Publié le 2023-11-15 00:00:00. Le Timor oriental, la plus jeune nation d’Asie, s’apprête à rejoindre l’ASEAN ce week-end, concrétisant une ambition de plusieurs décennies. Si cette adhésion est saluée comme une victoire politique majeure, les bénéfices économiques restent encore à déterminer.
- Le Timor oriental deviendra le 11e membre de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) lors du sommet des dirigeants qui se tiendra du 26 au 28 octobre, présidé par la Malaisie.
- Cette intégration met fin à une quête initiée dès 2011 par ce pays d’1,4 million d’habitants, parmi les plus pauvres d’Asie du Sud-Est.
- Si l’adhésion est vue comme un gain de légitimité politique et un rempart contre les tensions géopolitiques, des interrogations subsistent quant à sa capacité à tirer pleinement parti de cette intégration économique.
Le Timor oriental, qui a obtenu son indépendance de l’Indonésie en 2002, voit cette adhésion à l’ASEAN comme la réalisation d’un rêve de longue date. L’idée avait été évoquée dès les années 1970 par le président actuel, José Ramos-Horta, lauréat du prix Nobel de la paix en 1996. À ses côtés, le Premier ministre Xanana Gusmao, autre figure emblématique de l’indépendance, dirige désormais le pays. L’officialisation de cette adhésion aura lieu lors du sommet en Malaisie.
Ce pas marque une étape cruciale pour le Timor oriental, dont l’économie, valorisée à près de 2 milliards de dollars, repose massivement sur des réserves de pétrole et de gaz en déclin. L’objectif est de diversifier ses sources de revenus. L’intégration dans l’ASEAN, dont le produit intérieur brut collectif s’élève à 3 800 milliards de dollars (dont 1 400 milliards pour l’Indonésie seule), pourrait théoriquement ouvrir de nouvelles perspectives. Le Premier ministre malaisien, Anwar Ibrahim, a d’ailleurs rappelé que plusieurs membres fondateurs étaient également modestes économiquement à l’origine, se montrant optimiste quant à la capacité du bloc à aider le Timor oriental, comme il l’a été lui-même par des pays occidentaux et la Chine.
Le secrétaire général de l’ASEAN, Kao Kim Hourn, a souligné que cette intégration « amplifiera la voix du Timor oriental sur les forums internationaux, tout en garantissant ses intérêts stratégiques grâce à un réseau de soutien diplomatique et économique ». José Ramos-Horta a lui-même qualifié le chemin vers l’ASEAN de « plus difficile que le chemin vers le paradis », une déclaration prononcée en août dernier au siège du groupe.
Pour Parker Novak, expert du Timor oriental à l’Institut républicain international, les dirigeants timorais voient dans l’ASEAN une « légitimité politique supplémentaire dans la région ». Son prédécesseur au ministère des Affaires étrangères, Marty Natalegawa, qui a accompagné la candidature du Timor oriental, estime que le bloc pourrait également le protéger des tensions géopolitiques entre les grandes puissances telles que les États-Unis et la Chine, assurant ainsi son développement futur.
Cependant, des voix s’élèvent pour tempérer cet optimisme. Guteriano Neves, chercheur en développement économique à Dili, exprime des inquiétudes quant à la faible productivité et à la gouvernance du Timor oriental, qui pourraient limiter les retombées économiques de cette adhésion. Il suggère que l’intégration poussera le gouvernement à adopter des réformes institutionnelles pour attirer les investissements étrangers. « D’un point de vue économique, c’est une question difficile à laquelle nous n’avons pas vraiment trouvé de réponse », admet-il, reconnaissant la difficulté pour le Timor oriental de devenir compétitif sur le marché de l’ASEAN.