Publié le 15 octobre 2025, 11h44. Le système ETS2, une nouvelle taxe carbone européenne visant les secteurs du transport et du chauffage, suscite de vives inquiétudes en Pologne et dans 14 autres pays de l’Union. L’entrée en vigueur prévue en 2027 pourrait entraîner une flambée des prix de l’énergie et des carburants, alimentant une inflation déjà préoccupante.
- L’ETS2, censé taxer les émissions de CO2 dans le transport et le chauffage, pourrait augmenter significativement les prix du gaz, du charbon, de l’essence et du diesel dès 2027.
- La Pologne a formé une coalition de 15 pays pour demander à l’Union européenne un report de son introduction et la mise en place de mécanismes de contrôle des prix.
- Les experts et un rapport syndical mettent en garde contre un impact potentiellement désastreux pour le portefeuille des ménages, l’accès à l’emploi et la précarité énergétique.
Le système ETS2 (Emissions Trading System 2) est présenté comme la principale menace inflationniste dans les années à venir. Sa mise en œuvre, prévue pour 2027, vise à intégrer les émissions de dioxyde de carbone liées au chauffage des bâtiments et aux transports routiers dans le marché européen des quotas d’émission. Les fournisseurs de gaz, de charbon, d’essence et de diesel pourraient répercuter le coût de ces nouvelles taxes carbone sur les consommateurs, entraînant une augmentation substantielle des dépenses quotidiennes et potentiellement une accélération de l’inflation.
Face à ces perspectives, le gouvernement polonais tente de convaincre l’Union européenne de reporter l’application de l’ETS2. Des discussions sont également en cours pour introduire des périodes de transition dans certains secteurs industriels. L’objectif est d’atténuer les effets directs de cette nouvelle réglementation, bien que l’impact global sur les prix reste une source d’inquiétude majeure pour les entreprises comme pour les particuliers.
La Pologne et une coalition de 15 pays luttent pour un contrôle du système ETS2
Krzysztof Bolesta, vice-ministre polonais du Climat et de l’Environnement, a souligné que la Pologne avait rassemblé une coalition de 15 pays, dont l’Italie et la Belgique, pour réclamer une révision du dossier ETS2. Ce groupe souhaite attirer l’attention de la Commission européenne sur les risques liés à la mise en place du système, estimant que le sujet nécessite une renégociation.
« Nous avons hérité de l’obligation de mettre en œuvre l’ETS-2 – la directive elle-même a été adoptée en mai 2023. À l’époque, elle n’a posé aucun problème au Conseil. De nombreux pays ont désormais des signaux clairs indiquant que la question nécessite une renégociation. Bien entendu, nous travaillons activement car nous constatons que cela peut avoir un impact potentiel sur les factures de chauffage ou de services publics. […] Il convient toutefois de rappeler que vous avez une influence différente sur les modifications de la législation proposée, car il suffit alors de bloquer quelque chose dans un petit groupe de pays (…), et si quelque chose est en vigueur, vous avez besoin non seulement de la majorité des pays, mais vous devez également convaincre la Commission européenne, car elle est le seul acteur à avoir une initiative législative au niveau européen. »
Krzysztof Bolesta, vice-ministre polonais du Climat et de l’Environnement
La principale revendication de cette coalition est la mise en place d’un mécanisme de contrôle des prix des permis d’émission. Les États membres craignent une flambée incontrôlée de ces prix, qui se traduirait par une hausse des coûts du transport et du chauffage. Ils attendent de la Commission européenne qu’elle propose au minimum un système de régulation des prix afin d’éviter le risque de précarité énergétique pour les citoyens.
Krzysztof Bolesta a précisé que la Pologne ne proposait pas un report de trois ans de l’entrée en vigueur du système, contrairement à certains pays qui envisagent de ne pas le mettre en œuvre du tout. La coalition cherche plutôt à mettre en évidence les problèmes engendrés par l’ETS2 et à encourager une réflexion commune pour améliorer le mécanisme.
Parallèlement, le Fonds Social pour le Climat, conçu pour compenser les coûts pour les ménages les plus modestes, sera lancé l’année prochaine. La Pologne devrait être l’un des principaux bénéficiaires de ce fonds, avec une dotation estimée à environ 11,4 milliards d’euros jusqu’en 2032.
Que signifie l’ETS2 pour les prix de l’énergie et des carburants ?
Concrètement, l’ETS2 imposera aux entreprises de s’acquitter de frais supplémentaires pour leurs émissions de CO2. Cela pourrait se traduire par une augmentation significative des prix de l’électricité, du gaz, du charbon, ainsi que de l’essence et du diesel. Les fournisseurs sont susceptibles de répercuter ces coûts supplémentaires sur les consommateurs, impactant directement le budget des ménages et le coût des services liés au transport.
Selon les experts, l’application intégrale de l’ETS2 pourrait constituer une « taxe supplémentaire », ressentie par l’ensemble des citoyens polonais. Dans le contexte actuel d’inflation élevée et de hausse des prix des matières premières, le transfert des coûts additionnels vers les consommateurs semble difficilement évitable pour les entreprises.
Marta Kightley, vice-présidente de la Banque Nationale de Pologne (NBP), considère que l’entrée en vigueur de l’ETS2 représente une menace sérieuse pour l’évolution de l’inflation. Au-delà des facteurs économiques classiques, le marché polonais devra composer avec cette nouvelle source de pressions inflationnistes.
Les spécialistes anticipent que les effets de l’ETS2 ne se limiteront pas au secteur de l’énergie. L’augmentation des coûts de production et de transport aura également des répercussions sur les prix des biens et services de consommation, augmentant ainsi les dépenses quotidiennes des Polonais. Une inflation persistante, couplée à ces nouvelles charges, pourrait réduire le pouvoir d’achat de la population et freiner la consommation et la croissance économique.
L’impact de l’ETS2 sur les prix en Pologne est-il inévitable ?
Le gouvernement polonais s’efforce d’atténuer les conséquences de l’ETS2 par des négociations avec l’Union européenne pour un report de son introduction et la mise en place de périodes de transition. L’objectif est de limiter l’impact immédiat sur les prix et de permettre aux entreprises de s’adapter. Cependant, les experts soulignent que l’impact réel de l’ETS2 sur les prix semble inévitable. Même avec des mesures d’atténuation sectorielles, une hausse des prix de l’énergie, des carburants et des services de transport est probable.
L’introduction de l’ETS2 s’ajoute aux risques inflationnistes déjà existants. La dynamique des salaires, bien qu’en ralentissement prévu, dépasse toujours la croissance de la productivité du travail, selon les recherches de Marta Kightley. Ce décalage maintient une pression sur les prix, que l’ETS2 pourrait accentuer.
En témoigne l’augmentation réelle des salaires au deuxième trimestre, qui a surpassé celle de la productivité du travail. Une partie de cette hausse des coûts pourrait être répercutée sur les consommateurs, d’autant plus avec l’instauration de la nouvelle tarification du carbone.
La mise en œuvre du Plan National pour la Relance (KPO) en 2026 pourrait également exercer une pression supplémentaire sur les salaires. En cas de décalage des investissements, les entreprises pourraient être contraintes d’augmenter les rémunérations pour attirer la main-d’œuvre nécessaire à la réalisation des projets.
Marta Kightley souligne que les entreprises accumulent encore du travail. Une augmentation rapide des investissements pourrait donc entraîner une hausse des salaires, alimentant potentiellement encore l’inflation.
Politique fiscale et inflation – un déficit budgétaire aussi élevé que pendant la crise !
Le projet de loi de finances pour 2026 prévoit un déficit des finances publiques de 6,9 % du PIB, le deuxième plus élevé de l’UE. Ce déficit est largement dû aux dépenses sociales et à la hausse des salaires dans le secteur public, notamment dans la santé.
Marta Kightley souligne que ce déficit élevé résulte principalement de l’augmentation des dépenses sociales et de la croissance rapide des salaires dans le secteur public. La politique budgétaire demeure ainsi un facteur de risque important pour l’inflation, obligeant la NBP à ajuster sa politique des taux d’intérêt avec prudence.
Bien que l’inflation en Pologne soit en baisse, son rythme ne correspond pas toujours aux prévisions. Le chiffre d’août s’élevait à 2,9 %, conforme aux projections de la NBP mais légèrement supérieur aux attentes du marché. Marta Kightley note que la situation sur le marché de l’énergie sera déterminante : le maintien du gel des tarifs pourrait stabiliser l’inflation, tandis que la publication des prix de l’énergie pourrait entraîner une hausse au premier semestre 2026.
Solidarité met en garde : la taxe ETS2 pourrait ruiner le portefeuille des Polonais et limiter l’accès au travail
Un rapport du syndicat Solidarité tire la sonnette d’alarme sur les conséquences potentiellement désastreuses de la politique climatique européenne. L’introduction de l’ETS2 toucherait non seulement les économies nationales, mais aussi la vie quotidienne des citoyens.
« La multiplication par plusieurs des prix des quotas a eu des conséquences importantes sur l’économie, qui ont été ressenties par exemple par le secteur du chauffage, qui, tout en supportant les coûts du marché, avait et a toujours des revenus réglementés. Malgré des signaux négatifs, les décideurs européens ont décidé d’introduire le système ETS2, qui comprendra, entre autres : le transport routier et le chauffage non couverts par le précédent ETS. »
Auteurs du rapport Solidarité
Le rapport met particulièrement en garde contre l’inclusion du transport routier dans l’ETS2, une menace pour les habitants des régions moins prospères, souvent dépendants de la voiture pour accéder à l’emploi.
« Dans de nombreuses régions, la voiture reste le seul moyen de se rendre dans les métropoles offrant des emplois. Il existe un risque que si les prix du carburant augmentent trop, les habitants des petites villes abandonneront complètement leur travail parce qu’ils n’auront tout simplement pas de moyen de se rendre au travail. »
Auteurs du rapport Solidarité
Selon les auteurs, Marek Lachowicz et le professeur Zbigniew Krysiak, la Pologne pourrait être l’un des pays les plus pénalisés par les coûts liés au chauffage. Les estimations annuelles varient entre 2,21 milliards d’euros (9,5 milliards de PLN) et 4,14 milliards d’euros (17,8 milliards de PLN), plaçant la Pologne dans le trio des pays européens les plus touchés, aux côtés de l’Allemagne, de la France et de l’Italie, malgré une taille et une richesse inférieures.
Les différences climatiques aggravent encore la charge pour les Polonais. La saison de chauffage, plus longue et plus rigoureuse qu’en Europe du Sud, implique une consommation d’énergie plus importante pour le chauffage domestique. Cette disparité climatique rend la répartition des coûts du carbone liée au chauffage inégale à travers l’UE.