des « meurtres de civils » par les forces de l’ordre.

La présidente sortante, Samia Suluhu Hassan, a été déclarée vainqueur du scrutin avec un score écrasant de plus de 97% des voix, selon la commission électorale. Cependant, l’opposition, exclue de la course, a qualifié ces élections d’« imposture », alimentant les tensions.

Dès le jour du vote, le pays d’Afrique de l’Est a été le théâtre de violentes manifestations. Si les chiffres officiels restent opaques, des sources concordantes évoquent des centaines, voire des milliers, de victimes. L’accès à l’information a été sévèrement restreint pendant six jours par une coupure d’Internet, entravant la diffusion de nouvelles vérifiées.

Plusieurs centaines devant les tribunaux

Vendredi, des centaines de personnes ont comparu devant le tribunal de Dar es Salaam, la capitale économique. Maître Peter Kibatala, avocat de plusieurs prévenus, a précisé que plus de 250 individus étaient poursuivis dans trois affaires distinctes. « Ils sont tous inculpés de deux chefs d’accusation », a-t-il expliqué. « La première infraction concerne un complot en vue de commettre un acte de trahison. La seconde est la trahison elle-même. » Des sources judiciaires font état d’au moins 240 personnes inculpées.

Un acte d’accusation consulté par l’AFP révèle que les accusés sont poursuivis pour avoir tenté d’« entraver » le scrutin et d’intimider le pouvoir exécutif en provoquant de graves dommages aux biens de l’État. Maître Paul Kisabo, représentant la Coalition tanzanienne des défenseurs des droits humains, a décrit la situation des prévenus : « Certains d’entre eux ont été battus, ils sont malades et n’ont reçu aucun traitement médical. » La trahison n’étant pas passible de caution, ces personnes resteront en détention jusqu’à leur prochaine comparution.

Un bilan humain lourd et contesté

Le parti d’opposition Chadema avance un bilan d’au moins 800 morts dans les violences électorales. Des sources diplomatiques et sécuritaires corroborent cette estimation, suggérant même que le nombre de victimes pourrait s’élever à plusieurs milliers. Les autorités tanzaniennes refusent obstinément de communiquer un bilan officiel des morts et des blessés.

La police a par ailleurs annoncé vendredi soir être à la recherche de plusieurs dirigeants de partis d’opposition, dont le secrétaire général John Mnyika, son adjoint Amani Golugwa, et la porte-parole Brenda Rupia, en lien avec les violences. « Suite à nos investigations et aux preuves que nous avons recueillies, nous recherchons ces 10 personnes pour les arrêter. Nous les appelons à se rendre immédiatement à la police », a déclaré le porte-parole de la police tanzanienne, David Misime.

« Tant de corps » dans les hôpitaux

Dans un communiqué conjoint avec six autres ONG, le Centre juridique et des droits de l’homme (LHRC) a dénoncé un « usage excessif de la force » contre des manifestants non armés, allant jusqu’à des « meurtres de civils en représailles, certains dans leurs propres maisons. » Le LHRC souligne que « les familles ont été traumatisées et les enfants ont été témoins de violences contre leurs parents », ajoutant que les jeunes ont été particulièrement ciblés, « souvent pris au dépourvu ». Des centaines de personnes ont été arrêtées et certaines sont toujours détenues sans caution. « L’ampleur des violations des droits de l’homme n’a pas encore été entièrement découverte », avertit le LHRC, qui critique également la coupure d’Internet et les restrictions imposées aux médias.

Amos Ntobi, secrétaire du parti Chadema, a témoigné de scènes dramatiques dans sa région natale de Mwanza, dans le nord du pays : « Nous avons vu des gens se faire tirer dessus en plein jour. Il y avait des cadavres partout dans les rues – certaines personnes ont été tuées sur le coup, d’autres ont été grièvement blessées. Il y a tellement de corps dans les hôpitaux. » M. Ntobi a raconté avoir assisté à au moins neuf funérailles, dont celles de deux enfants âgés de neuf et onze ans, tués près de chez lui. La plupart des victimes adultes sont décédées de blessures par balle ou de « passages à tabac mortels ». Il a également fait état de dirigeants de partis locaux toujours portés disparus.

Un scrutin « compromis »

Avant même le jour du scrutin, les autorités avaient pris soin de neutraliser l’opposition. Des cadres de partis ont été emprisonnés ou interdits de candidature. Les observateurs électoraux africains avaient déjà alerté dans un premier rapport que les Tanzaniens n’avaient pas pu « exprimer leur volonté démocratique », pointant du doigt l’interdiction de candidats de l’opposition, la censure, l’intimidation et des signes de fraude. Les observateurs de l’Union Africaine avaient également jugé le scrutin « compromis ».

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