L’utilisation d’une vidéo raciste générée par intelligence artificielle représentant Barack et Michelle Obama comme des singes, diffusée par Donald Trump pendant le Mois de l’histoire des Noirs, n’est pas un incident isolé, mais une tactique délibérée de diversion, selon une analyse récente. Cette nouvelle controverse, survenue alors que l’ancien président fait face à une baisse de popularité, illustre une stratégie consistant à créer un « mur du son » médiatique pour éclipser les sujets sensibles.
L’équipe de Trump a initialement attribué la publication à un « employé » anonyme, une explication rapidement jugée peu crédible, notamment car l’ancien président était également actif sur son propre compte au moment des faits. Cet incident s’inscrit dans une série de provocations, incluant des attaques contre l’ancien président Obama, des propos dénigrants sur des nations africaines qualifiées de pays « de connards », et des restrictions sur les visas pour les citoyens africains noirs. Des allégations infondées concernant des immigrants haïtiens et des tentatives de remettre en question les résultats des élections de 2020 en Géorgie, dans des circonscriptions à forte population afro-américaine, ont également marqué son mandat.
Selon Jeffrey Sonnenfeld, professeur à la Yale School of Management, et Steven Tian, directeur de recherche au Yale Chief Executive Leadership Institute, cette stratégie va au-delà du simple racisme. Il s’agit d’une technique sophistiquée visant à détourner l’attention du public des sujets sur lesquels Trump perd du terrain, tels que l’inflation, les critiques concernant les opérations de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), ou les questions soulevées par les dossiers Epstein, dans lesquels le nom de Trump est mentionné près de 38 000 fois.
« Plutôt que d’être une erreur involontaire, cet épisode incarne l’approche de Trump consistant à créer intentionnellement et à superposer controverse sur controverse », expliquent les auteurs dans leur nouvel ouvrage, Les dix commandements de Trump. Ils comparent cette approche à la technique de production musicale de Phil Spector, le « mur du son », qui consiste à submerger l’auditeur avec une multitude d’instruments pour noyer les autres sons.
Contrairement aux dirigeants traditionnels qui cherchent à promouvoir des informations positives, Trump semble délibérément ajouter de nouvelles controverses aux problèmes existants. Cette stratégie, bien que pouvant paraître impulsive, est souvent calculée pour détourner l’attention des cycles d’actualité défavorables et éviter de rendre des comptes. L’ancien président est ainsi prompt à lancer une nouvelle polémique encore plus sensationnelle pour brouiller les pistes et diviser ses critiques.
Trump est également connu pour choisir des combats qu’aucun autre dirigeant n’oserait engager, même s’ils lui causent des dommages. Pour lui, chaque situation est une opportunité de manipulation et de mobilisation de sa base, en créant un sentiment d’urgence et de division « nous contre eux ». L’effet global de cette machine à distraction est de désorienter ses opposants, qui peinent à répondre efficacement à un flux constant de provocations.
L’incident récent avec la vidéo raciste a notamment détourné l’attention des critiques concernant les promesses non tenues en matière d’accessibilité financière, la présence contestée au Venezuela, et les tentatives infructueuses d’acquérir le Groenland. Trump s’est également illustré par des tentatives d’entraver les enquêtes judiciaires et de remettre en question les résultats des élections de 2020, ainsi que par des demandes de financement pour des projets personnels.
Au-delà de la répugnance suscitée par le message raciste, la véritable question est de savoir comment Trump parvient à s’en sortir à chaque fois. Selon Sonnenfeld et Tian, il est crucial que ses opposants comprennent la stratégie sous-jacente à ses actions pour éviter de perdre le contrôle du récit et de se laisser submerger par un flux incessant de diversions et de faux-semblants.