Face à un environnement économique et géopolitique en mutation, la question de l’allocation optimale entre les titres à taux fixe et à taux variable dans les portefeuilles à revenu fixe prend une importance capitale. La diversification, clé de voûte d’une stratégie d’investissement robuste, s’avère particulièrement pertinente à l’heure où les perspectives de taux d’intérêt évoluent.
Les prêts à taux variable représentent une voie prometteuse pour diversifier une exposition en revenu fixe. Ils offrent une protection contre le risque de hausse des taux d’intérêt tout en générant des revenus potentiellement plus élevés, agissant ainsi comme une forme de couverture naturelle face aux obligations à coupon fixe. Ces instruments financiers sont structurés autour de deux composantes : un taux fixe (le spread) et un taux de référence variable, étroitement indexé sur les taux directeurs, comme le taux des fonds fédéraux aux États-Unis. Cette combinaison assure une stabilisation des performances du portefeuille, quelles que soient les fluctuations de l’environnement de taux, et complète le revenu régulier issu des obligations à taux fixe. Dans un contexte d’inflation persistante ou de remontée des taux, les titres à taux variable peuvent ainsi se révéler particulièrement rémunérateurs.
Historiquement, les périodes de hausse des taux orchestrées par la Réserve fédérale (Fed) ont vu les coupons des prêts à taux variable augmenter, tandis que les obligations de maturité moyenne et longue pouvaient subir une baisse de valeur si leurs rendements suivaient la même tendance. Inversement, lorsque la Fed abaissait ses taux, les obligations à plus longue échéance tendaient à surperformer les prêts à taux variable. Les prévisions actuelles, anticipant des « taux d’intérêt plus élevés plus longtemps », plaident en faveur d’un investissement accru dans les prêts à taux variable.
Par ailleurs, le retour de certaines figures politiques, comme Donald Trump, sur la scène américaine, ajoute une couche d’incertitude, notamment sur les plans de politique commerciale et de réformes fiscales. L’intention affichée de poursuivre les baisses d’impôts initiées en 2017 et d’entreprendre des réformes structurelles pourrait impacter le sentiment des marchés et les pressions inflationnistes.
La persistance des déficits budgétaires aux États-Unis et dans d’autres grandes économies suggère un soutien continu de la dépense publique à l’économie. Bien qu’un ralentissement de la croissance soit envisageable en 2025, l’inflation pourrait se montrer tenace. En l’absence de nouvelles baisses du taux des fonds fédéraux, on pourrait assister à une remontée des taux sur la majeure partie de la courbe de rendement en 2025. Une augmentation de l’émission globale d’obligations pourrait également contraindre les investisseurs à exiger des rendements plus élevés, exerçant une pression à la hausse sur les rendements d’autres classes d’actifs. Ces facteurs conjoints bénéficieraient intrinsèquement à la dette à taux variable.
Une approche équilibrée, telle qu’une répartition de 70 % en obligations traditionnelles à taux fixe et 30 % en titres à taux variable, a démontré par le passé la capacité à générer de meilleurs rendements avec un risque réduit par rapport à une allocation exclusive aux fonds obligataires classiques. Les prêts à taux variable devraient être considérés comme une allocation stratégique plutôt que tactique. Il est conseillé de maintenir une exposition constante à ces titres tout au long des cycles économiques, plutôt que de chercher à anticiper des points d’entrée et de sortie précis.
Si les titres à taux variable offrent des avantages indéniables, ils ne sont pas exempts de risques, notamment le risque de crédit et une certaine incertitude quant à la régularité des revenus. Les investisseurs doivent pondérer ces éléments par rapport à la stabilité procurée par les obligations à taux fixe. Les prêts à taux variable sont généralement accordés à des entreprises présentant des niveaux d’endettement plus élevés, offrant ainsi une exposition à un segment différent du marché du crédit par rapport aux obligations traditionnelles. En période de ralentissement économique, la nature souvent spéculative (ci-dessous la notation d’investissement) de ces prêts peut les rendre plus sensibles à une augmentation des taux de défaut.
Historiquement, les prêts à taux variable ont affiché une faible corrélation avec les classes d’actifs traditionnelles, contribuant ainsi à atténuer la volatilité globale d’un portefeuille. Ils ont même montré une corrélation négative avec les obligations de qualité d’investissement, ce qui représente une source de diversification précieuse. Dans un environnement de taux d’intérêt en hausse, les titres à taux variable peuvent servir de couverture contre les obligations à taux fixe, tout en offrant une diversification accrue du portefeuille et un potentiel de revenus plus élevé. Cette diversification tend à lisser l’expérience d’investissement et à favoriser des performances plus stables sur la durée.