Publié le 16 février 2026 à 22h06. L’ancien directeur de la CIA, David Petraeus, anticipe une période de turbulences au Venezuela suite au départ de Maduro, soulignant la nécessité d’une approche pragmatique de la part de Washington pour éviter de répéter les erreurs passées.
- Le général Petraeus prévoit « d’innombrables mini-crises » durant la transition politique vénézuélienne.
- Il souligne que les États-Unis semblent jouer un rôle plus actif dans la gouvernance du Venezuela.
- Il met en garde contre les risques liés à des purges massives, évoquant l’exemple de l’Irak et la montée de l’État islamique.
L’ancien général américain David Petraeus, figure influente de la politique de sécurité des États-Unis et architecte de la stratégie militaire en Irak, a analysé la situation au Venezuela dans une interview accordée au quotidien espagnol El País. Treize mois après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, Petraeus estime que la transition politique en cours dans le pays sud-américain sera semée d’embûches.
Selon le général, la population vénézuélienne « semble ravie de voir Maduro partir ». Il a également noté une implication croissante des États-Unis dans la gestion du pays :
« J’ai entendu dire que les États-Unis jouent un rôle beaucoup plus actif dans la manière dont le Venezuela est gouverné. »
David Petraeus, ancien directeur de la CIA
Cependant, Petraeus met en garde contre les incertitudes qui planent encore sur l’issue du processus. Il anticipe une succession de « d’innombrables mini-crises » jusqu’à la résolution finale de la situation. Il estime qu’un déploiement militaire américain ne serait pas nécessaire « si cette attitude pragmatique du régime et de ses personnalités persiste ».
Le rôle de Washington et les accusations contre des figures chavistes
Le général a souligné que plusieurs personnalités liées au régime chaviste font l’objet de graves accusations. Il a notamment cité le ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello, contre lequel pèse une prime de 10 millions de dollars. Il a également mentionné que le ministre de la Défense est également recherché par les autorités américaines.
Concernant le renversement et la capture de Nicolas Maduro, Petraeus a révélé que les États-Unis avaient proposé une « négociation » à l’ancien président, lui offrant même l’exil en Turquie.
« Il n’en voulait pas et maintenant il va peut-être passer le reste de sa vie dans un pénitencier. »
David Petraeus, ancien directeur de la CIA
Il a rappelé que ce type d’opérations n’est pas sans précédent dans la région, citant les exemples du Panama en 1989 et d’Haïti en 1994.
En ce qui concerne le gouvernement dirigé par Delcy Rodríguez, Petraeus a souligné que l’administration Trump cherche à éviter de reproduire les erreurs commises en Irak, où des licenciements massifs dans l’administration avaient créé un vide sécuritaire exploité par l’État islamique. Il a salué la prudence du président américain, affirmant que « ça ne va pas mal ». Il a toutefois ajouté que « le régime reste fondamentalement le même », tout en reconnaissant que Rodríguez « fait preuve d’un pragmatisme considérable », notamment en autorisant le retour des compagnies pétrolières américaines.
Transition vers Machado ou nouvelles élections ?
Petraeus a souligné que l’objectif politique ultime de Washington reste incertain.
« Parlent-ils d’une transition vers le gouvernement élu du mouvement de María Corina Machado, remporté par une majorité de deux contre un en 2024 ? Ou pensent-ils à de nouvelles élections ? »
David Petraeus, ancien directeur de la CIA
Il a estimé que les deux options étaient envisageables, mais qu’elles nécessiteraient dans tous les cas « une énorme négociation avec le régime ».
L’ancien directeur de la CIA a également abordé d’autres enjeux géopolitiques, considérant la relation entre les États-Unis et la Chine comme « le plus gros problème » auquel Trump doit faire face, dépassant même l’importance des conflits au Moyen-Orient. Il a également estimé que l’Iran était affaibli et que l’Ukraine « est dans une meilleure position vis-à-vis de la Russie grâce à ce que l’UE et l’OTAN ont fait cette année ».
Interrogé sur la polémique entourant l’« Opération Southern Spear », Petraeus a préféré ne pas se prononcer sans avoir examiné les preuves, tout en reconnaissant que « tout est très limite ».