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La Tragédie de Roméo et Juliette – Schauspielhaus Graz – Emre Akal met en scène Shakespeare avec l’intrigue soulignée

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Publié le 12 octobre 2025. La nouvelle mise en scène de « Roméo et Juliette » à Graz, dirigée par Emre Akal, transpose le drame shakespearien dans une atmosphère déroutante, évoquant une préhistoire grise et répétitive où la haine ancestrale paralyse les familles Capulet et Montaigu.

Le metteur en scène munichois Emre Akal et son équipe ont fait de Vérone une cité figée dans le temps, une sorte d’âge de pierre visuel où la répétition des gestes quotidiens, jusqu’au brossage des dents, symbolise l’enfermement des deux familles ennemies. Sur scène, deux univers parallèles et inversés en miroir sont présentés : d’un côté le clan des Montaigu, de l’autre celui des Capulet. Chaque espace familial est structuré par des éléments architecturaux distincts, des balcons aux boîtes aux lettres de style américain, mais les activités s’y déroulent de manière symétrique, soulignant la similitude de leurs traditions et de leur rigidité.

Un monde grisâtre et figé

Les identités des Montague et des Capulet sont marquées par des lettres imposantes sur leurs demeures respectives. Emre Akal a néanmoins imaginé des espaces communs où les deux familles semblent forcées de coexister, comme une salle à manger et un salon. L’hygiène personnelle devient également un terrain de rivalité et de mimétisme. La scène de la douche commune, où les personnages conservent leurs gants, illustre cette obsession du détail formel dans un contexte de haine profonde.

Cette esthétique, qualifiée de « design Flintstone » mais déclinée dans une palette oppressante de gris, offre une vision élégante mais potentiellement lassante de la situation. La musique d’Enik (Dominik Schäfer) tente d’apporter une touche de vie à ce décor, mais l’ensemble peine à susciter l’action. La mise en scène semble s’apparenter à une bande dessinée sans bulles, où l’attente prime sur le développement narratif.

Un ciel lourd et un amour naissant sous les débris

Le texte de Shakespeare est réduit à sa plus simple expression, le célèbre vers d’ouverture « Deux familles de même rang » servant de leitmotiv incessant. Le reste de la pièce semble tenir sur quelques pages. C’est sous un ciel mouvant, évoquant un système planétaire, que Roméo et Juliette, interprétés par Luiza Monteiro et Mario Lapotta, finissent par se rencontrer, symbolisant un possible éclair de couleur dans ce paysage monochrome. Cependant, le ciel est aussi parsemé de débris, annonçant la fin tragique inévitable de leur idylle.

Le couple, dont les costumes comportent une touche de blanc, apparaît maladroit, pris au piège d’une situation qu’il peine à maîtriser. La frustration du public grandit face à la lenteur du récit et à l’absence d’approfondissement au-delà de l’intrigue principale.

Expulsion et désillusion

Même les moments clés, comme la mort de Tybalt et Mercutio, traités avec des accessoires inattendus tels que des couperets et des cuillères en bois, ne parviennent pas à créer une véritable tension dramatique. Un des rares moments marquants est celui où les parents des amants, le père Montaigu (Franz Solar) et la mère Capulet (Luisa Schwab), les repoussent dehors. Ils apparaissent alors désemparés, rappelant Adam et Ève chassés du Paradis.

Contrairement à leurs prédécesseurs bibliques, Roméo et Juliette ne cherchent pas un nouveau départ. Ils rentrent chez eux, renonçant à toute velléité de liberté face à la spirale de la haine. La fin de la pièce se conclut de manière abrupte et dénuée de poésie : les parents gisent sur la table, victimes présumées de la nourrice et de Benvolio, puis Roméo et Juliette atteignent leur coupe de poison. Le titre même de la pièce a été modifié pour devenir « La Tragédie de Roméo et Juliette », une altération qui, selon la critique, ne change rien à l’absence d’innovation du metteur en scène.

La Tragédie de Roméo et Juliette
D’après William Shakespeare
Mise en scène : Emre Akal, Scénographie : Mehmet & Kazim, Costumes : Lara Roßwag, Musique : Enik, Dramaturgie : Anna-Sophia Güther, Lumière : Anton Oswald.
Avec : Luisa Schwab, Red Free Monteiro, Anke Stedingk, Anna Central Circuit, Franz Solar, Mario Lopat, Anna Rausch, Lasszló Branko Breiding.
Première le 11 octobre 2025
Durée : 1h40 sans entracte

Plus d’informations sur le site du Schauspielhaus Graz : www.schauspielhaus-graz.buehnen-graz.com

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