Publié le 23 février 2026 à 17h00. Le groupe MTN a annoncé l’acquisition intégrale d’IHS Towers pour 2,2 milliards de dollars américains (35,3 milliards de rands), marquant un changement stratégique pour l’opérateur télécom sud-africain et suscitant des interrogations sur les tendances du secteur.
- MTN va acquérir les 75,3 % restants d’IHS Towers qu’il ne possède pas encore, pour un montant de 2,2 milliards de dollars américains (35,3 milliards de rands).
- L’opération est conditionnée à la cession par IHS de ses actifs en Amérique latine, représentant environ 8 860 sites.
- Selon un analyste, cette décision est davantage motivée par des considérations spécifiques à la relation entre MTN et IHS que par un renversement de tendance généralisé dans le secteur.
Le groupe MTN, l’un des plus importants opérateurs de réseaux mobiles en Afrique, a pris une décision stratégique en rachetant IHS Towers. Cette acquisition, d’une valeur de 2,2 milliards de dollars américains (35,3 milliards de rands), représente un revirement par rapport à la stratégie d’actifs légers que MTN avait adoptée jusqu’à présent. L’opération permettra à MTN de prendre le contrôle total d’IHS Towers, en acquérant les 75,3 % restants de l’entreprise.
Cette démarche s’inscrit dans un mouvement observé chez d’autres acteurs du secteur, comme Vodafone et AT&T, qui ont également cédé leurs tours pour libérer des capitaux destinés aux déploiements de la 5G et rationaliser leurs opérations. En Afrique du Sud, Cell C et Telkom ont également vendu leurs infrastructures de tours ces dernières années.
Cependant, Andre Wills, directeur général d’Africa Analysis, estime qu’il est peu probable que la décision de MTN marque un retour en arrière généralisé. Il souligne que cette opération est principalement motivée par des circonstances propres à la relation entre MTN et IHS.
« Pourquoi se débarrasser de ses actifs dans un premier temps ? Parce que c’est une opportunité de convertir des actifs en capital. Deuxièmement, vous constaterez une légère hausse de l’Ebitda parce que vos obligations de location passent à la dépréciation et à l’amortissement, ce qui améliore votre valorisation. »
Andre Wills, directeur général, Africa Analysis
MTN possédait déjà 25 % d’IHS Towers et était soumis à des obligations de location à long terme. L’acquisition permettrait ainsi à MTN de restructurer son bilan et de mieux maîtriser ses coûts.
L’accord est soumis à une condition préalable : la cession par IHS de ses actifs en Amérique latine, qui comprennent environ 8 860 sites. Une fois cette condition remplie, MTN héritera d’un parc de près de 29 000 tours réparties sur cinq marchés africains clés : le Nigeria, l’Afrique du Sud, la Zambie, le Cameroun et la Côte d’Ivoire, où MTN est déjà présent.
La réintégration de ces infrastructures de tours aura un impact sur le bilan de MTN, augmentant ses actifs et éliminant les obligations de location à long terme. MTN évoque également la possibilité d’internaliser les marges versées à IHS comme un avantage supplémentaire de l’acquisition, mais d’autres facteurs non financiers pourraient également être en jeu.
Bien que MTN ait été le principal actionnaire d’IHS, ses droits de vote étaient limités en raison de la structure de l’entreprise. La relation s’est tendue en 2023, MTN accusant IHS de mauvaise gouvernance et demandant une plus grande influence au sein du conseil d’administration d’IHS. Plus d’informations sur les tensions entre MTN et IHS.
L’instabilité des contrats de location de tours, notamment au Nigeria en raison de la volatilité des taux de change, a également incité MTN à agir. En 2024, MTN a renégocié ses contrats de location avec IHS pour libeller une plus grande proportion des coûts en naira, réduisant ainsi son exposition au dollar américain.

Andre Wills estime qu’il est peu probable que d’autres opérateurs de téléphonie mobile suivent l’exemple de MTN en rachetant leurs partenaires de tours externalisés.
« Lorsque les opérateurs décident de racheter leurs tours, ils examinent la question pays par pays. L’autre aspect est qu’il faut avoir le bilan pour soutenir ce type d’acquisition car il ne s’agit en aucun cas d’un petit achat. »
Andre Wills, directeur général, Africa Analysis
Vodacom, concurrent de MTN, a adopté une approche différente en Afrique du Sud, en annonçant en 2022 son intention de scinder son portefeuille de tours dans une entreprise distincte, afin de libérer de la valeur tout en conservant le contrôle.
Cell C, le plus petit des quatre opérateurs sud-africains, a quant à lui opté pour un modèle d’itinérance exclusive sur les infrastructures de Vodacom et MTN, se débarrassant de ses 5 500 tours à partir de 2021 afin de réduire ses dépenses d’investissement. Plus d’informations sur la migration du réseau de Cell C.
La stratégie de chaque opérateur dépend des spécificités du marché et de sa position concurrentielle. MTN se tourne vers l’Afrique de l’Est pour sa croissance future.