Buenos Aires, Argentine – À la veille d’élections législatives cruciales, le président argentin Javier Milei se trouve à un tournant décisif. Face à une crise économique persistante et à un plan de sauvetage américain controversé, le destin politique de l’économiste libertaire se joue ce dimanche, un scrutin qui déterminera la composition du Congrès et l’avenir de son programme d’austérité.
Le résultat de ces élections, qui renouvelleront la moitié de la Chambre des députés et un tiers du Sénat, revêt une importance capitale pour Javier Milei. Son parti, La Libertad Avanza, ne dispose que de 37 sièges sur 254 à la chambre basse, dépendant d’alliances fragiles avec des blocs conservateurs. Or, le Congrès se montre de plus en plus réticent à adopter son agenda, signe d’une érosion de son influence.
« Ces élections sont beaucoup plus importantes que nous ne le pensons », a averti le président lors d’une récente interview télévisée, soulignant la difficulté d’adopter des lois sans une majorité parlementaire solide. Ces mises en garde interviennent dans un contexte déjà tendu, marqué par une crise monétaire qui a vu le peso s’effondrer, obligeant la Banque centrale à puiser dans ses réserves.
Au cours des derniers mois, le mandat de Javier Milei a été secoué par plusieurs scandales de corruption, dont des allégations visant sa sœur et conseillère principale, Karina Milei. Ces accusations, bien que démenties, ont terni l’image du président et entraîné une vague de mécontentement populaire, manifestée par des protestations et des revers électoraux, notamment dans la province de Buenos Aires.
La réponse internationale n’a pas tardé. Washington a annoncé un échange de devises sans précédent de 20 milliards de dollars, avec la promesse de mobiliser 20 milliards de dollars supplémentaires auprès de banques privées et de fonds souverains pour stabiliser le peso argentin. Cette initiative, saluée par le président Milei comme un accord de « stabilisation du taux de change » avec le Trésor américain, suscite cependant des critiques aux États-Unis, confrontés à leurs propres réductions de dépenses.
Malgré une tentative de maîtriser une inflation à trois chiffres, le coût de l’austérité est lourd pour les Argentins. Près de 50 000 emplois dans le secteur public ont été supprimés et les subventions ont été réduites. La cote de popularité du président a chuté à des niveaux historiquement bas, avec un taux de désapprobation dépassant désormais les 60 %, bien que les sondages laissent planer une incertitude quant à l’issue du scrutin.
Dans les rues de Buenos Aires, la colère gronde. « Je ne pense vraiment pas qu’il aime l’Argentine », confie Eva Marcilo, une enseignante retraitée manifestant devant le Congrès. « Avant, mes médicaments étaient gratuits ; maintenant, je paie 60 ou 80 %. Les dépenses alimentaires sont impossibles, mes enfants ne peuvent pas payer leur loyer. Tout le monde travaille plus et gagne moins. »
Pourtant, Javier Milei conserve une base de soutien fidèle, particulièrement parmi les jeunes électeurs. Lors de la présentation de son dernier livre, transformée en un véritable concert de rock, des milliers de partisans étaient présents pour l’acclamer. « Pendant longtemps, nous avons vécu le pire du pire », témoigne Jonatan Moreno, 21 ans, originaire de Córdoba. « Javier nous donne un espoir que nous n’avions pas auparavant. »