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L’Argentine se prépare à une éventuelle épidémie de fièvre jaune et attend une décision officielle clé

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Publié le 2021-04-13 11:00:00. Face à une résurgence inquiétante de la fièvre jaune en Amérique du Sud, les autorités sanitaires se mobilisent pour préparer un plan d’action. Cette recrudescence, marquée par une forte létalité et une expansion géographique inédite du virus, soulève de vives préoccupations, d’autant plus que l’Argentine a récemment revu sa politique de gratuité vaccinale.

  • Une épidémie de fièvre jaune progresse en Amérique du Sud, touchant déjà le Brésil, la Colombie, le Pérou, l’Équateur et la Bolivie.
  • Les données font état de 350 cas humains et 150 décès, avec un taux de létalité de 42,8 %.
  • Une controverse éclate autour de la décision argentine de limiter la gratuité du vaccin, jugée insuffisante par les sociétés savantes.

Face à une menace grandissante, les autorités sanitaires argentines préparent activement un plan d’action pour faire face à une potentielle épidémie de fièvre jaune. Cette démarche intervient dans un contexte alarmant, marqué par la propagation du virus dans des régions habituellement épargnées. Une réunion récente entre des experts scientifiques et le Ministère National de la Santé a souligné la gravité de la situation, motivant la mise en place de cette feuille de route.

Selon les informations de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), la fièvre jaune a fait une réapparition remarquée, touchant des zones où elle était jusque-là absente. Les chiffres actuels font état de 350 cas humains et 150 décès enregistrés, soit une létalité de 42,8 %. Ce bilan représente une multiplication par cinq du nombre de décès par rapport à une année normale, signalant une recrudescence préoccupante.

Les pays les plus affectés à ce jour sont le Brésil, la Colombie, le Pérou, l’Équateur et la Bolivie. Cette urgence régionale, qui fait peser une menace sur l’Argentine, survient paradoxalement l’année où le gouvernement national a décidé de restreindre l’accès gratuit au vaccin contre la fièvre jaune. Désormais, la gratuité est réservée aux provinces argentines les plus exposées au virus, transmis par les moustiques sauvages dans les zones forestières et par le moustique Aedes aegypti dans les environnements urbains.

Historiquement confinée à la région amazonienne, la fièvre jaune étend désormais son emprise aux zones montagneuses, subtropicales et à proximité des agglomérations urbaines. Cette expansion géographique, combinée à une augmentation de la létalité et à l’apparition d’épizooties (décès de primates non humains), témoigne d’une réactivation du cycle sylvatique du virus. Les experts alertent sur le risque de voir émerger des épidémies urbaines si des mesures rapides ne sont pas prises.

Au classement des pays touchés, la Colombie mène avec 135 cas et 59 décès, suivie de près par le Brésil (127 cas, 51 décès), le Pérou (65 cas, 27 décès), l’Équateur (11 cas, 8 décès) et la Bolivie (12 cas, 5 décès). L’épidémie actuelle se distingue par l’apparition de cas dans des régions qui n’avaient pas signalé la maladie depuis des décennies, comme l’État de São Paulo au Brésil. Un spécimen de singe mort de la fièvre jaune a été documenté au Brésil.

Face à cette situation, l’OPS a formulé des recommandations urgentes : une campagne de vaccination de masse dans les zones à risque visant une couverture de 95 %, une surveillance accrue des cas suspects et des décès de primates, le renforcement des capacités de diagnostic, la formation du personnel de santé à la gestion des cas, et une communication claire des risques, notamment à destination des voyageurs.

Interrogé sur les stocks de vaccins disponibles pour les zones à risque en Argentine, le ministère de la Santé a assuré que les doses nécessaires pour les zones d’endémie étaient déjà acquises. Cependant, une incertitude plane sur les besoins des autres régions du pays, où des habitants souhaitent se rendre dans les zones contaminées.

Dans certaines localités, les vaccins se font rares, même pour ceux prêts à en assumer le coût. C’est le cas à Rosario, où des informations récentes font état de cette pénurie. La Ville de Buenos Aires affirme quant à elle disposer de stocks suffisants pour le moment. La province de Buenos Aires s’est également engagée à vacciner gratuitement les personnes se rendant dans les zones endémiques, disposant de suffisamment de doses pour l’été.

La controverse sur la vaccination

Dans une déclaration conjointe, plusieurs sociétés savantes argentines, dont la Société argentine de maladies infectieuses (SADI), la Société argentine de virologie (SAV), l’Association argentine de microbiologie (AAM), la Société argentine de médecine et la Société argentine de vaccinologie et d’épidémiologie (SAVE), ont appelé le gouvernement à reconsidérer sa décision de restreindre la gratuité du vaccin.

Ces organisations soulignent que le déplacement de personnes potentiellement porteuses du virus vers des zones vulnérables pourrait déclencher des épidémies majeures, notamment en raison de la présence de vecteurs compétents et de populations insuffisamment vaccinées. L’accent est mis sur les risques liés au tourisme et aux migrations internes.

La décision de limiter la vaccination dans le système public aux seuls résidents des zones considérées à risque, sans tenir compte des voyageurs, suscite une vive inquiétude. Les sociétés savantes demandent une révision de cette politique, arguant que restreindre l’accès à un outil de prévention efficace contre une maladie mortelle et évitable par la vaccination engendre des risques individuels et collectifs qu’il est impératif de prévenir.

En réponse, le ministère de la Santé a rappelé qu’aucun cas autochtone de fièvre jaune n’a été recensé en Argentine depuis 2009, ni aucun cas chez des voyageurs depuis 2018. Les zones considérées comme endémiques et visées par le calendrier vaccinal sont les provinces de Formose, Misiones et Corrientes, ainsi que certains départements du Chaco, de Jujuy et de Salta. La vaccination y est assurée pour les enfants à 1 an, avec un rappel à 11 ans.

Pour les résidents de ces zones, la vaccination est garantie. Cependant, l’État ne prend pas en charge la vaccination des personnes voyageant à l’étranger. Des groupes spécifiques, tels que les forces de sécurité en mission dans ces régions, bénéficient également de la vaccination. Le ministère a toutefois précisé que la situation régionale était constamment surveillée et qu’un plan était en cours d’élaboration pour déterminer si des ajustements au calendrier vaccinal actuel s’avéraient nécessaires.

Un expert de la fièvre jaune, souhaitant rester anonyme, a apporté un éclairage supplémentaire, suggérant que la priorisation de certaines zones par le gouvernement pourrait être liée à une demande accrue de vaccins à l’échelle régionale, conditionnant ainsi l’accès. Il a rappelé que lors de l’annonce de la fin de la gratuité pour la majorité des Argentins, l’argument économique avait été mis en avant, avec une réduction des coûts estimée à près de 700 000 dollars. La question d’une demande régionale accrue n’avait pas été mentionnée. L’expert a souligné que de telles informations sensibles pouvaient entraîner une ruée sur les vaccins, rendant leur distribution encore plus complexe, à l’instar de ce qui s’est produit récemment avec la dengue.

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